(01) AinCuivres en Dombes

30/07/2022 – Unit Brass Ensemble au château du Montellier pour Cuivres en Dombes

Cuivres en nombre

C’est dans le cadre enchanteur du château du Montellier que s’est achevée la 26e édition d’un festival qui fait étinceler les cuivres sous toutes ses formes, récompensé cette année par un beau succès comme ce soir avec les brillants souffleurs du Unit Brass Ensemble, après que les inattendus et drolatiques toulousains de la fanfare déjantée Funky Style Brass ont mis un gros zest de groove dans l’apéro…

Après une nuit hippie et hippique, épique et piquante au festival Rock’n’Horses de Courlans (39) qui a réuni vendredi deux fleurons mythiques de la scène alternative française -Raoul Petite puis les Négresses Vertes- formations où les cuivres sont particulièrement percutants, on redescend du Jura par le Revermont pour retrouver la plaine et faire halte samedi à la soirée de clôture du vingt-sixième festival de Cuivres en Dombes qui s’achève dans le cadre magique et enchanteur du château du Montellier.

Une édition à la programmation enrichie, et qui a bénéficié d’un temps de rêve, qui vient pallier les infortunes des précédentes -entre mauvaise météo puis Covid- en ayant connu cette année un beau succès général qui met du baume au cœur à l’équipe de Camille Marchalot. Un très nombreux public était encore au rendez-vous pour cette ultime soirée proposant le prestigieux Unit Brass Ensemble, une formation belge de treize pupitres aux arrangements originaux, où ces professionnels venus à la fois du classique et du jazz proposent un répertoire mixant avec classe standards du répertoire jazz, pop et funk, et quelques B.O. incontournables du grand écran.

Le groove en invité surprise pour l’apéro

Ce n’était pas initialement prévu, mais une sympathique surprise nous attendait puisque le Funky Style Brass s’est rajouté à cette soirée pour un apéro festif en première partie qui a su mettre d’emblée une ambiance très bon enfant. Avec leurs looks délirants et colorés, les neuf musiciens de cette joyeuse fanfare toulousaine (créée au Conservatoire de la ville rose en 2005), habituée aux prestations de rue, écume également les scènes européennes depuis dix-sept ans, forte de cinq albums de compos où chansons drolatiques et groove soutenu se mêlent en un répertoire des plus éclectiques. Emmenée par le chanteur et saxophoniste Démis Delatie, la formation humoristique et déjantée n’en reste pas moins carrée pour faire tomber des titres de leur cru où l’on entendra successivement des relents de pop seventies avec le clavier ou la guitare-synthé de Fabien Versavel, de funk bien sûr avec la batterie de Mickaël Torren et les cuivres de Guillaume Ceretto au trombone, les trompettes de Jean de Dieu et Antoine Colin (du Unit,ici en guest), les sax de Bastien Maury et du leader Démis, sans oublier l’incontournable sousaphone tenu par Florian Saubois. Les facétieux garnements ont de tout en stock pour mieux vous servir, comme du rap façon I Am où c’est le guitariste Lorry Delatie qui drive le flow, du rock mâtiné de R&B pour faire rutiler les cuivres, jusqu’à ce reggaeton final et bien festif qui a mis l’auditoire en liesse.

Pour découvrir un aperçu du répertoire du Funky Style Brass, on peut se référer à leur album live paru il y a deux ans à l’occasion des quinze ans du groupe où l’on retrouve l’essentiel de leurs compos.

La belle Unité

Avec le Unit Brass Ensemble qui enchaînait sur la grande scène principale au pied du majestueux édifice médiéval, l’heure était plus au sérieux et à la rigueur, ce qui n’enlève rien à la séduction d’un programme certes plus conventionnel mais toujours très appréciable, surtout dans un tel cadre. Après une intro avec leur générique Unite Brass Ouverture Fanfare au groove ultra funky et écrit par le trompettiste Ernie Hammes, la phalange entame par l’un des plus grands classiques, ajoutant aux quelque trois cent cinquante versions déjà existantes une relecture personnelle de Caravan de Duke Ellington, aussi courte qu’efficace où, après une intro profonde et grave au tuba avec Mathis Coine, un swing véloce se développe où Hammes signe un beau solo. Plus académique, avec une solennité presque funéraire, la B.O de « Mission » (Ennio Morricone) qui suit sonne comme un hymne, avant que revienne le swing bien jazzy du Concerto de Harry James, toujours avec la trompette d’Ernie en lead.

Après un chaleureux flamenco de la Costa del Sol -preuve qu’on voyage musicalement beaucoup ce soir-, on reste dans la touffeur espagnole sous la rythmique entêtante de Salamenca où cette fois c’est le trompettiste Antoine Colin qui sort du lot avant un bref entracte.

A la reprise du second set, tandis que la nuit tombée dévoile pleinement les ambiances magiques créées par de judicieux éclairages sur les carons ancestraux qui construisent le château, c’est le trombone basse de Tom Verschoore qui drive une réorchestration jazz audacieuse d’un extrait opératique du Peer Gynt de Grieg, avant que le puissant big band, qui tourne comme une Rolls dans cet antre idyllique pour le son naturel, nous empreigne de sensualité avec le langoureux Moon River et ses sommets mélodiques. Vous aimez donc les tubes ? En voilà quelques autres, comme d’abord l’air guilleret et très connu de la Soul Bossa Nova du maître Quincy Jones qu’on a d’office envie de siffloter en se trémoussant, puis le joyeux refrain du reggae caribéen de Rasta Rocket. Toujours empruntée au cinéma, suit une revisite de « la Reine des Neiges 2 » où vont notamment briller le cor de Thomas Gustin, le tuba de Mathis Coine et la trompette d’Antoine Colin.

Un Thomas Gustin qui aura présenté chacun des morceaux avec un humour pince-sans-rire jusqu’à ce que résonne The Avengers puis Incredibles dans un medley épique et héroïque qui sonne comme un clin d’œil à James Bond. Après deux rappels, on se quitte sur Scream Machine qui conclut cette élégante soirée sous les étoiles en compagnie d’un ensemble qui porte décidément bien son nom. Si l’on ne citera pas tous les noms de cette belle Unité de onze souffleurs, saluons le duo d’Achim Bill et Stéphane Letot aux percussions et à la batterie, qui ont porté le rythme sur un plateau où la brillance des cuivres n’avait plus qu’à étinceler.

Ont collaboré à cette chronique :

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