chronique de CD

David Bressat Quintet  « True colors »

David Bressat Quintet  True Colors , ou l’art du Jazz, comme l’on fait de la peinture.

 

« Plein fermé, je n’y vois goutte,
Plein ouvert, je ne te vois plus »
Francis Ponge, Le Volet

 

Résister au trop plein de lumière, la nuit. Problématique écologique pour jazzman en recherche d’une belle palette. Sortir de l’ombre comme le loup sort du bois. Hisser la mélodie à la lumière au lieu de l’écraser de volts abusifs. Bref, faire la lumière et non pas la subir.

Il me semble que ce projet décrit un peu une démarche du David Bressat Quintet « True Colors »:

David Bressat, piano, composition; Charles Clayette, batterie;Floren Nisse, contrebasse; Aurélien Joly, trompette, Eric Prost, saxophone ténor ; et la participation de Vincent Girard, à la contrebasse  – tant dans les compositions et arrangements que dans le jeu. Puisque le « jouer ensemble » est essentiel dans un travail de groupe, au peaufinage des arrangements: c’est « à même la toile » que le choix des nuances permet aux couleurs de tendre vers la lumière et d’en donner, avec éclat, sans aveugler.

Bien sûr ici comme dans l’art graphique, le « motif » est l’essentiel; et lorsque la première motivation est la mélodie, les couleurs viennent mieux. Encore faut-il aller chercher l’une et les autres. Ainsi va le jazz qui ne se veut pas pure abstraction ou pur rythme.Dès l’origine.

Dans Holi, Soleil Doré, True colors (thème éponyme du CD), Daum Vole (la mouette en vol, qui n’est pas pur mouvement comme l’Oiseau de Brancusi) la mélodie est soutenue par des suites harmoniques qui reviennent, de la tentation de l’abstraction, vers des tensions-résolutions, lesquelles touchent la sensibilité et préparent des chorus chantants. Plaisir de retrouver le son reconnaissable entre mille d’Eric Prost au ténor, le velouté puissant d’Aurélien à la trompette et la contrebasse si claire de Florent Nisse. Quand les graves veillent dans la nuit, l’obscurité est sauvée, et la limpidité du clavier peut se déployer. Les arrangements contribuent à l’équilibre du tableau. Ils préservent la part de mélancolie d’une musique qui pour être du jazz n’en a pas moins une part de lyrisme. La « seconde voix » d’Eric- comme ses chorus d’ailleurs- y est pour beaucoup, à l’arrière plan de la mélodie dépouillée, jouée par Aurélien le plus souvent.

 A notre humble avis, c’est plutôt la formation jazzistique de David Bressat qui est nourrie, enrichie par sa sensibilité musicale, dans ces sept compositions; où nous apprécions aussi la flamme rythmique, la dynamique, les tempis impeccablement tenus. Ecoutez par exemple Triangulo et ses démarquages rythmiques. Ou Une belle Virée qui swingue très franchement et joyeusement, alors que Holi oscille sans arrêt entre le binaire et le ternaire – c’est net à partir de 4’29; contrebasse et batterie « résistent » aux propositions swing du saxophoniste et du pianiste: la « maison est bien tenue ». Et, dans  ces « entre deux » jamais confus, toujours négociés, la peinture peut se faire.

Une belle vitesse de croisière souvent atteinte: True colors est éloquent de ce point de vue, où la dynamique d’ensemble soutient  à merveille la ligne claire du piano dans son chorus, les propositions rythmiques auxquelles Charles répond à la batterie: de beaux moments de dialogues où se tamise la lumière: écouter par exemple la fin du thème où le marquage rythmique de la contrebasse permet aux quatre autres de « chorusser » ensemble en toute clarté. Nous ne dirons rien du plaisir que nous procurent les chorus de chaque instrumentiste: « quand le plaisir est grand, il reste muet » (Platon, Le Philèbe)

Quelques dates ou entendre le quintet et se procurer le CD  (sortie le 1er novembre): le 2/11 au théâtre de l’Embarcadère à Montceau-les Mines. Le 16/11 au Théâtre de Roanne; le 23/11 au Périscope à Lyon; le 4/12, au Sunside à Paris…avant d’entamer une tournée en Inde!

Ont collaboré à cette chronique :

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