(26) Drôme

22/07/2022 – Nita Quartet au Poët Laval Jazz/s Festival

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le forfait du groupe Six Ring Circus, que nous attendions avec impatience de retrouver, alléchés que nous étions après avoir visionné leurs derniers clips, a permis au Nita Quartet d’ouvrir le festival 2022 sur la grande scène. Formation pas tout à fait traditionnelle de jazz manouche, puisque aux guitares d’Ivan Gorlier (soliste) et Nicolas Gavotto (accompagnement) s’ajoute le sax soprano d’Antoine Bessy ; l’ensemble est soutenu par Antony Gutierrez à la contrebasse. Le jazz manouche prend des couleurs de New Orleans qui lui siéent à merveille.

A tout seigneur, tout honneur : le concert débute par I’ll see you in my dreams de maître Django, dont nous entendrons encore un ou deux titres pendant le set, mais pas plus. Dès les premières notes, c’est évident, ce groupe a un son, une cohésion que n’entame pas l’inévitable fébrilité du surclassement impromptu. Surclassement, surclassement ! Que nenni ! La classe, ils l’ont, et pas qu’un peu !

Disert et véloce, Ivan met toute ses émotions au service des thèmes, qu’il partage souvent avec le sax, et des chorus qui s’emballent volontiers, avec une pointe de fantaisie qui élargit le cadre tout en gardant l’esprit. Après Les gosses de la rue, introduction dramatique et développement allègre (toute l’insouciance des enfants malgré les circonstances), Antony Gutierrez nous gratifie d’un intermède solo à la contrebasse ; pendant que les cordes graves assurent l’accompagnement et étirent leurs vibrations, les cordes aiguës distillent une mélodie harmonieuse et rythmée ; le public retient sa respiration pour ne pas en perdre une miette. Suit Blue Drag : lignes ciselées et couleurs vibrantes, on s’attendrait presque à voir débarquer Scat Cat. Bien campé derrière sa contrebasse, le regard fixé sur l’horizon, Antony Gutierrez tient la baraque comme un marin tient la barre ; la base est solide, avec un supplément d’inattendu dans chaque grille, qui étonne sans dérouter. La pompe de Nicolas Gavotto complète l’assise, discrète mais inébranlable, avec quelques doigtés aux petits oignons. On navigue dans le monde des accords enrichis : les « dièses onze » et autres « bémol neuf » sont de sortie.

Le thème de Clair de Lune est exposé à la guitare avec le sax en contrechant (et aussi l’inverse), figure de style dans laquelle les deux solistes excellent, tout autant que les 4×4 qu’ils affectionnent également. L’association n’est pas courante, mais elle fonctionne parfaitement. Deux solistes dans un band manouche, ça fait le compte ; les instruments et les musiciens se complètent, chacun dans son registre et chacun dans son style, l’alchimie opère à tous les niveaux. Les chorus d’Antoine Bessy sont riches et énergiques et nous emportent à chaque fois.

Après Dinette et Songe d’Automne qui serait, selon la légende, le dernier morceau , joué par l’orchestre du Titanic avant le choc fatal, et un interlude improvisé pour cause de rupture de corde de ré, (Antoine s’amuse avec un écho non maîtrisé dans la sonorisation), Nita Quartet clôture le set par une chanson mystère déconseillée aux agoraphobes interprétée par une chanteuse à nom d’oiseau. Très belle version en guise de conclusion.

Ont collaboré à cette chronique :

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