(38) Isère

20/10/2022 – Laurent Bardainne & Tigre d’eau douce aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu

Deuxième partie. « Après the Future, the Past ? On ne va pas se laisser faire ! » ironise Laurent Bardainne. Derrière l’humour, il y a le mal être d’un musicien qui a bu, peut-être, ou s’est shooté ? 

Mon malaise est vite dissipé devant la beauté de la musique. J’avais entendu Laurent Bardainne dans le Supersonic avec Thomas de Pourquery. Dans ce projet plus personnel, Tigre d’eau douce, il m’a fait penser à Gary Moore. Ou encore à Henri Texier. Peut être aussi à Yom. Ce qu’ont en commun tous ces musiciens, c’est leur capacité à jouer une musique solennelle, dépouillée. Chaque morceau est un hymne, d’une simplicité bouleversante. Laurent Bardainne, le roi de la pentatonique ! Quel son, quel groove, quel rythme, le tout emporté par un groupe qui décoiffe. Très soudé, autour des deux percussionnistes, qui se complètent, le brillant Philippe Gleizes, à la gestuelle impressionnante, (me souffle mon ami le photographe Sébastien Cholier), le joueur de congas et de djembé Fabe Beaurel Bambi au feeling impressionnant. Sylvain Daniel a un jeu très accompli, entre basses profondes et cocottes africaines au médiator, Arnaud Roulin fait ronfler son orgue Hammond (le top du top). Le groupe enchaine les morceaux d’inspiration africaine, Laurent Bardainne donnant de temps en temps quelques indications sur les intentions premières, avec un recul caustique. « ça, c’est pour ma femme qui a perdu ses lunettes, vous connaissez tous ça », ou encore « là c’est pour tous les copains disparus ».

Pour la musique, le ton est entre la danse et le recueillement. Il y a longtemps que je n’avais pas entendu ce son si ample au saxophone. De l’écorché vif.

Le groupe a joué le jeu malgré une certaine froideur affichée, excédé peut-être à cause du leader en perdition. Mais quelle musique. Une très belle œuvre d’art.

Ont collaboré à cette chronique :

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