(26) DrômePoët Laval Jazz

22/07/2022 – Michel Fernandez Quartet au Poët Laval Jazz/s Festival

Avec le Magnetic Orchestra, le saxophoniste Michel Fernandez a trouvé la formation avec laquelle se développe la synergie dont rêvent beaucoup de musiciens et que peu ont la chance de rencontrer. La symbiose prend tout son sens pour qui a connu l’un et les autres séparément et assiste à un de leurs concerts. Vous l’aurez compris, dans cette formation, Magnetic Orchestra n’est pas seulement une rythmique qui accompagne un soliste, et réciproquement.

Le concert est centré sur les dernières compositions du quartet, fraîchement enregistrées et gravées sur un album, pour une sortie prévue au mois de septembre. Saxophoniste et contrebassiste arborent fièrement des couleurs africaines, qui donnent le ton, dans lequel ils s’engouffrent dès le premier morceau : Bird Boy. François Gallix marque le terrain avec une ritournelle en intro qui se répètera inlassablement jusqu’à la fin du morceau. C’est rude, c’est brut, c’est sauvage et indomptable. Nicolas Serret assure un feu continu derrière sa batterie, Benoît Thévenot plaque ses accords sur le piano en une cadence impeccable et sophistiquée. Le sax soprano survole le tout, transcendé par cette ambiance harmonique et rythmique.

Le thème de Xongli est exposé à l’unisson par le sax ténor et le piano. Cadence impaire, sonorités moyen-orientales, ligne de basse envoûtante, assurément nous sommes dans le désert, âpre, rocailleux, aux couleurs enflammées. Michel Fernandez explore toute la tessiture de son instrument, alternant harmonies mélodieuses et dissonances débridées. Le chorus de Benoît Thevenot continue dans ces évocations abruptes ; la main gauche accompagne la droite tantôt par accords bien sentis, tantôt à l’unisson. Les figures sont malaxées, triturées, décalées sur des intervalles insolites. Puis vient le tour de la batterie pour un chorus qui fait chanter les toms et rugir les cymbales. La reprise se fait à l’archet sur la contrebasse ; les deux pieds bien ancrés dans le sol, Michel Fernandez déploie sur ces vibrations profondes une mélopée solide et chantante, avec nappes d’accords au piano et soutient discret de la batterie.

Le voyage continue en traversant l’Atlantique avec Hypno Tango, qui démarre bien comme un tango. C’est dans les chorus que ça part en vrille : on commence par doubler la cadence, on dérape sur une salsa, on grimpe encore la cadence. C’est magnétique, hypnotique. Michel Fernandez attend patiemment de pouvoir reprendre la parole pour un retour salvateur au tango.

La Forêt de Bougarabou nous ramène en Afrique. Le thème sent le Cameroun, les chorus sont l’occasion de montrer qu’une seule note suffit pour un accompagnement : déclinée à l’octave, au demi-ton, longue, rythmée, entrecoupée de brèves bribes de walking-bass, … on peut en faire des choses avec une seule note !!! à condition d’y mettre de l’énergie, et ça, François Gallix n’en manque pas.

Le seul standard du set sera Réflexion, du grand Thelonious Monk, magnifiquement servi par une intro magistrale au piano. Surfant sur une palette sonore que n’auraient pas renié Debussy ou Satie, Benoît Thevenot nous emmène loin, très loin dans notre imaginaire. L’arrivée du thème prolonge cette ambiance éthérée. Le morceau se termine par un chorus de contrebasse tout en sensualité.

Alhambra s’inspire de l’Espagne, et nous fait ressentir à quel point les influences arabes ont marqué la musique de ce pays. Sobre, aux mailloches, le chorus de batterie est accompagné par les percussions à la main sur le corps de la contrebasse. Instant suspendu avant For Bobby Few, hommage à l’un des piliers du free-jazz des années 60-70. Jeu percussif à tous les étages, dissonances calculées, socle de basse comme une lame de fond, c’est comme si on y était.

Après une longue intro à l’archet puis en pizzicatto, où François Gallix nous révèle tous ses talents d’improvisateur, La Déchirure est on ne peut pas mieux nommée. Surprenant !

Le concert se termine dans les Caraïbes, avec un calypso qui remet les neurones en ordre.

Plus que jamais, la musique est affaire de rencontres ; certaines transcendent les talents.

Ont collaboré à cette chronique :

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