(26) DrômeParfum de Jazz

17/08/2022 – Hermanas Caronni et Erik Truffaz à Buis-les-Baronnies pour Parfum de Jazz

Rencontrer, c’est accueillir, faire une place pour l’autre en soi, c’est accepter de se laisser transformer, par cet(te) autre. Autant dire que ça n’est pas donné d’avance ! Il peut y  avoir des peurs,  des résistances, plus ou moins conscientes d’ailleurs, qui nous poussent à nous en défendre bardés d’une multitude de bonnes raisons.

Pourtant, la musique peut témoigner de la fécondité de vraies rencontres propices au déploiement de l’imaginaire et de la créativité.  Celle de Gianna (clarinettes, flûtes et voix) et de Laura Caronni (violoncelle, voix)  en est l’expression même. «  Celles » de Gianna et de Laura Caronni, devrais-je d’ailleurs écrire, tant leur musique est plurielle. Inclassables,  elles font feu de tout bois,  avec une aisance, qui,  loin de toute démonstration de virtuosité, vous emporte de l’Argentine à Paris, de Bach au blues, de Bartok à la Bananga.

Hier soir c’est avec leur ami, le trompettiste Erik Truffaz, qu’elles ont partagé leur répertoire.

Les deux sœurs qui ont commencé par des études classiques nous offrent une musique à la fois rigoureuse et libre qui bouscule les frontières. Non sans humour et  espièglerie. Avec par exemple Santa Plastica [libère-moi de toi], cumbia au titre évocateur, la  trompette bouchée d’Erik Truffaz qui se colore d’accents latins, dialogue avec la clarinette de Gianna Caronni au flux ininterrompu (elle maitrise incontestablement le souffle continu.).  Au violoncelle, Laura assure rythme et basse harmonique, avec dextérité, tout en déroulant son chant envoutant. Dans Tôles  c’est l’architecture de nos villes et de leurs banlieues qui est dans le viseur avec au passage un petit clin d’œil à Astor Piazzolla (Libertango). Les Hermanas Caronni racontent des histoires : qu’elles soient  en hommage  à leur mère (Buena de Mas, sur une musique de danse de Bella Bartók), ou à leur ami Juan Manuel Ribero, qu’elles évoquent  la rencontre de la musique espagnole avec la musique amérindienne ou soient  inspirées par les danseurs du pays Basque, il n’est pas besoin de comprendre l’espagnol pour ressentir l’émotion qui s’en dégage.  Tour à tour mélancoliques et joyeuses, nostalgiques ou dansantes, les musiques de ces deux artistes conjuguent les contraires : à la fois épurées et complexes, sans fioritures et élégantes.

Vous imaginez Jean Sébastien Bach dans les bas-fonds de la porte de Clignancourt ? La première suite pour violoncelle seul du grand maître devient le prémisse d’un blues porté par la voix de Laura aux accents hispaniques. Une voix chaude, tour à tour puissante et douce qui ne cache rien de ses origines, ce qui fait son charme.  La clarinette basse de Gianna introduit force et profondeur. Les envolées de la trompette subliment le tout. Une  sacrée alchimie !

La musique des Hermanas est aussi une ode poétique à la nature et à la vie, à la mère terre et ceux qui en sont privés (Patchamama), comme au ciel (El cielo), faisant place à « la mélodie de la pluie, du silence et des choses », sans surcharge, où chaque note, chaque mot peut se déployer  et résonner sans nuire à l’autre.

Et hier soir, Erik Truffaz , avec  ses interventions  remarquables tout en subtilité, sa facilité à marier sa trompette aux sons des deux instrumentistes et à leurs voix,  avait vraiment  bien fait d’être invité !

Ont collaboré à cette chronique :

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