Son nom… elle se l’est fait avec ou grâce à sa voix. Une voix que l’on peut apprécier pleinement dans ses groupes fétiches, Bloom bien sûr, mais aussi Celestial-Q-Tips. Rencontre avec une musicienne attachante, impliquée, et qui ne manque pas d’humour…

Entretien avec Laurence Ilous

La voix ? Un très bel instrument harmonique, qui s’épanouit dans la polyphonie…

 

 

Michel Martelli : Laurence, où commence ta route ?

Laurence Ilous : Je suis native de Tours, une ville dans laquelle je vais vivre jusqu’à mes vingt-et-un ans . Et l’ambiance de mon enfance, c’était surtout de la musique afro-américaine, tout simplement parce que mon père adore ce style-là. Le blues, la soul, mais, bizarrement, pas le jazz… Il est donc mélomane averti et joue aussi de la guitare . Il a même animé une émission musicale, « Honky Tonk et Bottleneck », avec des copains  sur une radio libre.

Côté instrument, parce que oui je vais commencer ma route musicale avec un instrument, je vais opter pour le piano. Dès l’âge de huit ans. Et le piano va m’accompagner jusqu’à mes vingt ans. J’ai pu en commencer l’apprentissage, grâce à un ami de mes parents, musicien de blues et de rock, Patrick Baricault. Lui a su me transmettre l’envie, déjà. Mais plutôt que de commencer par un enseignement classique, je travaillais le boogie, le blues,et le ragtime… Par la suite, alors que j’ai quinze ans, je vais entrer dans une école de musique de Tours, où je vais connaître ma première expérience de chant. Un atelier de gospel, dans lequel je me rends compte que j’aime chanter.  A dix-neuf ans, j’intègre mon premier groupe, en tant que choriste.Ce sera un groupe amateur de reggae, dans lequel je resterai trois ans, et qui me donnera mes premières expériences de répétitions, de concert. De plus, dans ce groupe, nous étions (déjà) trois choristes.

Mais, à côté de cette vie musicale, j’assurais aussi mon travail « scolaire ». J’ai passé mon Bac scientifique, et je suis titulaire d’une licence en biologie.

Ces diplômes obtenus, je vais partir à Montpellier pour y faire  l’I.U.F.M. Mais je vais aussi intégrer l’école régionale de jazz , le J.A.M, où je vais suivre un cursus général pendant trois années.Et, dans cette école, mon professeur de chant sera Hervé Aknin, chanteur de Magma depuis dix ans. On peut dire que ce sera  une première rencontre déterminante car, par la suite, nous formerons le sextet qui s’exprime a cappella et qui célèbre le répertoire d’Al Jarreau, « Celestial Q-Tips »…

Je vais rester sept ans à Montpellier, sept années que je mettrai à profit pour intégrer diverses formations, en duo, en trio, et dans un groupe vocal..

 

M.M. : Et puis, tu vas t’envoler vers la capitale…

L.I. : Oui, j’ai mis le cap sur Paris en 2009. Je vais assez vite me retrouver dans deux groupes, un quartet, puis un trio, dans lesquels je pourrai m’exprimer sur des standards de jazz et de soul. Je poursuis ma formation musicale auprès de Letizia Morelli. Plus tard, je vais prendre des cours , au Conservatoire du sixième arrondissement, avec Sara Lazarus,  ainsi que Charly Mercier, au Conservatoire du dix-huitième. 

Letizia va également jouer un autre rôle dans ma vie musicale. Car elle sera le maillon intermédiaire qui me fera rencontrer Mélina Tobiana. Autre très belle rencontre, qui  dure déjà depuis dix ans… Mélina jouait dans un projet du batteur de jazz américain Leon Parker. Et, pour cette aventure, ils recherchaient des choristes. Letizia a conseillé à Mélina de m’appeler, et nous a mises ainsi en relation, et elle a bien fait car, si musicalement l’aventure avec Leon a tourné court, humainement elle avait permis de nous réunir, Mélina et moi. Très vite, l’envie (forte) de monter un groupe ensemble nous est venue… Nous nous sentions trop frustrées que le projet avec Leon ait dû tourner court si vite

Bon. Je ne vais pas revenir ici sur les débuts de « Bloom ». Tu les a déjà évoqués avec Mélina. Je rappelle simplement que ce concept  de trois voix , nous l’avions débuté avec Sylvia Walowski que je connaissais depuis le J.A.M . Elle était aussi dans la classe d’Hervé. C’est pour cela que j’ai appelé Mélina. Pour lui proposer de monter un groupe à trois voix. Quant aux instruments, notre choix s’est porté sur une rythmique minimaliste, pour proposer, au final, une sonorité particulière à nous cinq. Une contrebasse, comme seul instrument harmonique, et des percussions. Ni piano, ni guitare. Mélina avait déjà travaillé avec le contrebassiste Martin Guimbellot, il a donc trouvé naturellement sa place dans le quintet. Pour les percussions, après quelques essais, notre choix s’est porté sur Nils Wekstein. Tous les deux nous auront été fidèles pendant des années.

 

M.M. : Vous avez passé du temps, et beaucoup de sueur, pour faire naître votre projet…

L.I. : Sylvia, Mélina et moi avons passé beaucoup de temps, au début, à faire nos arrangements. Nous avons vraiment travaillé dur, mais ce travail nous apportera un premier EP de cinq titres, en 2015, et quelques belles scènes.

Le quintet  évoluera sous cette forme-là jusqu’en 2016, l’année qui verra Sylvia prendre d’autres dispositions pour sa vie professionnelle.

Mais dans l’intervalle, en 2014, je vais quitter Paris pour venir m’installer à Lyon.

En 2015, Bloom a participé au concours du Crest Jazz Vocal, dans la Drôme. Cela nous a donné l’opportunité de rencontrer Léa Castro cette année-là. Lorsque Sylvia va nous annoncer son envie d’aller travailler dans une toute autre direction, le choix de Léa pour la remplacer va venir tout naturellement. D’ailleurs, comme signe du destin, lorsque nous avons fait ce qui allait être le dernier concert de Bloom pour Sylvia à Paris, Léa était dans la salle, comme spectatrice.

Léa, Mélina, et moi, on aime vraiment la polyphonie, cette sensation de faire corps ensemble, quand les voix s’unissent et résonnent, je trouve ça magique.

Je t’ai dit que nous arrangions nous-mêmes nos morceaux. Dans la même période, pourtant, nous avons décidé de confier nos arrangements vocaux à Antoine Delprat.

C’est à ce moment que Bloom va prendre véritablement son envol. Et va multiplier les concerts.

Notre premier album, « Dièse 1 » est sorti en août 2019, sous le label CQFD et distribué par L’Autre Distribution. Il regroupe douze morceaux, avec quelques « invités » qui nous ont fait l’amitié de répondre présents, comme Édouard Monnin, Stephan Moutot, Antoine Delprat, bien sûr, ou encore Octavio Anjarita.

Nous aurons la chance d’enchaîner avec une belle tournée, autour de la sortie de cet album…

 

 

M.M. : Ton second projet important, c’est « Celestial Q-Tips »…

L.I. : Oui. Ce sextet formé par Hervé Aknin en 2017, et qui réunit une pléiade de belles voix ; soprano avec Aurore Rakotomalala, alto avec Émilienne Chouadossi, ténor avec Kevin Norwood, basse avec Sylvain Bellegarde, baryton avec Hervé et mezzo avec moi…  C’est Hervé qui écrit tous les arrangements.

Ce projet lui tournait dans la tête depuis longtemps déjà, et j’ai été touchée qu’il fasse, entre autres, appel à moi pour le réaliser.  J’ai toujours beaucoup aimé la musique d’Al Jarreau. Je ne pouvais faire autrement qu’accepter.

L’actu du groupe ? Des concerts, prévus en 2020 qui, pour cause – évidemment – de Covid 19 ont été reportés sur 2021.

Nous avons enregistré un EP l’année dernière. La sortie en est prévue cette année.

Un autre projet dont je voudrais te parler est celui qu’a imaginé Loïs Le Van, depuis 2019, et qu’il a baptisé « L’Espace Gueurlz ». C’est un projet vocal très enthousiasmant, bâti sur les compositions de Loïs, qu’il a prévues pour nos cinq voix : la sienne, la mienne, et puis celles de Naïma Girou, de Célia Forestier et de Clara Cahen. Il n’est pas simple de commencer un tel projet dans cette période si particulière. On verra bien comment cela va évoluer….

 

M.M. : Un mot, sur le visage 2021 de Bloom ?

L.I. : L’année 2020 aura apporté deux changements majeurs dans le groupe. En tout début d’année, nous avons décidé de remplacer les percussions par une batterie. Et donc, de faire appel à un batteur de jazz. L’évolution de notre répertoire nécessitait ça.

D’une façon consensuelle, notre choix s’est porté sur Ariel Tessier.

Et puis, en fin d’année, notre contrebassiste, Martin Guimbellot, a décidé de s’envoler vers de nouveaux horizons. Pour le remplacer, et là aussi de l’avis de tous, nous avons accueilli Arthur Henn.

On est ravis de cette nouvelle rythmique. Pour Bloom aussi, pas mal de concerts qui étaient prévus l’année dernière ont été reportés sur cette année. Et on espère vraiment pouvoir les faire. De plus, de nouvelles compositions vont arriver. Certaines sont achevées, d’autres encore en chantier.

A terme, un second album verra sûrement le jour. En tout cas, on y pense sérieusement…

 

Propos recueillis le samedi 13 février 2021

 

 

Un mot, bien sûr, que je vais écrire facilement… Le fait qu’avec Mélina, tes liens d’amitié soient très forts ne m’étonne pas. Les belles personnes ont des atomes crochus qui leur permettent de capter d’autres belles personnes, pour des unions uniques.

Et Léa embellit encore plus le duo..

C’est un privilège de croiser la route de musiciens, de musiciennes en l’occurrence, qui allient le talent musical et une tournure d’esprit « humaniste » telle que la société d’aujourd’hui devrait en porter tant d’autres.

Vous donnerez de belles couleurs à votre art pendant encore longtemps.

A très vite de se retrouver…

 

Et ravi, une fois de plus, d’associer mon ami André Henrot à cette très belle rencontre.

Ses clichés sont magnifiques. Comme toujours.

 

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