(26) DrômePoët Laval Jazz

24/07/2022 – Pierre de Bethmann Trio au Poët Laval Jazz/s Festival

Soirée trios sur la scène de Poët-Laval, et pour commencer, une formation tout ce qu’il y a de plus traditionnel, avec un programme annoncé tout ce qu’il y a de plus traditionnel : le trio reprend des standards. Impec, ça va rouler tranquille !

Sauf que par « reprendre », le pianiste Pierre de Bethmann entend tout démonter et tout remonter à sa façon, que ce soit les cadences et le tempo, les grilles, le déroulé des thèmes, en y remodelant les pièces maîtresses et en ajoutant quelques pièces façonnées sur mesure au gré de l’inspiration du moment. Car à chaque concert, il remet tout sur l’établi pour parachever sans fin, tordre à l’envi notes et accords. Je suis sûr que les partitions ont des portées à onze lignes et dix interlignes.

Sauf que par « standard », Pierre de Bethmann entend, selon ses propres dires, « tout ce qui a été écrit depuis la nuit des temps et qui est resté dans les mémoires » et dont l’exploration minutieuse est susceptible de révélations insoupçonnées. En bref, toute composition « appropriable ». Ce soir, l’éventail s’étendra de Beethoven, à de Laurent Voulzy, en passant par Tom Jobim et Chico Buarque ou encore Cole Porter.

Pour corser l’exercice, Pierre de Bethmann ne se fixe pas de set-list. Un morceau suivra l’autre, il n’en sait pas plus quand il démarre le concert. C’est dire le défi qui attend à la fin de chaque intro le contrebassiste Sylvain Romano, magistral pendant tout le set, et le batteur Yoann Serra, d’autant plus méritant qu’il joue ce répertoire pour la première fois.

Donc, contrairement à ce qu’on pouvait attendre, le trio piano-basse-batterie fait tout sauf ronronner, et le mystère aiguise les neurones : c’est à qui reconnaîtra le thème original dans la cour du château. Nous reconnaîtrons Love for Sale, Olha Maria (le seul morceau dont on connaîtra le nom avant qu’il soit joué), standard de la musique brésilienne, qui se balance allègrement sur 7 temps, le second mouvement de la Septième Symphonie de Beethoven, dotée d’une cadence à 5 temps qui fait littéralement danser ce long développement du thème en modes majeur et mineur. Ce morceau est peut-être celui qui permet le mieux d’apprécier tous les talents du trio, tant le thème est ancré dans les mémoires. Tout est limpide, pur, les cascades de notes au piano sont véloces et restent intelligibles, les arpèges de la contrebasse se déroulent avec force et précision, sur lesquels Sylvain s’appuie pour développer un chorus élégant.

Omniprésent sur ses peaux et ses cymbales, Yoann Serra entretient un feu continu sur toutes les cadences, avec un jeu d’une finesse saisissante. Les pêches tombent à la microseconde, les roulements fusent à propos, et toujours ce drive rectiligne qui emporte tout, y compris lors des solos.

Après Pensativa et Stella by starlight vient un objet musical non identifié qui fleure le trio suédois à plein nez, avec son thème exposé à l’unisson à la contrebasse et à la main gauche, et cette gamme montante et descendante en ostinato qui se répètera d’un bout à l’autre du morceau.

Pour le rappel, ce sera pour Belle Île en Mer, Marie Galante, qui conclut sobrement ce set de haut vol servi par un trio qui fait partie des tout meilleurs du continent.

Finalement, quatre sur huit au score du quizz, je ne suis pas mécontent, même s’il reste une marge de progrès.

Ont collaboré à cette chronique :

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