(69) RhôneLa Clef de Voute

03/09/2022 – Hervé Salamone en quintet à La Clef de Voûte

Jolie rentrée pour le club des Pentes qui affiche complet tous les soirs de cette première semaine. Ce soir l’invité est le trompettiste Hervé Salamone surnommé ici « Le masque de fer » par le Monsieur Loyal des lieux à savoir Stéphane Vincenza qui sera également le pianiste d ela soirée. Pour accompagner la trompette nous aurons à ses côtés des musiciens résidents de la maison : Cédric Perrot aux baguettes ; Patrick Maradan à la  contrebasse et Vincent Périer au sax ténor. Tous présenté avec éloquence et enthousiasme par Stéphane qui nous promet une soirée vierge de toute mélancolie. Ce que nous allons vérifier.

Le concert débute avec une composition de Duke Pearson de 1960 Jeannine qui nous met immédiatement dans le bain d’un bop rythmé et cool. Les soufflants s’en donne à cœur joie. La salle est conquise par l’exhumation de cette rareté. Les regards sont attentifs, les têtes dodelinent et les visages s’éclairent de sourires. On continue avec ce que l’on appelle un standard, c’est à dire le plus souvent un emprunt à une comédie musicale de Broadway et ce sera There is no greater love une ballade qui date quand même de 1936.

Rappelez vous, en 2013 Benny Golson est venu jouer dans ce club (voir ici), ce pilier des Jazz Messengers, compositeur hors pair, avait fait l’honneur de son sax et de sa belle humeur au « petit » club des Pentes. Il en est depuis devenu le parrain. Stéphane ne manque jamais de rappeler cette jolie histoire à chaque fois qu’il introduit une composition du Maître. Ici il s’agit de I remember Clifford écrite en hommage au jeune trompettiste Clifford Brown disparu prématurément à vingt-cinq ans d’un accident de la route. Et c’est avec brio que le quintet nous restitue ce chef d’œuvre, sur un tempo plus vif que l’original. Un régal.

Arrive ensuite ce qu’Hervé présente comme une « piste noire », il s’agit de The eternal triangle, de Sonny Stitt une composition énergique à souhait, digne représentante du be-bop. Effectivement c’est un déferlement de notes et de bonne humeur. Encore un prétexte à de solides chorus de part et d’autres notamment à la batterie.

Pour finir ce set on passe à un morceau « Gospel », Right down front, mais qui s’apparente plus ici à un un thème « second line » digne d’une fanfare de La Nouvelle Orleans et  le public est mis à contribution pour faire chanter ses mains. Il s’y prête de bonne grâce.

La température a monté de plusieurs degrés dans le caveau, il est temps de faire une pause. Même « Le masque de fer » a besoin de faire reposer ses lèvres.

Le second set débute avec une version de Tell it like it is qui n’a rien à voir avec celle d’Aaron Neville… ça va beaucoup plus vite.

Arrive ensuite un des compositeurs fétiches de Stéphane et d’autres musiciens de cette scène, il s’agit d’Horace Silver pionnier du hard bop et qui a écrit quelques unes des plus belles pages du jazz. Avec Nica’s dream, Stéphane présente la personnalité de la baronne Pannonica de Koenigswarter à qui ce morceau rend hommage. Un petit peu d’histoire du jazz ne peut nuire avant d’entendre ce thème qui fait la part belle à la trompette d’Hervé.

La ballade du set sera The nearness of you d’Hoagy Carmichael composée en 1938. Nous sommes toujours dans l’histoire, mais ce thème est vraiment un intemporel. Le sax est à l’honneur.

Plusieurs jeunes musiciens habitués des lieux se sont montrés dans les escaliers. Stéphane qui veille à tout depuis son clavier les a repérés et suggère à Hervé d’abréger le set pour passer ensuite au « Boeuf » de rigueur dans un tel club.

On bifurque donc sur Limbo Jazz écrit par Duke Ellington (et non Dizzie Gillespie comme on pourrait le croire) qui termine joyeusement ce concert avec encore une participation active du public et un gros solo de Cédric.

Stéphane appelle ensuite non sans les avoir chaleureusement présentés Maxime Prébet qui là sera au sax alto (mais il aurait pu prendre la batterie, le piano et d’autres postes) et Cléobule Perrot qui, venu sans sa trompette, va devoir prendre le micro et chanter sur There will never be another you . Chose étonnante, Hervé lui prêtera ensuite sa trompette et sans connaitre l’instrument il nous offrira un solide chorus avec. Chapeau !
Héliodore Perrot étant également dans les parages, il viendra ensuite remplacer Patrick sur sa contrebasse pour A nightingale sang in Berkeley Square. Cela nous fait quand même trois Perrot ensemble sur scène.

Une belle conclusion pour une belle soirée de jazz.

Ont collaboré à cette chronique :

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