(38) IsèreJazz à Vienne

10/07/2022 – Soirée Nouvelle Orléans : Just About Fun-K / Dirty Dozen Brass Band / Trombone Shorty au Théâtre Antique

Un Voyage, une nuit à la Nouvelle Orléans

 

Plus de cinq mille personnes dans l’arène…une chaleur moite …un soleil couchant affamé de musique…. Et au loin, bien au loin la Nouvelle Orléans, et si proche à la fois.

Soirée de fanfares, troupes joviales et surannées, défilant sur la célèbre Bourbon Street, ici ce sera sur la scène du Théâtre Antique de Vienne.

Just about fun-k, sextet pseudo improvisé par le pianiste suisse Franck Salis et le sousaphoniste Kirk Joseph, autour d’un Big Chief Juan Pardo emplumé dans un costume chamarré à l’indienne, que les gilles de Binche ne renieraient pas, et de James Andrews « Satchmo of the ghetto » frère ainé de Trombone Shorty. Le Showtime démarre sur le traditionnel Iko Iko, célèbre tube louisianais, célébrant les confrontations des parades indiennes du Sud profond. C’est fort, tonitruant, tonique et dansant. Des sonorités armstronguiennes jaillissent par moment de la trompette de James Andrews dans un funk débridé.

James Andrew: trompette, voix ; Big Chief Juan Pardo: voix ; Kirk Joseph: sousaphone, voix ; Franck Salis: piano ; David Dupuis: trompette ; Patrick Charnois: saxophone ; Mathieu Lagraula: guitare ; Nicolas Martin: guitare ; Jérôme Bossard: batterie

 

Puis suivent Dirty Dozen Brass Band, toujours Kirk Joseph, aidé par le leader Gregory « blodie » Davis. Le courant passe tout de suite avec l’audience. Fanfare plus que quarantenaire, elle renouvela les traditionnelles fanfares héritières de King Oliver, intégrant un funk typique de 70’s en lui adjoignant un coté jubilatoire. Ils interprètent leur répertoire traditionnel, qu’ils déstructurent et restructurent au goût du jour. Ils donnent la part belle au vocaliste Gregory Davis qui amuse et s’amuse avec le public dans des duos tirades de scat à la Cab Calloway. L’auditoire transpire de plaisir.

 

Puis vint la star de la soirée, un Shorty qui est devenu grand, ambassadeur d’un instrument pourtant souvent au second plan, un faire valoir musical, qui avec lui prend le devant de la scène. En cela il est le digne successeur des Tommy Dorsey, Jay Jay Johnson ou plus récemment Nils Landgren, trombonistes émérites. Un combo de dix musiciens et chanteuses. Une intro bondissante, au sens propre comme au sens figuré, un rythme débridé, une puissance de son féconde qui emplit le théâtre devenu une arène. Il pousse ses compagnons de groupe, au jeu musclé, puisant leurs grooves exaltants, dans une énergie brute mais non dénuée de fantaisie. Alternant funk et soul avec tout à tour Lifted et I’m standing alone, il brouille les frontières entre funk, soul, R&B et rock dans une excitation libertaire. Il puise dans d’anciens albums, comme Where it at ? et les marie avec son dernier opus d’avril dernier en hommage à sa mère décédée récemment. Il passe du vocal au trombone, délaissant quelque peu la trompette cette fois. Il sait mettre à contribution significative ses collègues dans des solos, haletants, batterie retentissante aux sons cubains mêlés des sonorités du nord de la Louisiane pour Alvin Ford Jr, puis celui viril et omnipotent de Dan Oestreicher puisant les graves les plus nobles de son sax baryton. Un moment de calme, de plénitude de parfums épicés des mangroves, avec un duo trombone- guitare basse, un très beau moment en apesanteur. Trombone Shorty s’éclipse, pour mieux revenir au cœur de la foule, en symbiose avec lui ; il est inépuisable telle une énergie extatique.

Il fallait que cela se termine, alors il fit retentir son spécial Hurricane season, puis clin d’œil à ses sources, un Lil’liza Jane chanté par la troupe entière, un Down by the riverside, pour terminer par un When the Saints nostalgique repris par le public enthousiaste. Bravo le fighting showman.

Ce fut un beau voyage !

Line up :

  • Try Andrews (Trombone Shorty) : trombone, trompette et vocal
  • Joshua Conelly, Chris Seefried : guitares
  • Mike Bass Bailey : guitare basse
  • Alvin Ford Jr : batterie
  • BK Jackson : sax ténor
  • Dan Oestreicher : sax baryton
  • Brandon Butler : orgue Hammond, Rhodes
  • Lady Blackbird, Raion Ramsey : chœurs 

Ont collaboré à cette chronique :

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