(26) DrômeCrest Jazz Vocal

02/08/2022 – Conférence de Nicolas Béniès au Crest Jazz

A partir du mardi, la semaine du festival démarre pleinement. Les concerts de la scène de Soubeyran sont ouverts depuis l’avant-veille et le planning du festival se densifie. Les conférences à la médiathèque commencent les après-midi. Après le mot de bienvenue de la responsable du secteur musique de la médiathèque Nathalie Etienne, c’est au tour de Gérard Gagnier, responsable des conférences au festival, de mettre en perspective presque vingt ans de rencontres. Il nous rappelle que se sont succédés les cycles, les femmes et le jazz, la France et le jazz et nous en sommes aux Villes du jazz.

Nicolas Béniès présente cette nouvelle semaine de conférences qui est dédiée à New-York. Pour lui New-York n’est pas simplement une ville américaine, c’est un morceau de l’univers. Cette cité amène des transformations et des métamorphoses. Il précise que les repères disparaissent d’année en année. La ville se transforme avec l’apparition de nouveautés tout en conservant la trace des fantômes de ce qui a disparu. Il évoque Lisa Minnelli dans le film New-York New-York, qui indique que la ville ne dort jamais et que lorsqu’on est premier à New-York, on est premier dans le monde. Il nuance que depuis la pandémie de la Covid19, cela n’est plus complètement vrai.

Mais c’est un autre film que nous sommes venus voir aujourd’hui, il s’agit de West Side Story. Cette comédie musicale reprend le thème shakespearien de Roméo et Juliette. A la différence que la fin n’est pas la même que celle de l’œuvre littéraire de l’auteur anglais. Avec ses anecdotes et ses connaissances précises des œuvres, Nicolas Béniès nous propose d’être attentif au générique du début car c’est la première fois que la ville est filmée en hauteur depuis un hélicoptère. Il nous précise que les gangs ne se battent pas pour la ville, mais pour un quartier, un « corner ». Il indique ensuite que les Sharks, le gang des Portoricains, est important dans l’histoire car ils apportent la salsa à New-York. C’est la grande époque des comédies musicales. Même si les chansons que nous connaissons bien, Maria, America, Tonight et bien d’autres, ont vieilli ainsi que les chorégraphies qui sont pourtant sophistiquées, le film conserve tout son intérêt historique. Le thème de Roméo et Juliette est intemporel et transposable dans n’importe quel contexte. Le choc culturel et social entre les deux groupes ethniques symbolise parfaitement les Etats-Unis avec leurs vagues successives d’émigrations. Les Sharks représentent le groupe de néo-migrants Portoricains qui est aussi la nouvelle vague d’émigrés de cette époque. Tandis que les Jets représentent un groupe d’anciens migrants déjà bien intégrés, d’origine entre autres polonaise. Musicalement, le film présente tous les styles. Des standards du jazz comme Somewhere au générique final, au rock balbutiant, en passant par le mambo, la salsa et bien d’autres. On retrouve tous ces airs musicaux des années soixante. Le conférencier nous confie que la scène du bal est fabuleuse musicalement car elle synthétise tous les styles de musique. Le film de 1961, de Jérôme Robbins et Robert Wise sur une musique de Léonard Bernstein a reçu dix Oscars ! Nicolas Bénies précise que le film à presque raflé la mise car il y avait onze récompenses. West Side Story n’a pas eu l’Oscar du scénario. Le thème shakespearien a encore de beaux jours devant lui, Steven Spielberg a proposé une nouvelle version de West Side Story l’an dernier, en 2021.

Notre mobster préféré a bel et bien lancé cette nouvelle semaine de conférences. C’est toujours agréable de voir un film avec une présentation qui le replace dans sa perspective sociale et son contexte historique. Avec ces informations culturelles, nous avons enrichi nos connaissances du jazz. Nous sommes maintenant prêts pour rejoindre la première après-midi du concours et le jazz d’aujourd’hui sur la place de l’église. Ah oui, vous vous demandez peut-être ce qu’est un Mobster ? Pour vous faire partager cette Private Joke et ne pas la garder pour nous, on vous propose de trouver la réponse dans un grand classique de la littérature du jazz : Le jazz et les gangsters de Ronald L. Morris, Jacques B. Hess (Traducteur), Les éditions Le Passage, octobre 2016, 320 p. Bonne lecture et bons devoirs de vacances jazzistiques.

Ont collaboré à cette chronique :

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