(38) Isère

20/01/2023 – Camille Bertault & David Helbock à la Faïencerie

La Faïencerie à La Tronche est un petit écrin pour les artistes de valeur. En effet, une partie de la salle est à l’étage, un balcon surplombant la scène. La proximité avec les artistes renforce le caractère intimiste et crée une convivialité savoureusement appréciée.

Parfait, pour accueillir Camille Bertault, étoile montante du jazz vocal qui écrit la plupart de ses textes, et David Helbock pianiste et compositeur international (Europe, États-Unis, Mexique, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Kenya, Sénégal, Indonésie, Argentine, Chili …) de nombreuses fois récompensé depuis son plus jeune âge.

Ils nous interprètent ce soir de nombreux titres de leur CD « Playground ». Ce sera en effet une joyeuse récréation !

Camille est une virtuose du chant. Sa voix grimpe et redescend à une vitesse à vous couper le souffle, ses onomatopées traduisent merveilleusement ses émotions, ses paroles sophistiquées vous emportent dans un voyage métaphorique, en grande liberté. Son humour et sa turbulence vous entraînent dans tourbillon pétillant. 

David, imperturbable, posé, est un créatif fabuleux. Son piano est pour lui un formidable terrain de jeu où il excelle. Les cordes sont pincées, frottés, frappées, les thèmes sont repris et enjolivés par le live-looping.

En rouge et noir, visiblement ravis d’être sur scène, Ils entonnent Frevo, d’Egberto Gismonti. Frevo est un genre musical carnavalesque et une danse  brésiliens.

Le ton est donné. Vitesse, notes scandées, les mains accompagnent cette ambiance joyeuse, cette frivolité. David pince les cordes du piano ou frappe le clavier avec une aisance et une célérité impressionnantes.

Camille affectionne de chanter à nouveau en français pour un public français après avoir beaucoup visité les scènes autrichiennes et allemandes où a été lancé ce projet.

Ce sera Bonsoir, Mal de Cœur. Après une introduction puissante au piano, ce blues plein de douceur répand les murmures, le souffle retenu, les cris du piano.

Ils aiment le mélange des genres, la fantaisie. Avec Lonely Supamen, composé par David, le tempo et les sonorités varient souvent. Ils ressemblent aux artistes de cinéma muet qui divertissent le public, la musicalité en plus. Leurs sourires amusés révèlent qu’ils se régalent. On s’amuse !

Les titres s’enchaînent ainsi dans un spectacle musical et visuel bigarré, un exercice de haute voltige que le public apprécie.

Autodérision aussi parmi les onomatopées d’Aide-moi. Camille, tout en mouvement accompagne le piano, vif, ronflant. Elle excelle aussi dans les jeux de mots.

« Aide moi à ne pas m’écrouler dans le fauteuil du prêt à penser ».

Para Hermeto, composé par David, en hommage à Hermeto Pascoal, compositeur et multi-instrumentiste brésilien, réunit des rythmes et courtes séquences qui s’entrechoquent. Un long passage au piano, effervescent, est entrecoupé de cris semblant provenir des animaux de la jungle. Déstabilisant !

Une autre surprise pour le premier rappel. Camille semble parler sur un ton moqueur alors qu’elle enchaîne les syllabes décousues. De la magie pour Ninety Nine de Prince !

Le second rappel s’intitule Bizarre écrit par Camille, et pour cause :

« Tu es la mouette qui se marre,
L’enfant qui se couche tard, …
L’ivresse sans pinard,
Une laisse sans clébard »

Pince sans rire, les paroles juste soufflées on s’égare.

Les applaudissements crépitent.

Un dépaysement complet, au milieu de textes et musiques extravagants joués avec une maîtrise  impressionnante !

N’est-ce pas la marque des grands ?

Ont collaboré à cette chronique :