(26) DrômeCrest Jazz Vocal

06/08/2022 – Inui : Lauréat du concours du Crest Jazz

Dernière soirée du millésime 2022 du festival Crest Jazz, qui nous aura concocté quelques belles soirées. Encore une fois, la tradition est respectée pour l’ouverture de cette soirée, réservée au(x) lauréat(s) du concours de jazz vocal. Cette année, c’est le groupe vocal Inui qui remporte le trophée, qui lui est remis des mains mêmes de Benoît Souverbie, créateur de la sculpture, qui a réussi à traduire la magie des sons dans l’alchimie de la matière.

Une fois faits les discours et présentations, la grande scène est ouverte aux lauréats, devant un public venu très nombreux pour cette soirée.

Sur fond de basse continue et mailloches, les voix de Clémence Lagier et Valeria Vitrano entament une chorégraphie harmonique et rythmique fluctuante. Ce chant des Sirènes est une incantation indispensable à tous, public et musiciens, pour s’abandonner à l’univers d’Inui. Les chanteuses laissent le temps au temps, Maya Cros aux claviers et Dimitri Kogane à la batterie font monter l’énergie. Inexorablement, Inui occupe l’espace, tout en puissance contenue qui se libère avec Murmuration.

Nouvelle scène, nouveau son, la musique prend une autre dimension (voir la chronique du 3 août). Les voix sont plus présentes, les combinaisons se décryptent plus facilement, les timbres de l’une et l’autre voix s’apprécient plus nettement, et toujours cette organisation impeccable des voix et des instruments qui est certainement l’un des éléments clés de leur musique.

Cette fois c’est sûr, « Close to the Edge » (album de Yes) et son illustre « Siberian Kathru » me remontent dans les neurones (non, je ne radote pas, je précise ma pensée).

La contrainte du temps étant allégée, chaque improvisation connaît un développement plus complet. My home is my land est un duo vocal ; les chanteuses s’affranchissent de leur section rythmique en marquant la cadence aux pieds et claquements de doigts. Les deux chanteuses ne se lâchent pas d’une corde vocale. Pour entamer le morceau suivant, leurs souffles s’entrelacent, et quand Clémence part dans les aigus, Valeria la soutient dans le medium, et quand les rôles s’inversent, Clémence ponctue les vocalises par touches plus ou moins appuyées. Les voix sont puissantes, justes, maîtrisées dans leurs registres respectifs.

La place est ensuite laissée aux deux instrumentistes du groupe pour un morceau tout aussi dynamique et inventif. Ruptures, changements de cadences, arpèges effrénés, la surmultipliée est passée des deux côtés.

L’enchaînement de La Forêt et Shadows est une fresque traversant de multiples univers et paysages sonores. Le choix des sons de synthétiseur est subtil, les gammes et les harmonies collent à chaque ambiance. Très présent dans toutes les cadences, Dimitri Kogane nous gratifie de quelques performances épatantes ; pour tenir des triolets de noires sur tout un morceau binaire et syncopé, mieux vaut avoir bien numéroté ses abattis et retenu la combinaison gagnante. Chapeau !

Toujours aussi bouillonnant, Primitives sonne la fin du set. L’heure des remerciements est arrivée.

Une année de travail boostée aux vitamines crestoises s’ouvre maintenant pour Inui, sous les auspices de leur trophée.

Ont collaboré à cette chronique :

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