(26) DrômeParfum de Jazz

26/08/2022 – Lorraine Desmarais Trio à Saint-Paul-Trois-Châteaux pour Parfum de Jazz

Comme la semaine dernière à Buis-les-Baronnies avec Lakecia Benjamin (voir ici), et pour un nouveau premier rendez-vous, j’étais tout aussi fébrile depuis que je sais sa venue en Tricastin.

De cette pianiste canadienne je ne sais pas grand-chose si ce n’est qu’elle aime Bill Evans et qu’elle a eu entre autres, Kenny Barron pour professeur, qu’elle a joué notamment en duo avec Chick Corea et Joanne Brakeen. Lorraine Desmarais, puisque c’est elle, a obtenu un nombre impressionnant de distinctions depuis 1984 pour le Prix Yamaha du Festival International de Jazz de Montréal qui a ainsi boosté sa carrière internationale, mais curieusement très peu présente en France. Elle a beaucoup enregistré pour ses projets ou en sidewoman recherchée et pas seulement dans l’univers du jazz, mais aussi dans celui de la musique dite classique. Elle est compositrice, arrangeuse aussi et professeur à son tour, ses disques sont presque introuvables chez nous, il faut se contenter de YouTube.

Un certain 25 juin 1961, en trois sets dans le célébrissime club new yorkais « Le Village Vanguard », le trio du pianiste Bill Evans allait marquer l’histoire du piano, celle du trio, globalement celle du jazz. Le maître de Plainfield pose définitivement ce soir-là les fondements de sa musique et les codes d’un jazz modal ; l’auditoire discute, les verres se choquent, les fourchettes tintent, pas grave son nouveau trio s’envole. Evans a 32 ans, Scott LaFaro son contrebassiste n’en a que 25, il disparaitra dans un accident de voiture 10 jours plus tard, sa virtuosité, sa finesse, sa sensibilité auront montré la voie de la contrebasse moderne libérée et Paul Motian son batteur est tout juste trentenaire, lui aussi invente une batterie lyrique, aussi fine et directive tout à la fois.

A l’exception d’une seule composition personnelle intitulée Bill, Lorraine à la tête de son trio régulier donne un véritable « best of » des compositions originales du Maestro. Elle les présente chacune, en quelques mots, tout simplement, sans emphase, avec humour et nous apprend par exemple que c’est à la suite d’un séjour au Canada que Bill Evans aura composé 34 Skidoo.

Bill Evans rejouait inlassablement ses propres compositions et quelques standards choisis, il en donnait souvent des versions désespérées avec une émotion exacerbée, mais pas toujours. Quelques enregistrements témoignent de ces moments de calme intérieur, de paix relative de l’âme, comme celui du 27 septembre 1979 au teatro general de Buenos Aires, Bill y est presque enjoué.

C’est cet esprit que donne Lorraine, la grâce, le lyrisme, celui des compositeurs impressionnistes français (Ravel, Debussy, Satie, Fauré …) du début du XXème siècle qu’elle affectionne aussi tout particulièrement, mais il n’y a pas de tristesse, le plaisir est premier, la dynamique également, elle est une virtuose.

Du trio de Lorraine Desmarais : c’est une fidélité de quarante ans qui la lie au batteur Camil Bélisle, un peu plus récemment au contrebassiste Alec Walkington ; ils sont désormais Le Trio de toutes ses aventures. Une cohésion exemplaire pour un projet où chacun joue avec et pour l’autre, la finesse et l’élégance sans esbrouffe et dans une connivence et une sensibilité exemplaire pour imager ces ambiances singulières désormais ancrées dans nos mémoires. Un disque doit prochainement mémoriser ce « soul full » projet.    

J’ai eu le privilège d’assister à un concert de Bill Evans peu avant sa disparition, ce soir il était à nouveau un peu présent avec le trio de Lorraine Desmarais qui en fait revivre avec passion sa délicatesse en se jouant avec une aisance infinie des inventions harmoniques subtiles du maître et en y intégrant tout aussi subtilement les siennes. Il n’est jamais question de donner une quelconque retranscription mais bien d’interpréter les compositions originales.

Messieurs les programmateurs, comment pouvez-vous justifier que cette magnifique artiste de renommée internationale ne donne qu’un seul et unique concert dans l’été des festivals européens ?

 

Set list :

  • Periscope
  • Bill
  • Funkarello
  • Waltz For Debbie
  • You Must Believe In Spring
  • Very Early
  • B minor Waltz
  • One For Healen
  • Two Lonely People
  • 34Skidoo
  • Autumn Leaves

Ont collaboré à cette chronique :

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