(38) IsèreJazz Club de Grenoble

12/01/2023 – Pierre Bertrand& Ron Di Lauro Sextet au Jazz Club de Grenoble

Concert excitant, passionnant, exceptionnel ce jeudi 12 janvier au Jazz club de Grenoble. Une salle archipleine, le public repousse les murs (le lendemain au Jazz Club de Chambéry, le guichet est fermé depuis quelques jours). Une standing ovation…que demander de plus?

Le secret de fabrication? D’excellentes raisons et passions, toutes unies et ferventes.

Un peu de raison d’abord. Un échange universitaire entre le Québec et la France, pour des masters classes, arrosées de virées nocturnes dans les club de Montréal d’abord, puis Grenoble, Chambéry, Paris…Ron di Lauro, le trompettiste québécois a entendu le saxophoniste et arrangeur Pierre Bertrand et propose de l’inviter.  A Montréal les français Alfio Origlio (piano) Denis Leloup (trombone), et Pierre Bertrand ont ainsi “jammé” avec Ron di  et deux autres enseignants du Québec: Alain Caron (fretless bass), et Paul Brochu (batterie), fondateurs du très mythique groupe de jazz-rock Uzeb. Ça “matche” si bien que le projet du sextet et d’une tournée en France voit le jour. La passion se déclare! Aller-retour.

Et nous voici ce jeudi 12  dans une salle Stendhal bondée, devant le “Pierre Bertrand et Ron di Lauro sextet”.

Devant ! Face à ! Une muraille sonore, mouvante et mobile: Muraille des trois soufflants pour Blue Peper (Duke Ellington), comme le granit vivant de la “Légende des siècles”. Pour faire pièce à la dynamique d’un drummer incisif, comme l’a voulu Duke dans ses thèmes orientalisants. L’arrangement de Pierre Bertrand est haletant.

Saxifrages, ils  brisent la pierre/ les chorus des saxophone, trompette, trombone et s’élancent vers la lumière. Il faudra rompre ce brasier tellurique; pour libérer une source, un cours d’eau limpide. Passage brusque du fortissimo au piano. Contraste !

Accords légers, comme sortis d’une fraiche nappe phréatique ; accords aériens. Enchainements fluides, jeu quasi modal. Alfio progresse sur une grille ouverte, propice au jeu “free” qu’il affectionne. Dialogue avec le batteur, dont les sollicitations invitent à la mélodie. Les mélodies ? Elles naissent, se déploient sous les doigts d’Alfio. Ah surprenant phrasé ! Où va-til chercher ses notes, semble s’etonner le visage de Ron.

Les énergies circulent les climats changent. Agathe, la valse – la douce  pierre, déploie ses couleurs mordorées. Sacha  (d’Alfio) se trouve vêtu de contrechants cuivrés qui progressivement reprennent la mélodie jouée par le clavier. Dans Les oeufs de Marie, Denis Leloup, après un Ron di Lauro hypervéloce, propose un chorus ébouriffant. The Lost foot, (d’Alain Caron) permet de faire entendre un jazz rock avançé (Uzeb) et des constructions traditionnelles efficaces (comme les chorus de cuivres qui jouent sur une grille entière puis 8 mesures, puis 4 puis 2, pour finir en improvisation collective.

Polyrythmie incessante. Partout, foisonnante. La batterie est jubilatoire. Aussi bien quand Paul pousse  des tempi musclés, (par la diversité de ses rappels, ses invitations au dialogue), que dans les thèmes colorés comme Ascendance, Agathe, Magenta. Les chorus de bugle et de trombone avec sourdine versent leur poésie dans nos oreilles. Alain Caron est partout irréprochable. Tant dans les chorus véloces que dans la tenue de la maison.

Pöle position (d’Alain) ; Hammad de Duke. Et en rappel ? un You don’t know what love is tonique. 

Tonique la soirée; colorée, poétique. Sans contradiction entre les termes, par la vertu des arrangements de Pierre Bertrand, des thèmes fournis par les musiciens et leur talent, quand ce n’est pas leur transe.

Ont collaboré à cette chronique :