(26) Drôme

30/08/2019 – Jazz à la MJC de Montélimar : Les Trois Becs et Swunky Long Legs

« Les Trois Becs » et  « Swunky Long Legs » enflamment la M.J.C

Même dans les lieux non prédestinés au jazz, celui-ci parvient à s’infiltrer. Et, pour le coup, de quelle façon…

Les 30 et 31 août 2019, la structure « Montélimar Jeunesse et Culture » a organisé son « Université d’été » et, pour l’occasion, le vendredi soir, son directeur avait prévu une soirée dînatoire en musique, conviant deux ensembles aux accents jazzy, deux ensembles aux styles aussi différents que complémentaires, qui auront bien illuminé les débats.

En première partie, le trio jazz Les Trois Becs, une entame d’expérience à n’en pas douter, avec, sur la scène, trois musiciens qui n’ont plus grand chose à prouver depuis le temps qu’ils jouent, et, ensemble, depuis près de vingt ans. Un trio emmené par Louis Quaire au piano – avez-vous déjà eu la chance d’écouter Louis Quaire au piano ? – admirablement secondé par Alain Schvob à la clarinette, et Willem van Diggele à la contrebasse.

Mettez trois valeurs sûres ensemble sur une scène, et laissez-vous emporter. Le jazz traditionnel qu’ils nous ont restitué une fois encore n’a vraiment pas pris une ride. Tous les trois auront planté un décor parfait pour cette soirée musicale, se trouvant au millimètre pour la plus grande joie des spectateurs.

 

 

 

Et puis, en seconde partie, dans un tout autre registre, la cité montilienne a eu le réel plaisir d’accueillir à nouveau – après une première visite grâce à l’association Jazz dans la Ville – le quartet Swunky Long Legs. Détonant, enthousiasmant, entraînant, les qualificatifs ne manquent pas à chaque prestation de cet ensemble dans lequel les trois musiciens, Arthur Anelli à la guitare rythmique, Symon Savignoni à la guitare manouche et Michel Crosio au piano entourent la voix ensorcelante d’Emily Przeniczka. Le « Swunky Long legs », on l’attend toujours avec plaisir, tant leur envie de jouer – et l’envie de chanter – est communicative. Ce vendredi soir, cela ne s’est pas démenti. Claude Nougaro, Henri Salvador, Thelonious Monk… au hasard quelques-uns des noms qui sont passés, dans cette soirée, entre les cordes d’Arthur et de Symon, ou au travers des touches de Michel, pour se faire au final happer par « the voice of Emily ».

Le  Swunky Long Legs  a acquis ses lettres de noblesse manouche depuis quelques temps maintenant. Il y a de quoi, car cette variante du jazz est ici servie par des pros : les duos de guitares Anelli-Savignoni sont juste merveilleux, les accords du piano de Michel Crosio sublimes, quant à la voix d’Emily…. on ne dira rien, pour ne pas la faire rougir.

En fin de set, le Swunky Long Legs a invité sur sa scène Alain Schvob et sa clarinette, le temps d’un morceau en commun. Un geste qui aura réuni deux jazz, deux styles, ou deux époques comme on veut, mais qui aura montré que la musique, cette musique surtout, n’est qu’une grande famille ou chacun trouve toujours sa place. Merci à ces deux ensembles pour cette très belle soirée…

 


Interview d’Emily Przeniczka (propos recueillis par Michel Martelli)

 

Originaire de la région du Nord-Pas de Calais, sa famille a ses racines en Pologne. Aujourd’hui, Emily Przeniczka – lisez son nom, ne le prononcez pas – brille à la tête du Swunky Long Legs, ou en compagnie du pianiste américain Joel Forrester. Rencontre avec une voix diablement attachante… une voix chaude, venue du froid…

 

La musique et Emily, c’est un mariage précoce ?

Emily Przeniczka : Oh oui, cela a commencé très tôt, surtout grâce à mon père, qui était musicien. Mais, avant lui, ma grand-mère Jeannette, avait ouvert le premier « cabaret » de la région Nord-Pas de Calais, « Chez Jeannette » où tous les artistes régionaux du début des années 70 sont passés. Mon père, lui, cumulait les talents : saxophoniste, clarinettiste, ventriloque, cracheur de feu, magicien…. sans oublier le piano. Avec tout ça, je voulais être… fakir ! Et aussi cracher le feu, comme mon père. Mais lui n’a pas voulu… Pourtant, j’avais fabriqué ma propre planche à clous ! Je me suis alors rabattue sur la musique et mon premier CD, je le fais alors que je n’ai que dix ans. Un CD de douze titres – six chantés et les six mêmes morceaux en orchestration – réalisé avec une équipe de copains de mon père. Cet essai, c’était de la pure variété française, bien que j’aie baigné dans le jazz très tôt – mon père jouait beaucoup Sydney Bechet au saxo. Mon père avait repéré mon talent, parce qu’il m’inscrivait dans des radio-crochets, où je raflais tous les premiers prix. Grâce à ça, il a eu l’idée de « m’insérer » dans ses propres spectacles, à partir des années 90, et ça marchait plutôt bien. Dès mes quatorze ans, j’étais inscrite dans le monde du travail. Je suis restée avec mon père jusqu’à mes dix-huit ans. Nous n’étions que tous les deux sur scène… mais j’avais déjà plusieurs répertoires à proposer : variété française, country et même pop anglaise avec un répertoire « spécial Beatles »…

Qu’est-ce qui te fait quitter cette voie ?

E.P : J’ai rencontré mon mari, et nous sommes partis nous installer dans l’Oise. Pour moi a alors commencé une « vie de famille » qui a totalement occulté ma vie de musicienne. Une situation qui va durer dix ans, une « pause » qu’il me sera difficile de supporter, surtout les derniers temps. A cette époque, je ne pouvais pas regarder le moindre concert live, par exemple. J’ai tenu jusqu’à mes trente ans, et puis, je prends une nouvelle direction de vie pour laquelle je mets un point d’honneur à renouer ce tissu social musical qui m’avait tant manqué. Dans l’intervalle, je dois le dire, nous étions, en plus, descendus dans l’Hérault. Tu imagines le dépaysement… Mais, là-bas, j’ai rencontré des gens qui m’ont fait confiance, comme Richard Dossmann, un guitariste hyper-connu, avec qui j’avais monté un groupe, les Zah-Zuh, en hommage à Cab Calloway. Avec ce groupe, nous avions décroché une tournée à Paris. Mais Paris… Richard ne voulait pas suivre et sa décision a déclenché tout le reste..

C’est-à-dire ?

E.P : à côté de ça, en avril 2016, Symon Savignoni me repère, alors que je chante avec le groupe des Zah-Zuh. Il apprend d’où je viens, et me propose alors une tournée à Lille. Pour cette aventure, je rencontre alors Arthur Anelli. Arthur et Symon se connaissaient déjà depuis un petit bout de temps. On a ensemble, tellement accroché, on s’est tellement bien « trouvés » que c’est là que l’esprit que porte le « Swunky Long Legs » est né. Michel Crosio, qui est mon voisin – de quartier – dans la vie réelle, nous a rejoint un an plus tard, après un festival de jazz, le Tourbes O’Jazz, que l’on fait de façon inopinée. Tous les quatre, ensemble, cela a été une véritable révélation. Nous avions un répertoire très éclectique, mais tout de même bien teinté « manouche ». Les dés étaient bien lancés, même si notre nom n’est pas venu tout de suite…

Pourquoi ce nom, d’ailleurs ?

E.P : le « Daddy Long Legs », en anglais, c’est le faucheux, l’araignée de nos maisons. Mais ce nom était déjà pris. Et puis, comme on faisait du swing, du funk, en fond de commerce, « Swunky Long Legs » est venu naturellement. Depuis trois ans, maintenant, on enchaîne les concerts, les festivals d’été. C’est vrai que notre jeu a évolué, on apporte beaucoup de nouveaux arrangements, surtout Arthur qui est un peu notre « cerveau » dans ce domaine. Et, « hors saison », on se voit au moins une fois par semaine, pour faire de nouvelles recherches. Toujours dans un super état d’esprit, tu imagines bien. Pour les compos, c’est pareil, chacun apporte. En ce qui me concerne, j’apporte essentiellement du texte. Les garçons apportent la musique. On est maintenant sur ce rythme et ça marche très bien comme ça. Avant, on était très « standards ». Plus, les promos. On marchait sur cette habitude. Mais, cette année, on a fait une résidence à Conques, dans l’Aveyron. Une résidence de cinq jours que l’on a dédiée à la composition…

Et qu’en est-il sorti ?

E.P : Eh bien… un album est en gestation. Sa sortie est prévue début 2020, avec une couleur fidèle à l’esprit « Swunky ». Il regroupera une dizaine de titres, avec toujours une touche de standards parce que ça fait partie de notre histoire, parce que l’esprit « Django » veille aussi toujours sur notre groupe, écoutes Arthur et Symon à la guitare, et tu comprends vite. Et puis donc également des compositions personnelles dont je préserve le plaisir de la découverte…

Mais le « Swunky Long Legs » n’est pas ton seul terrain de jeu….

E.P : oui, c’est vrai. J’ai la chance aussi de pouvoir « m’exprimer » aux côtés de Joel Forrester. Joel, je l’ai rencontré en janvier 2018, pendant l’un de ses concerts à Pézenas, dans l’Hérault, grâce à l’un de mes amis qui le connaissait. Joel venait s’installer en France. Il avait déjà ses musiciens, mais il cherchait une chanteuse. On lui parle de moi et, au cours de ce concert, il m’a mise carrément au pied du mur en me demandant de chanter. Le contact, et la collaboration qui dure depuis, a commencé comme ça, de façon très forte, très soudaine, de façon incroyable. Joel s’est installé à Lyon, il ne devait y rester qu’une année. Ses plans ont aujourd’hui changé : il va y rester deux années de plus. Avec son sextet, c’est un autre univers que celui du « Swunky », c’est du traditionnel jazz new-yorkais – Joël a travaillé avec Thelonious Monk. C’est un esprit totalement différent de celui des Swunky, dont l’énergie est notre identité. Mais c’est tout aussi grisant. C’est vrai qu’aujourd’hui, je peux dire que, musicalement, je suis comblée !

Tu as d’autres projets ?

E.P : Oui ! Un projet que j’ai monté avec Michel Crosio. C’est un spectacle de « chansons françaises frivoles, théâtralisées »… J’ai bien dit « spectacle », et pas « concert ». Et si c’est frivole, ce n’est jamais grossier. Ce spectacle, nous l’avons déjà proposé trois fois dans l’Hérault, et nous avons déjà deux dates, dans les Alpes de Haute Provence. Encore une belle occasion, pour moi, de « m’éclater » !!

Ont collaboré à cette chronique :

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