(69) RhôneHot Club

17/11/2022 – Rémy Gauche Quartet au Hot Club de Lyon

Où étiez-vous ce jeudi 17 novembre ? Peut-être à redécouvrir avec des amies et amis le beaujolais nouveau dans les rues de Lyon ou dans un de ces petits endroits cosy dans lequel on refait le monde, autour des Julienas, Fleurie, Morgon, Brouilly ?

Au Hot Club de Lyon, il se passait bien des choses aussi.

Directement venu de la capitale, le guitariste Rémy Gauche a présenté son répertoire actuel qui tourne autour des compositions de son dernier disque Gravity. Une musique chaleureuse, enthousiasmante, à la forte et singulière personnalité. Emmenée par un quartet qui sait de quoi il parle, elle s’est propagée dans l’espace, affolant nos esprits et nos corps tout fripés par la journée pluvieuse. De qui et de quoi s’agit-il exactement ? Prenez le batteur Julien Augier, nerveux, sensible, qui sait se faire aussi félin que débordant et exubérant, véritable avalanche sonore, tout de grâce exécutant. Rajoutez le claviériste Stéphane Cochet, sur Fender Rhodes (qu’il couple avec un Moog pour donner des basses profondes), excellent improvisateur,  qui alimente l’harmonie d’une manière impeccable. Rythmique parfaite sur laquelle se greffe le saxophoniste Yannick Benoît, très inspiré, au son droit et feutré, et le guitariste Rémy Gauche aussi à l’aise en accord, en solo, en accompagnant, en relanceur, en empêcheur de tourner en rond. Gravitation dans l’espace réussie pour des morceaux tout droit venus de la mythologie, qu’elle soit grecque, romaine, ou amérindienne. Et dont les titres sont une collection de planètes.

Mercure est un morceau dense, joyeux, à l’énergie rock, avec un beau thème à l’unisson, sur lequel saxophoniste et guitariste s’en donnent à cœur joie. Le jeu de Rémy Gauche est empreint de douceur et de niaque, avec ses arabesques chromatisantes et ses traits efficaces. Chouette phrasé legato qui le rend très présent et très aérien. Le saxophoniste, doué lui aussi, fait mouche et réussit à nous embarquer. La complicité est là et déjà installée entre tous.

Saturne est envoutant et ses changements de rythmiques, relançant l’écoute, procurent un plaisir intense. Là encore un morceau très inspiré, assez lunaire.

Soleil est bâti sur des arpèges mouvants. J’aime l’espace qui se crée à chaque début de solo. Un brin minimaliste. La grille harmonique est complexe mais elle coule sous leurs doigts. Tout cela réchauffe l’atmosphère et nous emmène, loin et haut. Un riff puissant pour terminer et entrainer le batteur dans une tornade rythmique décoiffante.

Le groupe joue une reprise du pianiste Dexter Goldberg.

Puis termine avec Terre (Maka) avec une introduction assez évanescente suivie par un thème ballade qui donne lieu à plusieurs chorus sur une grille circulaire, du plus bel effet. Le set se clôt et nous, obligés, par l’espace et le temps qui nous relient à notre chez nous, de rentrer prématurément. Dommage car la seconde partie était prometteuse :  Lune, Vénus, Mars, Jupiter, Uranus… un voyage intersidéral. La frustration est parfois stimulante, d’autant que le disque tourne depuis en boucle à la maison. C’est un bel objet, qui rassemble des dessins de la japonaise Kanako (rappelant ceux d’Antoine de St Exupéry pour son petit prince) et des textes expliquant brièvement la genèse de chaque morceau. Le travail est soigné. Ce concert est vraiment une surprise bienfaitrice. Ce qui montre qu’on peut aussi s’enivrer avec la musique en s’élevant vers le cosmos. Rémy Gauche, un artiste à découvrir de toute urgence.

Ont collaboré à cette chronique :

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