(26) DrômeCrest Jazz Vocal

03/08/2022 – Renaud Garcia-Fons « Le Souffle des Cordes » au Crest Jazz

Pour conclure cette soirée parfaite parrainée par la Spedidam*, Renaud Garcia-Fons présente son projet Le souffle des cordes (voir la chronique de Michel Clavel ici), entouré par les sept autres membres du World String Instrument Octet.

A jardin se trouve un quatuor à corde classique (deux violons, un violon alto et un violoncelle), à cour se trouvent deux instruments typiquement ottomans : le kemence-Istanbul** et le kanun***, au centre la guitare flamenca et la contrebasse.

Toutes les compositions et arrangements sont de la main de Renaud Garcia-Fons, avec, aux dires de tous les musiciens, un art subtil dans l’écriture qui rend chaque partie aussi agréable à jouer qu’à écouter. Dans ce projet, tout est affaire d’équilibre, d’échange et de complémentarité. La musique voyage au sein des pupitres, évolue en permanence et, même si le port d’attache reste la Méditerranée si chère au contrebassiste, elle se fond dans toutes les cultures qu’elle côtoie de près ou de loin. Le quatuor à cordes se surprend à apporter des couleurs orientales, la guitare flamenca se délecte des mesures à cinq, sept ou neuf temps, la contrebasse prend des allures de oud et devient une caisse de percussion, kemence et kanun s’envolent dans les sonorités baroques, le swing ou les délices de l’extrême orient. Si les parties écrites sont nombreuses, l’improvisation est dotée d’un espace confortable où chacun a le loisir de s’exprimer. Les associations se font et se défont, avec de larges plages en duos, trios et plus car affinités.

Prélude pour contrebasse démarre par une partie en spiccato galopant (impossible d’évaluer le nombre de notes générées par chaque impulsion sur l’archet) et cependant limpide comme l’eau des calanques avant l’arrivée des touristes. Les harmoniques sont de la partie, décuplant la tessiture de l’instrument.

Serene walk évoque une promenade champêtre décontractée, et l’entrée en matière du kemence apporte une touche orientale qui incite au rêve. Animame ! (remonte-moi le moral) est bondissant. Le violoncelle assure la ligne de basse et soutient les chorus de contrebasse et de kanun, le quatuor s’adonne aux pizzicatos, et le morceau se termine par un duo guitare-contrebasse, où les mains de Renaud Garcia-Fons délaissent la touche et les cordes pour faire de la caisse un instrument de percussions rayonnantes.

Qi Yun (le souffle du rythme) se tourne vers l’Empire du Milieu dont il reprend les gammes caractéristiques, sur un accompagnement syncopé que se partagent guitare et contrebasse. Kanun et kemence font merveille dans ce registre.

Jinete viento est une buleria, figure de proue du genre flamenco. La contrebasse insuffle le tempo en grattant le haut des cordes à la manière d’une guitare, l’orchestre expose le thème à l’unisson, guitare et contrebasse s’isolent pour un aparté hispanisant à souhait, auquel se joint tranquillement le kemence avec sa petite voix mélodieuse, bientôt rattrapé par le quatuor à cordes.

Comptine enfantine, Chiche hoop (l’enfant au cerceau) fait la partie belle aux instruments orientaux et à la guitare, porté par les nappes des violons et une ligne de basse sobre faite d’harmoniques choisies et de basses profondes. La coda est déconcertante de simplicité et d’énergie contenue.

Rock my strings trouve des sonorités saturées dans des registres inattendus, mais pas aussi iconoclaste que Mamamouchi, présenté comme « valse baroque et bouffonne, turquerie burlesque, fandango campagnard », Vivaldi embarque en Andalousie pour rejoindre les rives ottomanes. L’occasion pour le premier violon de prendre un solo remarqué.

Le rappel à sept temps Le bal des Haftans se termine en un tutti irréprochable, scellant définitivement la fusion qui s’est opérée devant nous.

Renaud Garcia-Fons : contrebasse à cinq cordes
Serkan Halili : kanun
Derya Turka : kemence (écoutez l’album « Silk Moon » commis en duo avec Renaud Garcia-Fons)
Kiko Ruiz: guitare flamenca
Barbara Le Liepvre: violoncelle, concentration, regard émerveillé et sourire radieux
Cyril Bouffyesse: violon alto
Amandine Ley et Florent Brannens: violons

* Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes

** Le kemence, sorte de vièle byzantine, est un instrument de musique traditionnel turc. C’est le plus petit instrument connu à cordes frottées ; il trouve son origine des bords de la Mer Noire.

*** Le kanun (ou qanun) est un instrument à cordes pincées de la famille des cithares sur table, très répandu dans le monde arabe, le monde iranien, en Asie du Sud-Ouest ainsi qu’en Grèce et dans le Turkestan.

Ont collaboré à cette chronique :

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