Chronique de film

Black Indians, documentaire de Jo Béranger, Hugues Poulain et Edith Patrouillau

“Le Mardi Gras indien était là avant le jazz, bien avant que Louis Armstrong souffle dans sa trompette…” Dès le mois d’août, le flyer reçu à Crest nous avait avertis : les Black Indians  allaient débarquer au cinéma ! Dix pages dans le Soul Bag de ce trimestre nous prévenaient : “Tourbillon de couleurs”. Le moment de vérité est arrivé, le doc est sorti.

Un doc réussi se doit d’instruire, informer, faire découvrir, ouvrir des portes gardées fermées par les grands médias. Black Indians réunit toutes ses ambitions se parant, de surcroît, d’une grande beauté plastique. J’avais très vaguement entendu parler de ce pan de la culture néo-orléanaise qui fusionne les traditions afro-américaine et amérindienne. L’éblouissement coloré n’arrive pas tout de suite. Nous apprenons les origines de ce carnaval trisannuel* rendant hommage aux tribus indiennes qui accueillirent des esclaves fugitifs de Louisiane. Nous passons quelques minutes à Congo Square pour une jam improvisée. Nous découvrons la somme de travail nécessaire à la confection des chatoyants costumes des “Big Chiefs”,des “Queens” et des “Princess” prenant à contrepied l’expression “enfiler des perles”.  Nous découvrons la portée politique de ces jours de fêtes populaires où la police (en Harley, à cheval ou en vélo !) encadrera discrètement les défilés. Nous entrons dans les ateliers et appartements où petits et grands cousent les perles et collent plumes et brillants, dans les locaux où se déroulent les répétitions, le groove des tambours et tambourins invitant à la transe…

Puis c’est l’explosion de couleurs et de musique dans les rues de La Nouvelle Orléans… Les percussions résonnent. Les tribus se retrouvent. Les Big Chiefs se haranguent en mode “Call and response”. Les fanfares sonnent. Les “porte-plumes” rivalisent avec bonhomie. Les marchands ambulants font leur business. Les touristes prennent des photos. Plumes et perles chatoient… Nous apprenons enfin que l’ouragan Katrina a paradoxalement resserré les liens des Black Indians quand ils retrouvèrent enfin leurs foyers.

Pendant le générique de fin, un discret hommage est rendu à l’initiatrice du projet Jo Béranger, décédée en 2015, échangeant quelques mots avec le Big Chief Montana, de la tribu Washitaw. Hugues Poulain et Edith Patrouillau ont poursuivi l’entreprise et terminé ce film à la fois joyeux et sérieux qui nous fait découvrir ce pan méconnu de celle qui passe pour le berceau du jazz : La Nouvelle-Orléans.

*Pour info, prochain Mardi Gras : 5 mars 2019, prochain Super Sunday : 17 mars, Saint-Joseph : 19 mars… Au cas où vous n’auriez pas prévu d’être à Nola à ces dates, ce qui peut arriver, n’hésitez pas à découvrir Black Indians en salle…

Depuis le 31/10 à Lyon (Comœdia) et Clermont Ferrand (Ciné Capitole). À Saint-Etienne (Le Méliès à partir du 14/11).

 

Ont collaboré à cette chronique :

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