chronique de CD

Anne Pacéo sort son dernier album : « S.H.A.M.A.N.E.S. »

Chronique d’un ébloui…

« Je viens d’écouter S.H.A.M.A.N.E.S, le dernier album d’Anne Pacéo. D’un seul jet. Oui, j’aurais pu faire une pause. Mais je ne le voulais pas. Ou plutôt, je ne le pouvais pas…

Après l’écoute, quelques quarante-cinq minutes plus tard, je me suis demandé quels qualificatifs pourraient définir cet album au mieux. J’en ai trouvé quelques-uns. Alors, en mettant la barre plus haut, j’ai exploré les superlatifs. Et il y en avait encore beaucoup…

S.H.A.M.A.N.E.S a déjà récolté, depuis qu’il est accessible, nombre de louanges. Via les radios, ou via la presse spécialisée. Arrivant comme les « carabiniers » de ce bon Monsieur Offenbach, je ne voulais pas faire de redites. Ni tomber dans de la vulgaire brosse à reluire, brosse dont, du reste, Anne Pacéo n’a nul besoin.

Alors j’ai pensé faire appel à un ami poète. Mais « Poète » avec un grand « P ». Et, très vite, c’est l’ami Charles qui s’est présenté spontanément. Charles Baudelaire, bien sûr, et sa magique « Invitation au voyage ». De ce texte, un vers s’est imposé :

Là, tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté

Baudelaire avait-il le pouvoir de traverser le temps, pour être venu écouter S.H.A.M.A.N.E.S ? On pourrait le croire, tant, si on s’y penche un peu, le vers « colle » à l’album d’Anne Pacéo.

Dans « ordre », évidemment, rien de martial, ni même de rigide. Non. Il faut plutôt entendre le terme comme dans « une chambre en ordre ». On y voit donc le soin, la méticulosité… mais aussi une certaine rigueur, artistique comme technique. Autant de termes qui doivent aller comme des gants à l’artiste, qui a composé les douze morceaux de son album. Oui, avec soin. Un soin que l’on peut décliner jusque dans le choix des artistes, qui sont venus épauler Anne, le temps de ce beau voyage : Marion Rampal et Isabel Sörling, qui nous offrent le must de leurs voix d’exception, les claviers toujours aussi magiques de Tony Paeleman, Benjamin Flament assurant en maître au métallophone notamment, un Christophe Panzani incomparable au sax comme à la clarinette… et Anne Pacéo, of course, qui nous dévoile une fois de plus plusieurs de ses facettes, à la batterie mais aussi au kamele n’goni, cette « harpe malienne » dont les sonorités font se dresser les poils.

Tous sont maillons d’une même chaîne, tous à la pointe de leur art. Et tous se fondent dans cet univers musical jusqu’à ne faire qu’un tout. Mais, si l’un venait à manquer, l’univers ne serait plus.

« Beauté »… voilà peut-être le terme le plus complexe à dérouler. Compliqué, en effet, d’évoquer la beauté sans risquer de passer pour un « aficionado » aveugle, qui ferait tout pour mettre son artiste fétiche sur un piédestal. Ici, ce serait, du reste, peine perdue, car Anne Pacéo y est déjà, au firmament. Grâce au pouvoir des « purs » qui fait que, lorsque l’artiste y arrive, il s’étonne lui-même de s’y trouver. Et pourtant…

Non, je me tairai sur la beauté. Ou plutôt, je ne dirai que deux mots : « Ecoutez-le ! » Après, vous aurez, entre vos oreilles, une définition de la beauté…

« Luxe ». « Luxe », je le prends pour moi. Il serait idiot de qualifier cet album « d’album de luxe ». En revanche – je m’avance peut-être mais c’est mon seul jugement – on pourrait très bien qualifier S.H.A.M.A.N.E.S « d’album majeur ». Abouti. Mais « abouti » sans notion de terme car, Dieu merci, Anne Pacéo a encore pas mal de magie à sortir de sa besace de musicienne, pour notre bonheur à nous aussi.

Je me suis payé « le luxe » d’écouter S.H.A.M.A.N.E.S. Oui, ça, ça sonne bien…

Quant au « calme »… laissez-vous donc porter par les morceaux, même si leurs rythmes sont parfois trépidants. Chacun d’entre eux est une invitation au voyage, un voyage dans lequel on s’engouffre sans douter une seconde. C’est le mieux que l’on ait à faire, que de s’abandonner à la musique, et de se laisser guider par ce sextet magique, qui ne nous laisse – et ô combien c’est précieux – aucun répit.

Le meilleur pour la fin ? Avec la volupté… la volupté dont on ne retiendra que le plaisir décuplé face à un esthétisme qu’on se prend « en pleine poire ». Oui, tout mélomane qui se respecte ne pourra rester insensible face à ce torrent de voluptés, qui bouillonne de grâce à chacun de ses morceaux.

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté ». Comme c’est vrai. Cet album, S.H.A.M.A.N.E.S., ne donne qu’une envie. Y revenir, et vite.

« P » comme Poète… et tiens ! « P » comme Pacéo. Curieux… « Poète », cinq lettres. « Pacéo », cinq lettres aussi… Cinq… Pour certains courants de pensée initiatique, le chiffre « cinq » symbolise une certaine libération, la découverte, l’ouverture vers l’autre, vers les autres… autant de directions que nous montre S.H.A.M.A.N.E.S.

Anne Pacéo démontre-t-elle, avec cet album, que l’on peut trouver aussi des poètes – une poétesse en l’occurrence – en musique ? Assurément. Et pour ceux qui en douteraient encore, 46 minutes et 46 secondes suffiront pour en prendre totalement conscience…

Signé : un mélomane ébloui

P.S. : Merci, Anne, pour avoir su créer une œuvre qui va toucher jusqu’au tréfonds de l’âme, y compris de celles de ceux qui sont non-croyants. Signe de véritable tour de force. Enchante nous encore ainsi très longtemps.

Et si ces quelques lignes s’adressent à « la compositrice », je ne dissocie pas des louanges Isabel, Marion, Christophe, Tony et Benjamin. Vous pouvez tous être fiers d’appartenir à cette aventure-là.

 

Ont collaboré à cette chronique :

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