chronique de CD

Elle est pas belle la vie ? Vincent Périer Quartet

Voici un album sorti en avril dernier, que j’avais très envie de vous faire découvrir.

Il s’agit du second opus du Vincent Périer Quartet, « Elle est pas belle, la vie ? » C’est une interpellation en forme de question qui correspond tout à fait au contenu musical et bien en adéquation avec l’étonnante photo de couverture.

Le quartet existe depuis 2009, avec bien sûr, Vincent Périer, saxophone ténor et clarinette, compositions et arrangements, Brice Berrerd à la contrebasse, Yvan Oukrid à la batterie et le pianiste Romain Nassini qui a intégré le groupe en 2013. Ces quatre musiciens sont connus pour leurs qualités artistiques et poétiques propres, c’est ce qui donne à leur musique cette couleur particulière : une belle interactivité dans le collectif, tout en conservant  une grande liberté de ton individuel.

Cela s’entend dès le premier morceau Félins pour l’autre, une mélodie forte qui chaloupe entre les îles de l’espace Caraïbe sur un rythme carnavalesque ; les chorus s’enchaînent avec bonheur, une fête.

Le thème suivant, Chanson pour Cassiopée, très différent, est une ballade exposée à la clarinette par Vincent Périer qui démontre qu’il possède, outre des qualités de mélodiste, une polyvalence instrumentale rare : les émotions nous sont tout aussi précieuses à la clarinette qu’au ténor.

Avec le morceau qui suit, Valse pour Katar, le quartet développe un thème romantique en une valse bop de toute beauté.

Les thèmes suivants sont à  déguster l’un après l’autre, à commencer par Pinot noir, puis une belle reprise de Greensleeves : une rythmique brésilienne, on a l’impression d’entendre plusieurs batteurs et percussionnistes, une basse qui pousse et chante, un Fender Rhodes qui joue de couleurs multiples. Sur Mer alcaline, Julien Bertrand vient rejoindre le quartet pour un de ces chorus à la trompette au lyrisme enflammé dont il a le secret, chorus auquel répondent une série de breaks qui mettent en évidence la science rythmique d’Yvan Oukrid. A suivre l’émouvant Dommage et Theme for Joel* puis deux standards : Lover, Come Back To Me et I’m Through With Love : sur le second Célia Kameni vient avec délicatesse poser sa voix d’ange.

Cet album est un bel ensemble, bien construit, avec des compositions et des thèmes originaux, dont les mélodies sont entêtantes comme des parfums de fleurs rares, et des standards aux rythmiques décalées qui bouleversent étonnamment l’équilibre de thèmes connus pour en faire des objets musicaux différents.

L’écharpe bleue est une merveilleuse conclusion ; sur un ostinato lent de contrebasse, auquel le Fender Rhodes et la batterie apportent leurs couleurs, la clarinette développe une longue méditation d’où toute nostalgie mélancolique est absente, c’est au contraire un sentiment de plénitude presque joyeuse qui s’exprime, comme une synthèse en forme de sublimation de l’ensemble de l’album.

 

Comme pour la plupart des musiques, il est toujours mieux d’écouter le jazz en direct avec les musiciens sur une scène, il sera possible d’aller voir et écouter le Vincent Périer Quartet à Lyon les 14 et 15 septembre 2018, pour plus de précision, voir le site du Bémol 5 http://www.bemol5-jazz.com/programme/

* : s’agirait-il de Joel Forrester ?

Ont collaboré à cette chronique :

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