Deluxe. Moustache gracias.

 

« Feras-tu une chronique sur Deluxe? »

Gasp, la demande de mon rédac’chef me prend de court. Pour cette soirée-là, j’avais concentré mon attention sur Bokanté. Et puis, tout à ma conviction qu’il n’y avait pas grand chose de nouveau chez les petits frenchies, je ne me suis pas trop intéressé au concert. Mais j’ai pensé soudain à ma fille Ève, grande admiratrice du groupe à la moustache, et qui était aussi au concert ce soir-là. Voilà la solution, me dis-je, si tu veux tout savoir sur la carotte, interroge les fanes !

Ève : On a un peu l’impression que le premier concert de Deluxe à Jazz à Vienne en 2017 était pour eux une épreuve du feu. Ils ont sorti le grand jeu, ils ont tourné leur show sur une installation suspendue (1) pour pouvoir voler et en mettre plein la vue. Le public était conquis ! Même les non-initiés se sont levés pour danser et rentrer dans cette ambiance électrique et pleine de soleil.

Depuis, les fans ont pu suivre leur évolution, leurs projets, leurs envies. Comme Lili Boy a pu le dire dans l’interview faite à Fip juste avant le concert (2), ils sont six et tous ont leurs préférences musicales, ce qui fait de leur groupe un mélange éclectique et en constante évolution. Leur album « Boys & Girls » fut une vraie musique de l’été, forte en soleil mais aussi en recherche musicale. Toujours en quête de découverte, comme un chroniqueur cherchant le sujet insolite à exploiter tous les jours.

Il est difficile de savoir à partir d’où commence le jazz et où il finit. A-t-on le droit d’ouvrir ses attentes plus loin que le jazz « puriste » ? Mais dans ce cas, à partir d’où passe-t-on à un autre genre ? C’est ce qui m’interpelle le plus avec Deluxe. Je ne saurais dire comment les catégoriser. Hip-hop, soul, funk, jazz, groove ? Ils ont des schémas et influences tirés de tellement de types de musiques qu’il n’est pas possible de s’arrêter sur un ou même deux d’entre eux. Et ils le revendiquent presque.

Durant le confinement, leur point d’honneur a été de garder ce qui les tenait depuis l’origine du groupe : le public. Comme beaucoup de musiciens de jazz, ils ont commencé dans la rue (3), et pendant cette période de distance, ils ont donc cherché à retrouver cette même proximité à tout prix. Nous pouvions les voir de partout sur les réseaux sociaux. Des concerts dans le jardin, des vidéo-montages de plusieurs de leurs musiques, des live interactifs, etc. Mais la chaleur de la grande scène, c’est quelque chose que l’on ne peut pas reproduire à travers un écran.

Ce concert-ci fut celui des retrouvailles. Ils sont revenus, ils se sont ouverts, ont parfois même joué la proximité de l’acoustique ou du pyjama. On s’était habitué au grand spectacle, à la musique submergeante, et à l’énergie constante. Cette fois-ci, ils étaient eux aussi en attente. Et le public leur a ouvert grand ses bras, acceptant cette nouvelle facette de Deluxe, presque plus humaine, mais toujours aussi attachante. Ce soir-là, c’était comme si le groupe était venu nous voir, autant que l’inverse.

« Si ça t’a plu, reviens moustachu ! »

Eve Robin

Dessin de Fraçois Robin : Deluxe : Pietre, Pépé, Lillyboy, Soubri, Kilo, (hors-champ : Kaya) Crayon noir & Posca sur Kraft.

(1) sur le proscenium [NdlR]

(2) Pour le 40ème anniversaire du festival, la légendaire radio émettait en direct de Jazz à Vienne avec Julien Delli Fiori, ancien programmateur et directeur, figure du jazz également sur France Inter, et la voix inoubliable de l’animatrice Jane Villenet.

(3) Le groupe est originaire d’Aix-en-Provence.

« Moustache gracias » est le titre traditionnellement chanté par le groupe en fin de concert.

[NdlR : pour mémoire Eve Robin avait écrit une première chronique dans Jazz-Rhone-Alpes.com en juin 2012 (voir ici), nous la retrouvons avec plaisir]

Ont collaboré à cette chronique :

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