Earz ! 5Quintet, About Time

De la haute voltige !

La scène jazz de la région Auvergne-Rhône-Alpes regorge d’artistes talentueux. A l’instar du Thomas Belin quartet, ou du Sébastien Joulie Group, le quintet Earz! joue un jazz moderne de derrière les fagots qui décoiffe.

Le disque About time, porté par le batteur Nicolas Serret est d’un équilibre impressionnant, où chaque musicien a successivement une place de choix. La forme de l’ensemble est très réussie et donne une idée du potentiel du groupe en concert. Alliant fragilité, souplesse, inventivité, grande force et connivence, le disque tient en haleine jusqu’au bout. Il faut dire que le plateau est particulièrement bien fourni et le niveau de jeu au top. Ces cinq excellents improvisateurs s’en donnent à cœur joie. Ils sont reliés autour des compositions de Nicolas Serret, qui s’impose en leader faisant preuve d’une grande finesse et d’une audace rythmique essentielle pour captiver l’auditeur. 

C’est avec Liv’in my dreams que s’ouvre l’album, et c’est un acte d’amour, rien de moins. On a le sentiment à son écoute d’être pris par la main par un amant ou une amante qui vous entraine à sa suite dans une course effrénée et jouissive. Magnifique impression. Tout l’album distille de générosité à cette hauteur-là. Les solistes ont matière à s’exprimer pleinement, sans retenue. Le saxophoniste Stephan Moutot brille par son aisance, tel un Joe Henderson fougueux. Le trompettiste Julien Bertrand a des accents de Dave Douglas. Au piano, Etienne Deconfin élargit sans cesse la palette harmonique. Avec la contrebasse de François Gallix, on est sur du velours. Enfin Nicolas Serret est le maitre-queux de cette cuisine à saveurs.

Chromatisme crânien sonne funky à souhait, avec ce quelque chose de plus complexe et de plus dépouillé à la fois.

Se succèdent de belles balades, Comptine, très enlevée, et Smells like tee spirit (Nirvana), seule reprise de l’album, très émouvante, avec une trompette bluffante, comme écorchée.

Le rythme ne faiblit pas avec About Time, une des compositions les plus abouties, qui mélange différents styles musicaux et impose cassures rythmiques, tempi changeants et dialogue permanent entre tous.

Ubrèple est une impro collective, en joyeux cirque, qui déconstruit les règles rythmiques et harmoniques. Musique de l’instant, réactive, musique en fanfare. Un clin d’œil.

Blues yourself, est un passage obligé pour clore cet album, comme on clôt un concert dans le groove et pour l’éternité.

Chaleur d’une musique qui joue à fond, tout en nuances, avec de constantes propositions rythmiques et harmoniques qui viennent relancer le propos, des temps suspensifs, de l’énergie qui circule, de la joie. On sent la fièvre et le bonheur de jouer. De la hargne aussi, à l’image du batteur sur la pochette qui mord sa cymbale. Du mordant, le groupe n’en manque pas. Un grand groupe pour un disque là encore incontournable.

Ont collaboré à cette chronique :

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