chronique de CD

« 50 cent piece » du Novo Quartet

Pour les auditeurs de ma génération, passés jadis du vinyle au compact-disque, le premier contact avec un nouvel album passe par le regard que l’on porte sur la pochette. Le visuel de « 50 cent piece », second album du Novo Quartet n’est que lettres, signes et dessins entremêlés, entrelacés, imbriqués. L’esprit de Jean-Michel Basquiat plane sur l’ensemble. La lecture du livret confirme cette première impression. Celui-ci évoque aussi Jean Giono et Stefan Zweig comme autres sources inspiratrices. Avide de découvertes et de rencontres avec son JAV Contreband, le contrebassiste-compositeur Pascal Berne a retrouvé, fin septembre 2020, ses fidèles complices : Michel Mandel aux clarinettes, Pierre Baldy-Moulinier aux trombone, bugle et euphonium, Yves Gerbelot aux saxophones et synthétiseurs analogiques. Après le plaisir des yeux, vient celui des oreilles… Acceptons la gageure d’une écoute référencée !

 

Jaimie ouvre l’album. Les soufflants tonitruent mais la contrebasse les ramène rapidement sur des chemins plus mélodieux. Puis vient le sautillant 50 cent piece et son parcours contrasté à l’image de l’œuvre que Basquiat peignit en 1982. Sourde impatience serait-il une évocation de « L’impatience du cœur » de Zweig ? En tout cas, sa structure rythmique ne cesse de changer tels les sentiments qui tiraillaient les personnages dans leur château autrichien du début du XXème siècle ? Plus chaleureux qu’il n’y paraît, le très délicat Froid parfum de neige semble contenir le « Brûlant secret » de l’auteur austro-hongrois : « Parfois aussi le parfum de la neige semblait apporter sa fraîcheur du haut des montagnes ; alors on sentait dans sa respiration quelque chose qui était à la fois doux et piquant. »

Sacré vogue tout en douceur dans les méandres d’un fleuve… sacré, avec un final ayant la majesté de certains estuaires ! Les multiples sonorités d’ Autoportrait, 1986 renvoient au tableau de Basquiat où se côtoient le noir et la diversité des couleurs. Terre et ciel se rejoignent dans Linfinie prairie lisse comme un sable, pièce aux variations soignées, comme l’étaient les textes de l’auteur de « Que ma joie demeure » qui évoquait « l’infinie prairie du ciel lisse comme un sable ».

Le rythme de Pyro évolue entre les buildings et les racines africaines jetées sur la toile par le peintre new-yorkais en 1984. Matin nous offre un réveil en toute sérénité plein de promesses où le temps, parfois suspend son vol. « La pause, elle aussi, fait partie de la musique. » écrivait Zweig…  Mais l’heure est venue du joyeux Bonus track qui porte en lui toutes les vertus d’un rappel en forme d’au revoir, à bientôt !

L’écoute de ce « 50 cent piece » est un régal. Les compositions de Pascal Berne ont cette rare vertu de nous être immédiatement familières. La qualité irréprochable de l’interprétation du Novo Quartet en fait des pièces qui savent varier les plaisirs avec bonheur.

 

Oserais-je une ultime citation de Zweig qui, en ces temps étranges et difficiles pour tous, n’a pas pris une ride ? « Peut-être la musique a-t-elle plus fait pour unifier l’âme du monde que tous les mots et toutes les idées : aimons-la et respectons-la donc comme le plus haut des symboles. »

Ont collaboré à cette chronique :

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