Il y a  des voix qui marquent. Qui interpellent. Et ça, dès la première écoute. Elle fait partie de ces voix-là et le succès que rencontre sa jeune carrière le démontre déjà. Un véritable plaisir d’échanger avec cette artiste, qui allie à son talent un esprit pétillant…

 

Entretien avec Caloé

 

Du violon à la voix.. une belle route s’est ouverte, et n’est pas près de s’achever…

 

Michel Martelli : Camille, où les fées ont-elles décidé de poser ton berceau ?

Caloé : A Paris.. c’est là que je naîtrais, tout à côté de Notre-Dame. D’un père originaire du Nord, et d’une mère alsacienne… Et j’ai dit « naîtrais », parce que, très vite, nous allons émigrer vers la campagne, et c’est en campagne que je grandirai. Dans la Beauce, d’abord, et puis ensuite en Auvergne. Je ne viens pas d’une famille musicienne, non… en revanche, ma mère est la poétesse Helyett Bloch. Et j’ai cette chance qu’elle soit intervenue sur pas mal de mes textes. J’aime ce mélange poésie/jazz…

Ma mère est quelqu’un qui a toujours su me laisser les portes ouvertes. Elle me donnait la possibilité de faire plein de choses. La première, importante, ce sera dans la commune de Pithiviers. Une école de musique organisait une journée « portes ouvertes » et à ce titre, présentait plein de cours avec divers instruments. Je te parle de ça… j’ai quatre ans et demi. Pourtant, je vais « flasher » sur le violon. Au point de m’inscrire très vite dans cette école, toujours épaulée par ma mère qui s’inscrira en même temps que moi, la première année. Le violon entrait dans ma vie à ce moment-là, et il ne m’a plus quitté de longtemps. A dix-sept ans, j’entrerai dans le monde du jazz manouche…

Mais là, on parle d’instrument. En parallèle, cette volonté de devenir chanteuse, je l’ai nourrie depuis ma plus tendre enfance. Et figure-toi qu’à la base, je voulais devenir chanteuse… d’opéra ! Très souvent, on chantait des airs de Mozart avec ma mère. Pourtant, lorsqu’on est enfant, prendre des cours n’est pas forcément évident. La seule opportunité que l’on trouve est de participer à des chorales. C’est la voie que je vais suivre, en tout cas, lorsque nous arriverons en Auvergne, en Haute-Loire plus précisément, alors que j’ai huit ans. C’est dans cette région de France que je vais vraiment développer ma voie musicale, et de chanteuse. Pendant cette période – qui durera jusqu’à l’obtention de mon Bac – je vais, dans les premiers temps, fréquenter plusieurs écoles de musique, et puis, une fois arrivée au lycée, à Clermont-Ferrand, j’intégrerai le Conservatoire de cette ville. En classe de violon classique. En parallèle aussi, je prendrai mes premiers véritables cours de chant, avec Catherine, une prof que je vais garder quelques années…

 

M.M. : Le lycée qui, curieusement, va jouer un rôle décisif quant à ton choix de vie…

C. : C’est vrai, oui. Ce sera, en effet, pendant mes années lycée que le jazz va venir se manifester. On pourrait dire que j’emploie ce terme à dessein, car en fait, ce sera pendant une période de grève, une période qui durera assez longtemps, alors que je suis en classe de Première. Plutôt que d’aller en cours, avec une de mes amies qui était aussi violoniste, nous allions écouter un gars qui jouait du jazz manouche à la guitare. Du coup, petit à petit, nous avons commencé à jouer avec lui. Ma toute première expérience, en somme. Plus tard, après mon Bac, je vais mettre le cap sur Paris. On est là en 2006. Pourquoi Paris ? Disons que j’y avais de la famille, et que, sur le moment, j’avais le choix entre Paris et Saint-Étienne. Je vais choisir Paris, parce que je vise l’entrée à la Faculté de Musicologie de la Sorbonne. Mais qui exigeait un concours (une évaluation?) pour pouvoir y entrer. Je vais passer ce cap, et là, je vais trouver… un orchestre symphonique, orchestre dans lequel je serai deuxième violon, puisque je présentais un niveau déjà très correct.

Le régisseur de cet orchestre était manouche. C’était Guy Llorca. Cette période m’a vraiment donné l’envie de m’épanouir dans cette voie du jazz, chère à Reinhardt et Grappelli. Coup de chance, Guy connaissait un groupe, le quintet « Swing de Paris », qui recherchait justement un/une violoniste. Je vais bien sûr aller me présenter. D’entrée, je vais avoir de la chance, car le guitariste et leader de ce quintet, Olivier Guymont, avait relevé tous les solos de Stéphane Grappelli. Et pour moi, n’avoir qu’à lire ces partitions était juste génial. J’ai donc fait mes premières armes dans ce quintet, dans lequel je resterai une grosse année…

 

M.M. : Parce que, très vite, tu vas vouloir avoir ta propre « structure » ?

C. : Disons que, avec certains membres de ce quintet, nous avons eu envie de monter « autre chose » et ce sera via notre groupe, oui, « Les Sardines Jazz à l’Huile ». Dans cet ensemble, tu allais trouver deux guitares, tenues par deux « Adrien », Adrien de Chambourcy et Adrien Baudrimont, et Julien Mabrut à la contrebasse.

C’est avec ce groupe que je vais véritablement me mettre au chant jazz et je me souviens que mon premier morceau sera « Some of these days », le titre d’Ella Fitzgerald. Je te précise quand même que, dans ce groupe, je joue toujours du violon. « Les Sardines », c’est une expérience qui durera presque quatre ans. Quatre ans pendant lesquels je n’avais que ce quartet…

Ensuite, et pendant presque deux ans, j’intégrerai le « Hot Sugar Band ». Un groupe qui était plus, pour le coup, dans le swing à danser…

Mais, tu vois, ces expériences ont quand même bien contribué à me faire un (tout petit) nom dans le monde du jazz manouche. Et, encouragée par ça, j’ai créé mon propre ensemble, « Barbie and the Rythm Factory », un groupe pour lequel je m’étais entourée de Jonathan Gomis à la batterie, de William Brunard à la contrebasse et, dans un premier temps, de Fred da Costa à la guitare. Je te dis « dans un premier temps » parce que, progressivement, le piano de Laurent Epstein va venir se substituer à la guitare de Fred et ce sera pour moi une sorte de déclic, puisque, progressivement aussi, mon intérêt va basculer du jazz manouche au jazz tout court. Dans ce même temps également, je vais abandonner le violon – aujourd’hui, j’en joue encore mais plus par pur plaisir – pour laisser toute la place à ma voix.. ;

 

M.M. : Mais, ta voix, tu avais eu l’occasion de la travailler ?

C. : Oui. Après ma période « Catherine », ma première prof, j’aurai d’autres expériences. Tant pour travailler ma voix que pour me parfaire sur l’instrument. Au Conservatoire de Cachan, par exemple, dans lequel je resterai deux ans, en classe de violon classique et également en chant lyrique. Le violon, j’avais eu aussi l’occasion de le bonifier au Conservatoire de Rayonnement Régional de La Courneuve, sous la houlette de Pierre Blanchard, Pierre qui avait été l’élève de Grappelli…

Bref… avec le groupe « Barbie », nous avons sorti un « deux titres ». Et puis, j’ai ressenti l’envie de changer de musique, pour quelque chose de plus moderne. Il me fallait constituer une autre équipe. C’est comme ça que vont arriver, dans mon univers musical, le pianiste Clément Simon, le contrebassiste Arthur Henn et le batteur Philip Maniez. Un groupe qui tournera désormais sous le nom de « Caloé ». Pourquoi « Caloé » ? C’est simplement la contraction de deux de mes prénoms : Camille et Chloé…

Avec cette équipe, nous allons sortir l’album « Saisons ». Un album sur lequel tu vas pouvoir trouver des « invités » comme le saxophoniste Franck Wolf, ou encore le fabuleux trompettiste Ashlin Parker – que j’ai la chance de compter parmi mes amis – qui est venu spécialement de La Nouvelle-Orléans pour l’enregistrement de cet album… Et puis je n’oublie pas, sur un autre morceau, la presta du rappeur Julien Tempéré – que j’ai surnommé « l’oiseau fou » – un artiste exceptionnel..

Ce groupe existe depuis maintenant trois ans, et il nous a permis d’ouvrir plein de portes…

 

M.M. : Comme, par exemple ?

C. : Comme ce concours à Riga, en Lettonie, par exemple, où nous remportons le second prix, mais qui nous a fait participer, avec Clément, au Festival de Riga qui suivait… Et puis, la même année, je suis partie à Istambul, au Nardis Jazz Club. Pour des raisons de budget, j’y suis allée seule, mais là-bas, j’ai pu jouer avec des musiciens incroyables, qui sont devenus des amis. Je vais volontiers te citer le pianiste Uraz Kivaner, le batteur Ferit Odman ou le contrebassiste Kagan Yildiz. Nous jouions mes compositions, mais, embellies par les influences orientales de cette partie du monde, je peux t’assurer que le résultat était merveilleux…

J’ai également participé au concours « Made in New-York Jazz Competition » et, même si je n’y ai pas remporté de prix, j’ai été invitée à aller chanter au « Tribeca Art Center » de New-York, avec, comme tu peux t’en douter, de belles rencontres à la clé. C’est à cette même occasion que je vais faire la connaissance de Mikhael Brovkine, l’organisateur de tout ça. Mikhael est devenu un ami et, en parallèle, il organise un festival au Montenegro. En 2019, il m’a invitée à venir y chanter, et jouer. C’est un concept assez particulier, mais c’est génial, en définitive. Pendant ce voyage, j’ai pu participer à deux festivals, celui de Tivat et celui de Podgorica – la capitale.

Dave Weckel était là. A la batterie. Dave, qui a accompagné Chick Corea pendant des années… Et il m’a accompagné sur mes morceaux. Un moment de grâce..

 

M.M. : Que peut-on dire de tes projets… si tant est que la Covid te les permette ?

C. : J’espère – mais comme tous les artistes – que nous nous dirigeons vite vers la fin de cet enfer Covid. Il faut toujours espérer, même si je dois reconnaître que, pendant ces quelques mois, l’inspiration était un peu en baisse… J’ai quand même fini une compo récemment, que je vais peut-être sortir en « single », je vais voir, je ne me suis pas encore décidée…

Sur d’autres projets… je vais te faire patienter encore un peu car, pour le moment, je les maintiens en l’état de « top secret » !

Parmi mes rencontres « cool », je peux citer Max Robin qui, en plus d’être guitariste, bosse en indépendant pour le label « Ouest », label sous lequel l’album « Saisons » est sorti, mais qui m’a permis aussi de réaliser le clip sur mon titre « L’été ». Une très belle expérience, encore, doublée du plaisir de voir mon « frère », mon ami d’enfance, François Rivière, venir réaliser ce clip…

 

Tu veux un de mes souhaits les plus chers ? Organiser un Festival. Que je souhaiterais mettre en œuvre dès l’été prochain… et très certainement sur la commune de Méréville, dans l’Essonne. Un festival de jazz, « of course »…

Affaire à suivre…

 

 

Propos recueillis le mercredi 24 février 2021

 

 

Je vais spécialement remercier ici Arthur. Arthur Henn. Qui m’aura permis cette belle rencontre, et cet interview qui, bien sûr, ne dévoile que quelques facettes de cette artiste extraordinairement humble, mais remplie d’un talent incommensurable. Oui, Camille, et n’en déplaise à la Covid, ta route sera encore pendant longtemps parsemée de belles choses, des choses qui ne devront rien au hasard, parce que tu sais les faire venir à toi. Par le travail.

A  bientôt de te voir, en direct…

 

 

… et encore merci à André Henrot – sans qui, finalement ces chroniques seraient fades, puisque lui a « l’œil » pour nous présenter tous ces artistes « en live ». C’est cool.

Ont collaboré à cette chronique :

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