chronique de CD

Chronique Album – Michel Fernandez Quartet « Sans Frontière »

A peine remis des puissantes émotions que nous avait procurées l’album « Mélange de rage » en 2019 où le Michel Fernandez Quartet donnait à entendre un jazz alerte et tonifiant magnifiquement servi par  des musiciens  soudés et complices, voici que juste un an après le saxophoniste remet le couvert avec ses trois fidèles compagnons Benoît Thévenot (piano), François Gallix (contrebasse) et Nicolas Serret (batterie) autour du  projet « Sans Frontière », tout aussi abouti mais surtout marqué d’une empreinte encore plus collective que le précédent. Si le plaisir de jouer ensemble est encore plus présent et soude véritablement les musiciens autour de ce jazz libre et intense, on se doit de remarquer  que  le travail collectif est davantage mis en évidence  par le fait que Michel Fernandez n’est pas cette fois seul à signer les compositions ;  il laisse la place à Nicolas Serret qui signe deux titres et surtout c’est tout le quartet qui signe deux autres compositions  ( deux autres titres étant des reprises ).

L’album s’ouvre sur le traditionnel  la Forêt de Bougarabou  tout à fait caractéristique du style et des attaches de Michel Fernandez par les senteurs qu’il dégage évoquant l’Afrique, ses  forêts et ses percussions. Une superbe ligne de ténor  créant vite l’accoutumance se dessine avant l’arrivée du piano et de toute la rythmique en renfort. Pour conclure le morceau, le thème revient sur un mode encore plus libéré et appuyé. Avec Soledad , qui fait référence au nom d’un trio qu’avait formé Michel Fernandez dans sa période africaine des années 90, le sax se fait encore plus free, la contrebasse grondante et le piano pétillant pour un voyage ensoleillé  ponctué par un gimmick obsédant de sax. Un arbre planté est une des deux compositions de Nicolas Serret ; elle débute par des chicaneries espiègles entre  sax et  batterie comme pour évoquer la lente naissance de l’arbre avant sa croissance et son épanouissement qui se réalise avec l’arrivée progressive de la contrebasse et du piano.

 Spirit signé par tout le quartet apparaît comme une divagation collective apaisée, faite pour introduire superbement la reprise de la ballade de Thélonious Monk Reflections, un thème qui aussi bien en trio qu’en solo a accompagné toute la carrière du génial pianiste. Dans cette relecture, c’est le ténor qui tient le premier rôle mais sait aussi s’effacer pour laisser Benoit Thévenot placer un chorus convaincant.   Avec No Border, on retrouve une composition de Michel Fernandez, introduite par la contrebasse de François Gallix qui prépare au déferlement du soprano avec son cortège d’accélérations et de rafales impulsées par toute la rythmique impeccablement soudée.

 Nouvelle déambulation libre et libérée avec Duty Free signée par le quartet et qui stimule malicieusement les cochlées comme pour annoncer l’arrivée sournoise  de La panthère, une autre composition de Michel Fernandez, où se loge chorus de contrebasse et de piano au milieu du dynamique cheminement du ténor qui évoque furtivement une certaine panthère rose, tout aussi fouineuse. Arrive la deuxième composition de Nicolas Serret,  Elzear une balade apaisante au soprano avec de fines touches de contrebasse, batterie  et piano pour habiller le tout et en faire une totale réussite, toute en grâce et équilibre.

 C’est le classique Hasta Siempre du compositeur cubain Carlos Puebla en hommage à Che Guevara (immortalisé chez nous par Manu Chao) qui vient bien opportunément conclure un album porteur de l’espoir de voir s’estomper les frontières entre les peuples et les continents au profit d’un supplément de liberté comme le jazz de Michel Fernandez a toujours voulu nous en montrer le chemin.

Une nouvelle étape marquante  dans le parcours du Michel Fernandez Quartet qui a certainement hâte de venir défendre ce projet sur un maximum de scènes dès que la musique live sera dé-confinée. En attendant,  l’album sera disponible le 19 juin 2020 (distribution  Socadisc /Dreamophone ).   

Ont collaboré à cette chronique :

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