(69) Rhône

Balthazar Delorme, nouveau luthier à Lyon

En l’absence de concert de jazz je suis allé à la rencontre d’un acteur important du monde de la musique : un luthier.

Le Larousse nous indique que la lutherie est « Fabrication et commerce du luthier. » Et que le luthier c’est un « Artisan fabriquant des instruments de musique à cordes pincées ou frottées et munis d’un manche. L’activité des luthiers s’est concentrée dans certaines régions d’Europe et certaines villes, dès l’origine : en Italie à Crémone, Venise, Naples ; en France à Paris, Mirecourt ; en Allemagne à Mittenwald, Markneukirchen.) » (source Le Larousse) . Même si désormais on étend ce terme à tout fabricant ou distributeur d’aérophones voire d’idiophones ou autres percussions.

Ils ne sont pas si nombreux dans la région. 

Nous avions la chance d’avoir dans la région deux stars de la contrebasse Jean Auray à Villefranche,  Renaud Garcia-Fons ne jure que par lui et Patrick Charton à Saint-Etienne. « Avions », car malheureusement Patrick Charton est décédé d’une crise cardiaque il y a quelques jours.

J’ai eu l’opportunité de rencontrer un jeune trentenaire à l’œil pétillant de malice, Balthazar Delorme, qui vient d’ouvrir son atelier à Lyon.

Intrigué par sa démarche il m’a expliqué son parcours. Des études secondaires un peu poussives au lycée Saint-Exupéry à la Croix-Rousse, il passe un Bac L option musique, il est également guitariste amateur orienté swing manouche. Il avait du mal à imaginer que la musique puisse devenir un métier. Au cours de discussions, son magasin de musique Pick & Boch (Lyon 5ème) lui a suggéré de s’orienter vers la lutherie et plus particulièrement vers l’école de Crémone la Scuola Internazionale di Liuteria, plutôt que celle de Mirecourt dans les Vosges. Crémone est le berceau de la lutherie italienne depuis les XVIIème et XVIIIème siècles. Des noms comme Nicola Amati, Giuseppe Guarneri ou bien sûr Antonio Stradivari viennent de là. Habile de ses mains et motivé, Balthazar est accepté en première année de cette prestigieuse école et choisit de suivre le cursus complet de cinq ans.

Après l’école, il lui faut encore entamer un cycle d’apprentissage de cinq ans également tout aussi important que le cursus initial. Il reste tout d’abord en Italie chez différents luthiers puis rejoint les ateliers d’Eric Aouat (Lyon 2ème) puis celui de Laurent Vallée (Lyon 1er). En 2018 il entre chez Tranin anciennement Blanchard, une maison de tradition. En 2017 il a l’occasion d’accompagner Patrick Charton au Liban pour remettre en état les contrebasses de l’orchestre de Beyrouth. Puis se fait embaucher chez Tranin. Suite au décès de Frédéric Tranin (en octobre 2018) il se retrouve seul à l’atelier. Il décide en septembre 2020 de voler de ses propres ailes et de créer son propre atelier.

Depuis il exerce au 9 quai Jean Moulin, Lyon 1er. Son atelier est rempli d’outils tous plus beaux les uns que les autres, presque bien rangés. On trouve une superbe collection de rabots parfois minuscules, de presses, de gouges, de canifs « maison », de feuilles de bois, de bouts de bois. Il y a des instruments en fabrication mais surtout des instruments en cours de réparation ou de réglage. De par son cursus et la proximité qu’il entretenait avec Patrick Charton il souhaite surtout développer le travail sur les contrebasses. Il en propose d’ailleurs à la location.

Son ambition est de s’ancrer sur Lyon pour travailler aux côtés des nombreux contrebassistes qui s’y trouvent ou qui s’y forment. Même s’il avoue avec modestie « Je ne suis qu’un bébé », on sent l’envie et le plaisir à évoluer dans ce monde d’artisanat d’exception. 

 

http://balthazar-luthier.fr/

Ont collaboré à cette chronique :

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