Chronique de film

« Billie » de James Erskine

Mené comme un thriller, le documentaire du Britannique James Erskine ne manque pas de rythme. Dans un montage brillant, il alterne extraits de concerts, soundies*, photos et autres archives sonores d’Eleanora Harris Fagan  que Lester Young avait surnommée Lady Day. Il utilise aussi des enregistrements (sur cassettes et bandes audio) collectés par la journaliste Linda Lipnack Kuehl dans les années 60-70. On y entend les voix de Count Basie, Tony Bennett, Charles Mingus… mais aussi des amis d’enfance et même des agents du FBI !

 

Pour les yeux, c’est un tourbillon d’extraits de chansons, en concert ou en studio, souvent colorisés (Billie Holiday s’est éteinte le 17 juillet 1959 à 44 ans). Des plans de cassettes et autres magnétophones des années 70, entrecoupés de photos, illustrent les nombreux extraits d’interviews.

 

Pour les oreilles, c’est un pur régal ! On y entend une douzaine de chansons : Now Or Never, God Bless The Child, Hoppin’ Around, The Blues Are Brewin’, Fine And Mellow, Strange Fruit, Just One More Chance, My Man, I Only Have Eyes For You, I’ll Never Smile Again, Don’t Explain, I loves you Porgy, autant de chansons qui font partie de l’Histoire du Jazz et sont, pour la plupart, devenues des standards. Une discrète musique originale, signée Hans Mullens, parcourt les 92 minutes du film et son générique de fin.

 

Pour l’esprit, le film nous rappelle que des producteurs « blancs » ne la trouvaient pas assez « noire », que sa carrière la mena des clubs mal famés aux scènes les plus prestigieuses, que son caractère n’était pas des plus faciles, que sa vie sentimentale ne fut pas un long fleuve tranquille, que le bouleversant  Strange Fruit n’était pas forcément entendu avec les mêmes oreilles, qu’elles fussent noires ou blanches…

 

Évoquant avec brio l’une des voix majeures du jazz des années 30 à 50, Billie est avant tout un film très contemporain, dressant, sans concessions, le portrait d’une femme libre malgré ses addictions, ses blessures, sa confrontation au racisme et aux violences conjugales, son manque de confiance en son propre talent.

 

Un sacré film pour une sacrée chanteuse ! À voir en salle, bien évidemment…

 

Actuellement au Comœdia à Lyon, au Club à Grenoble, dès le 15/10 au Méliès à St Étienne, dès le 21/10 au SingulierS à Belleville.

 

*l’ancêtre du scopitone, lui même ancêtre du clip.

Ont collaboré à cette chronique :

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