(38) IsèreJazz Club de Savoie

28/09/2018- Alfio Origlio – Célia Kaméni quartet

Il y a à peine plus de trois ans qu’Alfio Origlio, en « mentor » confirmé et affirmé, a offert à Célia Kaméni quelques trios de très haute couture. Après lui avoir fait connaitre Jérôme Regard, Malcolm Potter, André Cecarelli, c’est désormais avec Brice Berrerd et Zaza Desiderio que Le Trio est homologué et que le répertoire s’est affiné. Il est question de revisiter, sur les arrangements raffinés et toujours inspirés du pianiste, quelques chansons pop… Pop n’étant définitivement pas péjoratif, le jazz ayant depuis ses origines utilisé des musiques autres pour s’alimenter; toutes les musiques sont prétextes à ses visions et développements, c’est là tout l’art/la science de l’arrangeur et de l’interprète et comme j’aime à le répéter : fusion ! ma chère fusion… Et donc, les thèmes sont ceux du Broadway de Richard Rogers ou des musiques de film avec Bronislav Kaper, mais plus contemporains également avec Stevie Wonder, Seal, Gregory Porter ou même Jimi Hendrix et encore plus improbable Jeanne Moreau…

I Did’nt Know What Time It Was est systématiquement servi en ouverture, je n’avais jamais entendu notre pianiste jouer autant « mainstream » que dans cet instant, gonflée notre Célia, il y a tellement de références définitives de ce thème mythique, celles des divas du jazz, des Mères, mais aussi des versions instrumentales magnifiques ! Elle réussit d’entrée de set à imposer SA vision sensible. Puis Stevie Wonder, elle est encore un peu plus dans son truc et Alfio redonne alors toute sa personnalité, ses harmonies, ses rythmes, ses phrasés, emmenant avec lui un bassiste à la puissance lyrique et le batteur attentif et inventif que nous connaissons bien. Célia ne cesse de se remettre en question, elle est désormais à l’aise là devant les gars, elle ose, se lâche, échange avec son public, donne des directions nouvelles. Il faut dire qu’avec ces garçons tout à son service elle semble comme un poisson dans l’eau. Son chant est de plus en plus personnel, il a pris une nouvelle direction mêlant l’émotion de ces petits décalages de la voix ou ses vibratos infimes qui suscitent immanquablement le frisson, des phrasés plus naturels et personnels, des nuances extrêmes et ses réinterprétations d’une musique de l’âme intemporelle qu’elle aime et maitrise aussi. Oui mais voilà qu’elle apporte également avec elle un peu d’Afrique dans ses scats qu’elle ose désormais, qu’elle mime, qu’elle danse et sur lesquels Alfio, Brice et Zaza qui connaissent parfaitement le sujet la pousse encore, encore… (Brice va même jusqu’à en perdre ses lunettes). La vision de deux des standards incontournables du jazz à l’appui, le Caravan du Duke avec son introduction folle signé Zaza puis Brice, Célia calme le jeux en disant les paroles tendrement, délicieusement en trainant un peu sur le tempo mais les garçons envoient la pression qui monte, monte jusqu’aux cris et l’Afro Blue de Mongo Santamaria qui s’articulera sur ce même principe en deuxième set, particulièrement afro, Célia Kaméni a trouvé son scat original, Alfio, Brice et Zaza chacun à leur tour auront envoyé des soli aussi puissants qu’inspirés, il s’est passé quelque chose, ce vendredi au club… Invitation est une musique de film, il est un de mes thèmes fétiche et finalement pas si souvent chanté comme ce Blues Indolent signé Jeanne Moreau et qui rappelle que, dans les années soixante, la chanson française savait aussi servir la cause du jazz.

Messieurs les programmateurs de clubs et de festivals dépêchez-vous de faire votre job, ce quartet, c’est de la balle…  

Ont collaboré à cette chronique :

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