chronique de CD

Chronique Album – Michel Fernandez Quartet « Global Warning »

(sortie le 16 septembre 2022)

 

Depuis son association avec les musiciens du Magnetic Orchestra, le pianiste Benoît Thevenot, le contrebassiste Francois Gallix et le batteur Nicolas Serret pour deux albums en quartet Mélange de Rages (2019) et Sans Frontière (2020), le saxophoniste et compositeur Michel Fernandez a franchi une nouvelle étape de maturité musicale riche de créativité et d’inspiration. Il est aujourd’hui de retour avec un nouvel album bien dans l’air surchauffé de la période que nous traversons, Global Warning (Label Atypeek Music, Distribution Socadisc 2022) …en guise d’avertissement ça fume et ça crame partout sur la pochette… !

Au plan musical si le quartet habituel est bien au rendez-vous, Michel Fernandez a enrichi son « line-up » d’un nombre équivalent de « guests » au fil des compositions …au premier rang desquels on trouve son confrère en saxophone (le plus souvent au sax baryton) Julien Chignier, bien connu des amateurs du big band Bigre! et qui vient ici sur six morceaux croiser son sax avec Michel Fernandez. Pour suppléer Nicolas Serret, ça se bouscule coté batterie avec Philippe « Pipon » Garcia sur trois morceaux, Lea Fernandez sur deux titres et Pierre Baudinat sur le titre qu’il a arrangé tout en assurant l’enregistrement et le mixage de la totalité de l’album.

Le disque s’ouvre sur For Bobby Few, un hommage à ce pianiste de la mouvance free installé à Paris disparu en 2021, compagnon musical d’Archie Shepp et de Steve Lacy. C’est une composition très rodée et peaufinée, bien dans la veine d’écriture habituelle de Michel Fernandez et qui ici prend encore plus d’ampleur avec la juxtaposition du saxophone ténor du leader avec le sax baryton de Julien Chignier, sans compter le puissant chorus de piano de Benoît Thévenot. Avec Global warning, le titre, le ton devient plus grondant voire menaçant ; les deux saxophones se croisent et s’entrecroisent à n’en plus finir pour nous pousser à l’action. Avec un Philippe « Pipon » Garcia à la batterie, la rhythmique redouble d’efforts pour qu’on trouve une porte de sortie espérée. La composition Compteur Blues jouée en quintet, est particulièrement entraînante : sous l’impulsion de la rhythmique Thévenot-Gallix-Serret toujours aussi soudée et efficace, on retrouve la juxtaposition des deux saxophones avec ici un Julien Chigner très convaincant au sax alto. Le titre Suspension est interprété en quartet avec Philippe « Pipon » Garcia à la batterie, écriture dense avec chorus étincelant de piano de Benoît Thevenot et un Michel Fernandez qui expulse d’étonnantes notes de son ténor. Pour Exil, toujours en quartet mais cette fois avec Pierre Baudinat à la batterie, aux percussions et aux arrangements, Michel Fernandez s’est emparé de son sax soprano pour un morceau plus léger et aérien qui redonne confiance et envie. Seule reprise de l’album, Xongly est une composition du guitariste danois Pierre Dorge qui, à l’image d’un Michel Fernandez, s’inscrit dans une mouvance free et africaine proche de John Tchicai qu’ils ont tous deux côtoyé ; tant du coté des deux saxophones que du piano et de la rhythmique ici pulsée par la batterie de Léa Fernandez, ce morceau vit et respire de multiples facettes sans cesse renouvelées et relancées ; un sommet de l’album et un futur plat de résistance pour les concerts !  

Sur les deux titres suivants (juste séparés par un bref interlude free) on retrouve le quartet régulier avec Michel Fernandez au saxophone soprano tout d’abord avec Alhambra sous influence arabo andalouse ouvert par un chorus de soprano charmeur et envoûtant avant que le reste du quartet n’entre en piste pour un accompagnement tout en nuances et délicatesse. La danse des indociles s’autorise juste des séquences un peu plus free au soprano, bien soutenue par cette rhythmique « magnétique » qui fait totalement corps avec le leader. Pour le titre final La déchirure, en quintet, Michel Fernandez retrouve le baryton de Julien Chignier et la batterie de Philippe « Pipon » Garcia ; alors que Francois Gallix livre un magistral chorus de contrebasse, les deux saxophones s’entraînent mutuellement vers des espaces de liberté des plus éblouissants et vertigineux.

Au final, pour cet album, Michel Fernandez a trouvé le parfait point d’équilibre entre continuité et renouvellement. Cette nouvelle maturité lui convient parfaitement tant elle s’avère stimulante, libre, vivante et porteuse d’espoir. Ne cachons pas le plaisir que nous avons pris à l’écoute de ce disque parfaitement réalisé…  Précipitez-vous donc sur cet album qui sort le 16 septembre 2022 et sur les concerts à venir.

Ont collaboré à cette chronique :

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