(69) RhôneJazz sur les places

16/09/2022 – Mario Stantchev et Jean-Louis Almosnino à Jazz Sur Les Places

Cette période est un peu comme « entre chien et loup », lorsque l’on ne distingue plus nettement quand la lumière décline. La saison est encore bien l’été, mais c’est la rentrée et la chaleur écrasante s’est dissipée. La fraicheur nous saisit avec plaisir quand on accède à Jazz sur les Places, situé sur les quais de Saône. C’est déjà la treizième édition de ce festival urbain en plein air qui nous permet de saluer l’été mi-septembre, avant son départ pour un nouveau cycle des saisons. Précisons que ce festival est toujours gratuit.

Le concert de ce vendredi soir est consacré au pianiste Mario Stantchev qui invite le guitariste Jean-Louis Almosnino. Je m’attendais à un set, mais c’est à deux sets que nous avons eu droit. Le pianiste a consacré la première partie à un hommage en solo au maître Thelonious Monk. Tandis que, pour la deuxième partie, le guitariste l’a rejoint pour un duo.

Ce premier set, Mario Stantchev va l’interpréter comme un concerto et enchaîner les morceaux sans coupure. Il interprète cet hommage quarante ans après la disparition de Thelonius Monk et a pensé à le réaliser en 2017, l’année où le maître aurait eu cent ans. S’attaquer à ce monument du jazz n’est pas une mince affaire. Car si l’on connaît quelques standards du pianiste américain, sa création reste assez opaque et difficile à appréhender. Le pianiste lyonnais, très concentré, s’immerge dans cette musique et interprète ce jeu qui nous semble déstructuré. Une mélodie nous parait cassée par une note qui vient donner une nouvelle direction au discours musical. On a parfois l’impression que plusieurs mélodies sont jouées en même temps et qu’elles sont ponctuées de notes hors de ces mélodies. Cette impression de syncope réalisées par des notes plaquées rappelle ce soir l’esprit du ragtime. Mais les influences de Monk étaient le blues, le swing de Kansas City, le boogie-woogie et le stride. Le mélange et la maîtrise de ces influences ainsi que son style de jeu, rendent le co-inventeur du Be-Bop résolument moderne. C’est cette complexité, avec les impressions de dissonances, qui ne rend pas l’écoute facile. Mario Stantchev interprète avec fidélité cet aspect mais avec sa personnalité. On retrouve la particularité de Monk qui jouait des envolées lyriques de la main droite mais qui donnait autant d’importance au jeu de la main gauche avec des rythmes syncopés du stride.

Parmi les standards on reconnaît facilement ‘Round Midnight, auquel Mario Stantchev donne un effet de profondeur avec la ponctuation de notes sur la mélodie. Il nous offre de belles improvisations avec de longs chorus. Le pianiste lyonnais interprète Blue Monk avec beaucoup de swing. Il rend hommage à l’excentricité et à l’originalité de pianiste américain en se levant pour danser en même temps qu’il joue. Ce que Monk faisait lorsque ses musiciens prenaient des chorus. Il clôture ce set avec Left hand, une composition personnelle dans l’esprit de Monk. On assiste à une course poursuite entre le jeu des deux mains. La rythmique va parfois plus vite que la mélodie et inversement, le pianiste joue avec les accélérations. Il improvise visiblement avec plaisir en regardant le public, amusé de l’embarquer dans ce dialogue musical. C’est encore une manière de rendre hommage à l’humour de Monk.

Après une petite pause, nous retrouvons Mario Stantchev accompagné de Jean-Louis Almosnino pour une deuxième partie très différente. C’est avec une mélodie douce et un dialogue immédiat entre les deux amis que nous commençons. Le dialogue quasi permanent des deux musiciens consiste à entremêler la mélodie entre les cordes grattées de la guitare et celles frappées du piano. Le piano prend le chorus suivi par la guitare, puis c’est autour du piano de soutenir la sonorité chaleureuse de la mélodie de la guitare électrique. Ils s’amusent à relancer alternativement un tempo plus rapide et ensuite revenir à la douceur d’un jeu plus lent. La maîtrise des deux musiciens alliée à la connivence des deux amis rendent le dialogue facile et fluide. On pense au duo de Pat Metheny et Charlie Haden dans Beyond the Missouri Sky qui raconte une histoire et décrit une ambiance. Les effets de la guitare de Jean-Louis Almosnino apportent parfois la dimension d’une ambiance de musique de film. Sur un final dansant les deux musiciens jouent à l’unisson de façon dynamique et le pianiste s’accompagne en sifflant. L’alternance de chorus swinguant ajoute une impression de duo-duel entre le pianiste et le guitariste qui échangent des sourires complices en les exécutant. Mario Stantchev nous aura présenté ses compositions jouées :Souvenirs-souvenirs, Le départ, ou Africa entre autres. Les deux virtuoses lyonnais nous offrent en rappel un titre du guitariste, Sambipa. Nous terminons sur une impression de douceur avec l’introduction de la mélodie à la guitare que le piano suit en swinguant. Ce concert de fin d’été tout en douceur est parfait après une rentrée dans ce monde de routine.

Ont collaboré à cette chronique :

X