(38) IsèreJazz à Vienne

13/07/2022 – All night jazz : General Elektriks invite Julien Lourau au Théâtre Antique

Salters-Electricité Générale
(spécialisée high-voltage)

La petite entreprise fondée il y a bientôt vingt ans en Californie par le claviériste et chanteur français Hervé Salters revient avec un nouvel album « Party like a Human » voulu soul-funk et groove pour célébrer « La fête comme des Humains ». Des titres cependant retravaillés pour le live afin, selon lui, de les booster au maximum de leur énergie. Mission plus qu’accomplie malheureusement jusqu’au survoltage, dans un show tsunamique et barjo où le groove et sa prétendue patte humaine sont laminés au profit d’un hardcore robotique et technoïde, implacablement bastonné par un volume sonore très agressif où General Electriks fond les plombs !

 

Tout roule depuis l’ouverture à 20h30 de cette longue All Night Jazz finale où l’on aura savouré l’éclectisme de l’affiche, avec la découverte des lauréats du Tremplin Rezzo, les jeunes de Ishkero et son jazz-rock flûté, retrouvé le (vrai, les concernant…) funk de l’inamovible Fred Wesley et ses excellents News JB’s, le spectacle un peu trop long de la brésilienne Flavia Coelho et son Orquestra, quand à 1h du matin, en guise de feu d’artifices sonore et lumineux, General Elektriks prend « possession » (au sens luciférien du terme) de la scène viennoise. J’avais hâte de voir enfin ce groupe démoniaque qui, comme la multinationale General Electric se positionne à sa façon sur le créneau de l’Energie…

Bientôt vingt ans déjà que le français Hervé Salters, claviériste vintage et chanteur installé à San Francisco -où ce fan de Stevie Wonder a notamment travaillé avec Blackalicious- a fondé sa petite entreprise, rejoint en 2009 par le bassiste Jessie Chaton. Avec Toma Milteau à la batterie, Eric Starczan à la guitare, et ce soir le multi-instrumentiste Guillaume Lantonnet à la seconde batterie, aux percussions et au vibraphone, le quintet a sorti l’an dernier un septième album Party like a Human (conçu à Berlin , et ça ne semblera pas anodin…) qui se veut soul-funk et donc très groove. Avec des titres que le leader a cependant souhaité booster avant leur tournée en live dans les festivals, selon lui pour leur faire rendre pleinement leur énergie. Au risque du survoltage comme cela va être le cas ce soir.

Techno martiale et esprit post-punk

Tous en blanc uniforme, les cinq musiciens démarrent pied au plancher par du rock très technoïde, drivé par Salters au centre, maître de cérémonie encravaté bastonnant son clavier face au public, appuyé par une batterie et des percussions fracassantes à l’arrière, quand son compère allumé Jessie Chaton danse déjà avec sa basse flying V transparente. Avec son look english school, sa coupe et ses pattes, Salters -qui ressemble là beaucoup à Kent- a tout du lutin punk, jouant encore sur le titre qui suit au bad boy d’Outre-Manche tant par la voix que par son jeu de scène bondissant. Toujours très poussif, un troisième morceau hybride la pop anglo-saxonne au hard-funk américain des seventies avec un Clavinet bien malmené. Vient Central Parks extrait du tout premier album, sous un éclairage bleuté qui a soudainement la froideur d’une ambiance new-wave-cold wave qui tranche avec les feux de l’enfer qui ont précédé. Mais avec la double batterie et les riffs acérés de guitare, le son s’apparente clairement à du hard-rock, le leader n’ayant rien à envier à celui d’AC/DC dans ses sauts de possédé.

Lourau, l’alibi jazz-funk

Il faut attendre le quatrième titre pour que l’invité en guest, le saxophoniste Julien Lourau, se joigne aux électriciens (A ce propos, soulignons une fois encore une absurdité de la part de la production qui n’autorisait les photos que lors des trois premiers titres, sans lui…). Après une intro très synthétique et une ligne de basse qui rappelle beaucoup le Sweet Dreams de Eurythmics, Lourau d’abord noyé dans la grosse masse sonore générale émerge le temps d’un chorus jazz-funk enfin audible. Seul passage jusqu’ici où l’on entend du jazz et du funk, dans ce titre robotique comme l’est le déhanché mécanique de Chaton devant son clavier basse.

Il faut attendre la mi-parcours pour que la voix de grand ado démoniaque de Salters se fasse plus sensuelle, portée par le groove du Fender Rhodes. Une ballade funky au refrain plus mélodique, avec un beau chorus de guitare pop-rock et rythmé par le toujours robotique et impassible bassiste à la crinière afro. Pourtant là encore, tel un pantin dégingandé, le chanteur multipliera les jeux de jambes incessants pour vite revenir à une musique hardcore et technoïde particulièrement agressive qui aurait sans doute mieux sa place au Hellsfest qu’à Jazz à Vienne…

Sonné par ce titre où l’on retiendra tout de même l’incroyable énergie générale et notamment la puissante de frappe du gros îlot percussif à l’arrière où les deux batteurs sont sans cesse interchangeables, on apprécie d’autant plus le calme de La chambre magique, titre issu du nouvel album et posé comme une berceuse par le vibraphone. Une histoire contée en français cette fois, dans une ambiance très space de slow surréaliste collant bien au look du groupe avec ses volutes psychés purement seventies. A bientôt 2h du mat’, ça reposerait un peu les oreilles si la frénésie sonore ne revenait aussi sec par une voix de punk boy et deux titres martiaux de hard techno. Avec son style inénarrable, comme si Freddy Mercury se prenait pour Bootsie Colins, le Chaton imperturbable semble faire sa séance d’aérobic et donne une bouffée d’humour dans ce violent pétage de plombs généralisé.

Avec le retour sur scène de Lourau pour les deux titres suivants, et avec son air de ne pas y toucher malgré son souffle impressionnant, le répertoire ré-offrira quelques embardées plus funk, mais toujours par son versant hard avec un beat très lourd et une rythmique de dingue. Comme pour nous achever, General Elektriks enchaînera encore deux titres techno bien gavants, l’un aux relents eighties époque Gary Numan, l’autre franchement imbuvable digne d’une boîte de l’underground berlinois des années 90 sous ecstasy. Après un ultime morceau, un talk-over en français sur de la techno-funk plus psyché, et concluant ce set de soixante quinze minutes hallucinées, on avait qu’un seul mot à la bouche : OUF!

Ont collaboré à cette chronique :

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