Une fois n’est pas coutume, voici une plongée dans l’univers du jazz manouche, au travers, non pas d’un(e) instrumentiste, mais d’une voix qui s’est forgée sur le tas et qui fait mouche. Une belle découverte…

 

Entretien avec Biddie Briaval

 

Une voix à l’identité forte

 

Michel Martelli : Une voix du jazz manouche, ce n’est pas si souvent dans nos colonnes. Peux-tu te présenter ?

Biddie Briaval : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je ne suis pas née « au soleil » puisque j’ai vu le jour à Auxerre, dans l’Yonne. Mais en réalité, c’est une région que nous avons quittée assez vite pour regagner le sud… Et je vis aujourd’hui en Avignon. Je suis issue d’une belle famille musicale, qui a toujours porté haut les couleurs du jazz manouche. Mon père, René Briaval, est guitariste, tout comme son frère « Coco » et le troisième, Gilbert, batteur. Moi, j’ai une sœur et un frère et, si ma sœur n’a pas choisi une voie musicale, mon frère Alexandre, au contraire, a suivi les traces de nos aînés en devenant contrebassiste et guitariste de jazz. Nos cousins sont  également nombreux dans la musique, ce qui ne doit pas trop t’étonner…

Je n’ai pas commencé en école de musique, ou en conservatoire. Mais dès ma plus tendre enfance, j’ai été baignée de beaucoup, beaucoup de musiques, qui m’ont apporté une solide base culturelle. Dès mes neuf ans, je commençais à faire de la chanson. Est-ce que j’ai toujours voulu faire du chant ? Oui, assurément, même si je dois dire qu’à la base, j’aurais été assez tentée par le piano. Pourtant, après quelques cours, j’ai abandonné cette voie pour travailler ma voix.

 

M.M. : Tu as toujours été bien entourée…..

B.B. : Oui, c’est vrai. Même si, je l’ai dit, je n’ai pas fréquenté d’école dédiée, mon père et mes oncles m’ont apporté toutes les bases nécessaires, eux-mêmes ayant toujours baigné dans l’univers de Django Reinhardt. Je crois avoir écouté tout son répertoire, mais j’ai beaucoup écouté aussi le chanteur de jazz américain Freddy Taylor, qui a fait de nombreuses sessions avec Django. Lorsque j’ai commencé de façon plus « sérieuse », c’était sur des reprises de ses morceaux que je m’exerçais. Et ça fonctionnait plutôt bien puisque, dès mes quatorze ans, je montais sur scène, entourée de mon père, de mes oncles, mais aussi de mon cousin « Zézé » qui est saxophoniste de jazz. Nous étions tous réunis dans le groupe qui s’appelait le « Coco Briaval Gipsy Swing ». La famille était basée sur Saint-Rémy-de-Provence, mais le groupe a tourné et beaucoup, en France mais aussi en Belgique, en Suisse, transportant le jazz manouche hors des frontières.

Dans ce groupe, je suis restée dix ans. De quatorze à vingt-quatre ans. Mais nous ne nous sommes pas cantonnés seulement dans l’univers gipsy. Nous jouions aussi des standards américains, au travers de titres de Peggy Lee ou de Frank Sinatra, par exemple.

Dans cet intervalle, j’ai tout de même fait une année de conservatoire, celui de Cavaillon, pour une formation qui s’appelait à l’époque la formation « Artiste » – et qui n’existe plus aujourd’hui. Evidemment, j’y ai peaufiné ma voix, mais j’avais même abordé la clarinette.

 

M.M. : Et puis, à vingt-quatre ans, pause…

B.B. : Oui. J’ai eu une pause, de cinq années, pendant laquelle je travaillais (comme tout le monde) en faisant tout de même quelques petits concerts ici et là, mais dans un rythme bien moins soutenu.

Et puis, en 2019, je vais vivre une belle expérience, puisque je vais avoir l’opportunité de partir à Los Angeles, pour participer à un concours qui faisait partie du « Championnat du Monde des Arts du Spectacle ». J’avais été alertée de l’existence de ce concours par une amie danseuse, et j’ai saisi cette opportunité tout de suite. Les sélections avaient lieu à Paris, et j’ai été retenue dans l’équipe française qui comportait vingt personnes. Là-bas, en Californie, l’ambiance était vraiment géniale. Cette expérience me restera comme un excellent souvenir. Quant à mes prestations,eh bien, j’ai ramené trois médailles de ce concours, deux en or et une en argent. Dans trois catégories différentes. Dans la catégorie « composition », j’ai présenté une des miennes évidemment, Musica Salsa, qui m’a value une première médaille d’or. Dans la catégorie « latin jazz », j’ai reçu une deuxième médaille d’or avec le morceau Corcovado, et enfin, j’ai remporté une médaille d’argent dans la catégorie « jazz – R&B- soul » pour laquelle j’avais interprété un titre de Billie Holiday, l’une de mes idoles.

 

M.M. : Ce concours t’a aidée, de retour en France ?

B.B. : Eh bien non, en fait… De retour en France, je n’ai pas eu de suites particulières à ce beau moment que nous venions de vivre, tout simplement parce que ce concours n’est pas suffisamment connu ici. Mais peu importe, cela m’a tout de même permis de me remettre à fond dans la musique, et c’est à partir de là que j’ai commencé à monter mes groupes, en commençant petit par un duo avec mon frère Alexandre, baptisé « Penpral » (« sœur-frère », en manouche). Avec ce duo, nous nous sommes produits une petite année, et puis je suis passée à la taille supérieure, avec la création du « Biddie Briaval Quartet » avec lequel nous faisons la part belle à nos chouchous, Billie Holiday et Peggy Lee. Dans ce quartet, je suis entourée du guitariste Arthur Anelli, du pianiste Philippe Cauchi-Pomponi, et du contrebassiste Jean-Philippe Jalby. Cela fait maintenant une année que ce quartet tourne, pour le moment cantonné dans le sud de la France, mais bien sûr, on ne s’interdit rien.

 

M.M. : Et puis, tu t’es ouverte aussi à un autre univers…

B.B. : C’est vrai, oui. Je fais de la « revue cabaret ». Sur Avignon, et au sein d’une troupe qui s’appelle les « Frenchy Folies ». C’est une troupe de cabaret, mais dans laquelle je reste au chant, bien sûr. Et cette troupe se décline en plusieurs formations, réunissant sur scène chanteurs et danseuses. J’ai intégré cette troupe juste avant la première pandémie de la Covid. Bien sûr tout s’est arrêté très vite, mais à présent c’est reparti très fort et cela nous promet de beaux moments.

Je voudrais aussi te parler de mes albums. Le tout premier date de 2016, et c’est un album que j’ai enregistré avec mon père et mes oncles, « Mon souhait », qui regroupe des reprises de standards et mes compositions personnelles.

Et puis en ce moment, j’enregistre un EP, « Au-delà des frontières », uniquement de mes compositions, qui devrait sortir à la fin de cette année. Pour lui, j’ai mis en place une campagne « Kiss-Kiss-Bank-Bank » (en cours), et il est prévu le tournage d’un clip sur un des morceaux, qui est en fait une bossa-nova, « Amour naissant ».

 

Enfin, je donne rendez-vous le 18 novembre prochain, puisque je me produirai, avec mon quartet, au Théâtre de Lamalou-les-Bains. Le titre du spectacle ? « From Billie to Peggy »…

 

Propos recueillis le vendredi 11 novembre 2022

 

 

Belle rencontre, inédite dans le fait qu’elle m’a été apportée par les réseaux sociaux. Comme quoi on ne trouve pas que du mauvais sur ces réseaux… Merci, Biddie, de m’avoir fait replonger dans cet univers du jazz manouche que j’aime énormément, et je te suivrai avec d’autant plus de plaisir dorénavant.

 

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Ont collaboré à cette chronique :

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