(38) IsèreJazz Club de Grenoble

03/11/2022 – Charlier-Sourisse-Winsberg au Jazz Club de Grenoble

Ce 3 novembre, dehors, il pleuvait tristement, mais la salle Stendhal était comble. Au premier rang, chose assez rare, quelques musiciens connus dans le milieu grenoblois, Baby Clavel, Fabrice Bon, Jo Gataleta, Gilles Pelegrini…et en fond de salle pour diminuer la moyenne d’âge et préserver ses oreilles, Noé Reine. Tout ce beau monde s’était déplacé pour écouter un des trios phares de la scène jazzistique française, André Charlier à la batterie, Benoît Sourisse à l’orgue Hammond ( en réalité un Nord C20 bien plus transportable) et Louis Winsberg à la guitare. Ils sont venus présenter et jouer les morceaux qu’ils ont composés pour leur nouveau CD : « Le Monde A l’Envers ». Un double CD, chacun avec les mêmes morceaux mais joués de manières différentes, avec des arrangements pour un trio comme ce soir pour l’un et en sextet avec voix et saxophones pour l’autre.

Le set a débuté par FFF, un joli thème composé par Louis Winsberg, très bluesy. Tout de suite on ressent l’immense complicité qui lie ces musiciens, tout semble simple et facile dans la parfaite mise en place du thème de ce morceau. André Charlier à la batterie ne se contente pas de faire le rythme, il joue le thème tout en maintenant une énergie qui est aussi soutenue par la main gauche de Benoît Sourisse qui joue les basses sur son orgue. Louis Winsberg à la guitare enchaîne un solo, un phrasé riche tout à fait dans le style blues de ce morceau. C’est au tour de Benoit Sourisse de démontrer la parfaite maîtrise qu’il a de son instrument, un style qui allie technique et musicalité.

Prochain morceau Soul Boxes un trois temps au tempo rapide où le thème est joué à l’unisson par la guitare et l’orgue.Pour son improvisation, la guitare prend un son avec beaucoup de réverb, un défilement de notes qui fait planer le public. Benoît Sourisse et André Charlier soutiennent un rythme telle une machine inarrêtable, Benoît faisant un solo d’une très grande richesse mélodique et rythmique, puis c’est au tour d’André Charlier de jouer avec le rythme un solo plein de créativité et oserais-je dire aussi d’humour à l’image du musicien qui montre le grand plaisir qu’il a à jouer avec ses deux amis. Puis c’est Gandy Dancers, un blues en hommage aux ouvriers qui ont installé les rails des lignes ferroviaires au début du 20ème siècle aux Etats Unis.  Le son de guitare se transforme en voix humaine, un arrangement d’une grande richesse et complexité, parfaitement exécuté par les trois musiciens. Lors du solo de guitare, l’accompagnement se fait minimaliste, une respiration bienvenue, André Charlier sort de nouveaux instruments de percussions -des petits shekérés- qui viennent enrichir le jeu de la batterie. Vient ensuite les Désirs de Tantale, une introduction aux percussions plus qu’à la batterie tant les sons sont riches et variés, André Charlier utilisant notamment un gamelan une sorte de grosse cuillère métallique fine qu’il a placé sur une cymbale et qui a une résonance curieuse. Le rythme est soutenu, les cymbales résonnent, une belle entrée en matière en forme d’hommage aux percussions indonésiennes, avant que la guitare prenne un son avec beaucoup de réverb et entame une belle mélodie, un rythme très lent, un contre-chant à l’orgue. L’auditoire extrêmement attentif est captivé par cette très belle musique pleine de nuances. En hommage à l’afrobeat du Nigéria vient ensuite L’Indomptable Afro Beat un morceau en cinq temps, au tempo rapide et plein d’énergie où Louis Winsberg et Benoît Sourisse exposent un fois de plus une grande musicalité et leur virtuosité dans les improvisations. Ce morceau fût le dernier de ce premier set. Le deuxième set commence par Gil et John, un petit clin d’œil au mouvement des gilets jaunes, la guitare expose le thème, le rythme est soutenu, une belle machine qui avance inexorablement. Prochain titre, une composition de Louis Winsberg M’dout Masaï, une introduction à la guitare et à la voix qui est transformée, un son unique, où on ne fait plus le distinguo entre la part prise par la guitare de celle prise par la voix, un rythme de reggae, l’arrangement devient plus complexe, la musique se fait piano puis la tension monte, la guitare et l’orgue jouant une mélodie complexe à l’unisson pendant que la batterie entame un solo qui l’accompagne, beau final. C’est ensuite un blues, Madame Toulouse un morceau de Michael Brecker qui faisait partie d’un précédent CD fait par le trio en hommage au regretté saxophoniste. La guitare improvise à la manière de Wes Mongomery, tandis qu’à l’orgue Benoît Sourisse n’est pas en reste. Le swing est là, ça balance, ça pulse, un vrai plaisir. Suit une jolie ballade composée par Benoît Sourisse, The Dawning. Puis ce fût Maracatu Mangé, un thème, latin, rapide, joué à l’unisson avec la guitare et l’orgue.

Je suis une fois de plus complètement estomaqué par la capacité de ces musiciens à mémoriser toutes ces phrases complexes. Dans ce morceau, André Charlier a repris le rythme de la samba qu’il a joué avec quatre baguettes, à lui tout seul il remplaçait un ensemble de percussions brésiliennes. En bis ils ont joué un autre thème de Michael Brecker, Peep, un tempo d’enfer pour finir cette belle soirée. 

Ce jeudi soir nous avons assisté à un superbe concert, des compositions variées très bien arrangées, une perfection dans l’exécution. De la virtuosité, des nuances, une belle musicalité, une rythmique pleine d’énergie, et en plus une grande proximité des musiciens avec le public. Les anciens ne s’y étaient pas trompés, ils savaient que cela allait être un concert mémorable.  

 

Ont collaboré à cette chronique :

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