chronique de CD

« Diabolique fantaisie » par Diabolo Swing

Diabolo swing, ça sonne comme un moment convivial à partager, la promesse d’en prendre plein les mirettes et les esgourdes. Et c’est bien de cela dont il s’agit, un groupe de jazz manouche attachant au possible qui en connait un rayon sur non seulement le monde de la guitare à Django, mais qui baguenaude du côté des musiques cubaines, du blues, toutes formes qui mettent en valeur ce trio guitares contrebasse.

Leur album est sorti en juin 2021. Il ne s’agit que de compositions originales, signées pour la plupart des deux guitaristes Didier Fourneau et Clément Rossat, et du contrebassiste André Frier. Stéphane Vettraino a apporté sa contribution sur un des morceaux.

La guitare manouche est un exercice de style, hautement vertigineux. Les musiciens sont dans la droite ligne de leurs ainés, avec en plus cette patte personnelle, cette signature délicate de jeux très sensibles, qui se complètent harmonieusement. Entre morceaux dans le plus pur style standard façon C’est si bon, qui ronflent à souhait, où la pompe est reine et la mélodie une pure nostalgie (Le temps perdu, ou encore Diabolo fantasy), d’autres qui s’inscrivent dans la veine bohème et qui ont emprunté le chemin de l’exil et du voyage à travers l’Europe centrale (Ce carnet tchèque est frère de Swing gitan), certains qui chaloupent façon choro brésilien (Deconfinado) ou valse musette qui tire vers le latin (La valsette à Dédé), quelques-uns qui flirtent avec la note bleue et le funk (Microbe, Upstairs, Chahut), la palette de Diabolo swing est généreuse. Ce n’est pas un patchwork hétéroclite mais plutôt une envie d’embrasser les formes et les mélodies que les artistes affectionnent, qu’ils combinent avec bonheur. Et c’est là la force de ce trio que de donner à entendre une diversité, une pluralité, sans perdre la brillance, la cohérence et la sensibilité du groupe, au contraire.

L’ensemble forme un répertoire qui force l’écoute. Quand le trio se met à jouer lentement et qu’il lâche prise, cela donne Avec elle, une ritournelle qui emporte.

S’ouvre alors en plus des univers du voyage que charrient cet album d’autres chemins, plus escarpés, encore plus délicats, de l’introspection et de notre monde intérieur. On est avec Louis Winsberg ou encore entre Les Doigts de l’Homme, quand ils s’éloignent des sentiers battus. Même effet sur Les nougats roux, un jazz classique où l’un des musiciens (ç’aurait pu être Clément Rossat) a troqué sa grande bouche pour une archtop, (une de ses créations car il est luthier). On peut entendre un magnifique solo de contrebasse. Dans tout l’album d’ailleurs, les amateurs de belles sonorités, de beaux arrangements et de solos de guitare enflammés seront ravis. Comme on dit dans le jargon, « ça joue ». Il ne reste plus qu’à guetter leurs prochains concerts dans la région, ou, sans attendre, les inviter dans votre jardin ou votre salle à manger. Le monde entier s’invite chez vous. En plus de cela, à la lecture des titres de cet opus, les artistes ne sont pas dénués d’humour. Encore une bonne raison.

Ont collaboré à cette chronique :

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