(38) IsèreJazz à Vienne

13/07/2022 – All Night Jazz : Nubiyan Twist au Théâtre Antique

London calling….

C’est assurément l’un des plus émoustillants collectifs de la scène londonienne actuelle que Jazz à Vienne nous a offert ce soir avec les très attendus Nubiyan Twist. Un set tardif et d’une heure seulement, mais suffisamment intense et merveilleux pour nous ravir de bonheur à l’écoute de leur electro-groove sensuel et classieux qui, à l’image de leurs origines pluri-ethniques, brasse avec allégresse afro jazz-funk, soul, hip-hop et rap dans un melting-pot irrésistiblement séduisant.

Tandis qu’on annonce déjà que le café est disponible et offert aux spectateurs qui n’ont pas pris la tangente après le tsunami sonore de General Elektriks – si les hauteurs du théâtre antique se sont vidées, les premiers gradins et la fosse sont encore remplis de fans- il est 2h40 quand, respectant le timing à dix minutes près, les Nubiyan Twist entrent en scène. Il aura fallu être patient et tenir le coup pour enfin voir le groupe pour lequel on avoue être ici ce soir, et ce même pour un set qui ne durera qu’une heure. Mais quelle heure de bonheur sans heurt !

La crème d’outre-Manche

Pile deux mois après avoir eu le plaisir de voir en live Kokoroko à l’Epicerie Moderne (voir ici), c’est un autre collectif majeur de la scène londonienne actuelle que nous offre Jazz à Vienne, sans doute l’un des plus excitants du moment et si représentatif de cette fameuse nouvelle génération de jeunes musiciens qui mélangent à la fois leurs origines culturelles pluri-ethniques et bannissent les genres prédéfinis en un melting-pot sonore particulièrement émoustillant. Sur le créneau de l’electro-groove et de ce que l’on nomme néo-soul, la bande originaire de Leeds et au nom exotique brasse en effet jazz-funk, afrobeat, high-life et ethio-jazz, broken beat, rap et hip-hop, toutes les tendances de leur temps étant savamment mixées au profit d’un groove qui, par la voix de la merveilleuse chanteuse Ria Moran comme du feeling du nonet qui l’accompagne sous la férule du leader guitariste et bien nommé Tom Excell, privilégie la sensualité au tapage et conduit à l’allégresse avec une élégance typiquement british.

Alors que nos oreilles sifflent encore à l’issue du show éprouvant qui a précédé, que ça fait du bien, à cette heure avancée de la nuit, que de se laisser envahir par l’ambiance lounge qu’installent d’emblée les Nubiyan Twist entre la basse groovy de Luke Wynter, les volutes de synthé electro d’Olly Cadman et le feutre soyeux de la section cuivres composée par le sax alto de Nick Richards, le baryton tenu par Joe Henwood, et surtout par la trompette de Jonny Enser et ses chorus aériens sur le judicieux Flow qui entame le set, puis sur Ma Wonka qui suit où guitare et percussions caressées par le Brésilien Luiz Adami offrent un probant mélange afro et latino. Toujours avec élégance, le chant de Ria Moran démarre dans la douceur, offrant de sensuelles vibes en écho sur You’ll stay Down où discrètement les cuivres distillent la ferveur de la soul tandis que le groove monte en puissance jusqu’à un chorus de sax libérateur typiquement jazz-funk. Du funk electro toujours bien cuivré et très space non sans rappeler, quand vient une grosse rythmique dub appuyée par la basse et la batterie de Finn Booth, les ambiances créées bien avant eux par une Natacha Atlas à l’époque de Transglobal Underground. Bardé d’effets, c’est encore le sax qui posera un solo stratosphérique sur ce Tittle Tattle dégageant une ampleur de son aussi frénétique qu’ enveloppante. Des éclats mirifiques d’electro-dub qui ouvrent pareillement le Reggae Jam qui suit où resplendit tout le mélange ethnique qui prévaut dans le Londonistan, hybridant les cultures dans un métissage sonore qui fait dodeliner la fosse bercée par ces sons à la fois puissants et parfaitement maîtrisés.

Prédominance de l’afro soyeusement cuivré

L’Afrique bien sûr prédomine dans ces compos comme sur TITMS où la guitare de Tom Excell mouline des tourneries maliennes qui lorgnent vers l’afro-blues de Saint Germain, ou encore sur Permission, afro-jazz funk classieux où resplendit la brillance orchestrale et les vocaux bien jazzy. La basse cavale aux rythmes des frappeurs, soutenue par un piano électrique avant que s’envole à nouveau l’un des saxophones. Inutile de dire combien ça groove à fond, avant que le percussionniste qui s’est emparé du micro vienne au devant de la scène pour haranguer la fosse par son flow de rappeur déchaîné sur Pray for Me livré en deux parties, la seconde mêlant la voix de la chanteuse à ce hip-hop très dansant qui transforme l’antre viennoise en discothèque à ciel ouvert. Radicalement plus porté sur l’afrobeat nigérian, Basa Basa prend le relais avec des attaques de cuivres soyeuses dans la mouvance de Kokoroko pour plus de huit minutes étourdissantes dans un beau partage d’énergie mutuelle avec le public totalement accroché. Après seulement une heure de set, il est déjà temps d’en finir sur le gros funk ultime de Siren song Ending, nous laissant là repus et aux anges d’avoir vécu enfin ce court mais si intense bonheur musical.

Ont collaboré à cette chronique :

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