Interview

Entretien avec Christophe Garaboux

Il est né et a grandi en région lyonnaise avant « de passer à l’ennemi », c’est-à-dire dans la Loire… Véritable touche-à-tout de grand talent, son jeu fait merveille partout où il passe.

 

 

Christophe Garaboux

De la flûte au soubassophone, en passant par….

 

 

Michel Martelli : Christophe, la musique, chez toi, on ne peut pas dire que ce soit une tradition familiale…

Christophe Garaboux : Non. Pas du tout. Je ne suis vraiment pas issu d’une famille de musiciens. L’envie chez moi est arrivée très fortuitement. Je suis entré en classe de solfège à sept ans, à l’école de musique de Saint-Priest où nous habitions mais « comme j’aurais fait une autre activité ». D’ailleurs, je suis entré là avec mon grand frère qui, lui, ne continuera pas la route. Il faut dire qu’à cette époque, le solfège, c’était assez rébarbatif. Déjà, à Saint-Priest, il fallait attendre deux ans avant d’avoir l’opportunité de toucher à un instrument. Dans mon cas, les deux ans en ont duré trois… Bon, j’ai pu ensuite commencer sur la flûte traversière, que j’ai apprivoisée pendant trois ans, sous la houlette de Monsieur Trainard – ça ne s’invente pas – de qui je garde de très bons souvenirs car c’était un professeur très pédagogue. Pourtant, si mes deux premières années se sont très bien passées, je confesse un léger déclin pendant la troisième… mais j’avais quand même commencé à jouer au sein de l’Harmonie de Saint-Priest…

Par la suite…Il faut que je te dise qu’à la maison, il y avait une guitare sèche. Je crois que mon père avait eu des velléités de s’y mettre et, pour ça, il s’était procuré la « méthode Dadi ». J’ai regardé un peu tout ça et je me suis dit « ce n’est pas par là qu’il faut que je passe… » mais, alors que j’ai quatorze ans, je vais demander à ma mère l’autorisation d’essayer. Ma mère était institutrice, et l’une de ses collègues était mariée à Pascal Frascone – une pointure, qui a un ensemble de mandolines à Vienne – et elle lui a demandé s’il pouvait me donner des cours. Ils habitaient à Saint-Priest, c’était une occasion à ne pas rater. Ça s’est fait, j’ai commencé mes cours particuliers. Avec Pascal, j’ai accroché tout de suite, sa méthode était géniale, j’ai travaillé tout de suite avec le médiator. Pourtant, au bout d’une année, je trouvais que je galérais un peu. Et puis, pour ne rien te cacher, quand je regardais autour de moi, ou que je laissais traîner mes oreilles, j’entendais qu’on cherchait souvent des bassistes, mais pas des guitaristes…..

 

M.M. : C’est ça qui va te faire bifurquer ?

C.G. : Il y a eu un peu de ça, oui, certainement… Ma première basse va être une Jacobacci et je vais l’acheter… dans un bar ! Tu vas comprendre : j’ai quatorze ans, et je suis dans une école catholique à cette époque. Et bon… en ville, il y avait aussi un bistrot dans lequel tu pouvais trouver un baby-foot. Un jour, je vais y jouer avec un pote, à qui je dis que j’aimerais bien jouer de la basse… et pendant que nous faisions notre partie, au bar, un gars était en train de dire au patron qu’il voulait vendre sa basse. Je suis allé le voir sans hésitation et l’affaire s’est conclue comme ça… Je suis bien sûr resté avec Pascale Frascone pour mes cours de basse. Notre collaboration durera en tout quatre années, remplies de bons moments.

Et puis, quelques semaines plus tard, on va me faire changer d’école. J’arrive à Lyon. Et là, comme le fait que j’ai envie de jouer commence peu à peu à se savoir, un copain va m’aiguiller vers Hervé Badoux, qui est batteur dans un orchestre. Chance, son Big Band cherchait un bassiste. Moi, j’avais tout juste un mois de basse dans les doigts, mais j’y suis allé quand même. Ils se réunissaient tous les mercredis… En fait, c’était le Big Band de l’école de musique de Lyon  8e. Ma vie de musicien a commencé au sein de cet ensemble, de 1985 environ jusqu’en 2001/2002. Certains ont bien continué, comme le sax Nicolas Couturier…  et puis, vers la fin, il y avait un bon turn-over de musiciens. Sont ainsi venus Fred Roudet à la trompette, Laurent Vichard à la clarinette ou David Rivière, au piano.

Et puis, une fois rentré dans cet ensemble, Hervé Badoux et son frère Laurent, me parlent de leur groupe qui jouait tous les samedis. Et qui avait également besoin d’un bassiste. Je vais prendre ce train-là aussi. Au départ, nous étions un trio, Hervé, Laurent et moi. Par la suite, des copains comme Vincent Guglielmi nous rejoindront. Le groupe s’appellera « Jazzymuts ». Trois semaines après mon entrée au sein de ce Big Band, on faisait déjà un gros concert en public. Alors c’est vrai que la boule était un peu au ventre, mais ça s’est bien passé.

 

M.M. : Considères-tu que ta route musicale a été « bénie » quant à tes enseignants ?

C.G. : Un peu, quand même oui. Déjà, Pascal, en prof, et puis Laurent qui était un autodidacte parfait avec une aisance exceptionnelle. Comme on explorait un peu toutes les directions, on a aussi fait un crochet par la pop. Eh bien je te garantis que les solos de guitare de Mark Knopfler, il savait les faire… De la même façon lorsque nous avons eu notre période « manouche », « Django ». Laurent savait tout repiquer. Il a quand même joué avec Patrick Saussois…

Au Big Band, le chef d’orchestre était Georges Parret, qui nous branchait beaucoup sur ses propres arrangements… Mais il est parti, et s’en sont suivies deux années assez vaseuses, avant que le directeur de l’école nous annonce le nom de son remplaçant : François Théberge. Un « québécois très costaud musicalement », comme on nous l’a présenté. Effectivement, quand il est arrivé, on a senti que… 1°) c’était son truc et 2°) ça allait être génial. Avec François, c’est tout le Big Band qui va être redynamisé. Malheureusement, ça ne va pas durer très longtemps. Déjà, François était prof à l’I.A.C.P de Paris. Il faisait les allers-retours. Six mois plus tard, il nous laissait entre les mains de Pierre Lafrenaye, que nous avons gardé quelques années, lui. Et avec bonheur, car il était de la même trempe que François Théberge. Tu sais, les Québécois, ils transmettent l’école américaine. Et quoi qu’on en dise, c’est autre chose que notre enseignement français. Le Big Band, c’est culturel là-bas. D’ailleurs ces arrivées ont, par contre coup, boosté aussi notre groupe « Jazzymuts ». On a pu explorer plus de directions.

Et je n’avais pas que ces deux ensembles. Pendant cette période, j’ai aussi pu jouer dans le groupe « Zoom » – du jazz moderne, « européen » – avec Fred Escoffier au piano, Manu Scarpa à la batterie ou encore Stéphane Bartelt à la guitare. Avec « Zoom » ce n’était que des compos.

J’ai fait pas mal de remplacements, aussi. En 1989-1990, je m’équipe un peu mieux en basse, avec une six cordes fretless (à cette époque, le groupe québécois Uzeb tournait un peu en boucle et son bassiste Alain Caron était une sacrée référence).

 

M.M. : Un changement de cap ?

C.G. : Non, pas tout à fait, mais j’ai continué, oui, avec cet instrument. Par goût musical d’ailleurs aussi parce que j’ai toujours eu, aussi, une écoute en pop, en rock, en hard-rock voire en variété… Ce qui va m’amener à faire beaucoup de bals, jusqu’en 2013… qui sera l’année de formation de Loop DeLuxe.

En 1996, je commence à jouer avec « Blues de vache », un groupe, issu de l’I.C.P.I de Lyon (les ingénieurs), de dix musiciens, emmené par Pierre Baldy-Moulinier. Là, c’était un gros travail de groupe scénique, de chorégraphie. Le répertoire ? Rythm & Blues, et compos en anglais, compos en français. Quelques années (1996-2002) de bonheur, avec quatre albums à la clé. Pierre est quelqu’un de super investi pour ses ensembles. Et on a côtoyé de grands noms, comme Pierre Drevet, Phil Abraham, Claude Egéa…

Mais j’ai oublié de te dire que je m’étais mis au trombone aussi. Entre 1994 et 1996, j’ai passé mon Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant au CFMI de Lyon, et, dans le même temps je travaillais mon instrument au CNR de Lyon, où la classe jazz venait d’ouvrir, deux ans auparavant.

 

M.M. : Et puis, tu quittes le Rhône…

C.G. : Oui, c’est en 1996 que je vais émigrer à Saint-Etienne, pour mon premier poste DUMI, du reste. Je vais, bien sûr, rencontrer toute la vie musicale stéphanoise. Musicalement, je continue la basse, et le trombone… mais que je vais arrêter en 2000, pour me mettre à la contrebasse. Avec les frères Badoux, j’en avais eu une expérience sommaire, on dira, en tout cas guère concluante. Là, je me suis inscrit au Conservatoire de Saint-Étienne, avec Jérôme Bertrand comme prof – là encore, un « must » à bien des niveaux… J’ai donc commencé les cours, mais c’est vrai que j’avais déjà un « bagage », et aussi une pratique musicale déjà bien assise. Ça s’est donc bien passé et, très vite après, je suis intervenu en tant que contrebassiste dans divers groupes, comme « Ompa Bompa », un quintet à la base qui a évolué en septet – pour lequel on a fait plusieurs enregistrements, ou encore « Swing Valse », un groupe de jazz manouche. En fait, ma période contrebasse va durer une dizaine d’années. Et je continuais la basse par ailleurs.

 

M.M. : Mais ta soif d’instruments ne va pas s’arrêter là…

C.G. : C’est vrai, oui… Pendant un festival de musique, je vais avoir l’occasion d’écouter une fanfare « funk » qui s’appelait « Ceux qui marchent debout » et là, un musicien jouait du soubassophone. Je me suis dit « génial ! ». En 2004, ou 2005 je ne sais plus, un copain va me céder un vieux tuba qui traînait chez lui. Et comme en tant que DUMI, je pouvais accéder aux cours du Conservatoire, j’ai pris une année de cours avec un prof, puis tout seul. Mais je voulais des bases solides. J’ai pu me tester par la suite au sein du groupe « The Hollers » – un ensemble très Nouvelle-Orleans où j’ai croisé la route de Jean Joly, de Vincent Périer…

Cette activité au tuba, au soubassophone, commençait à prendre de l’importance. D’ailleurs, au début des années 2010, une scission va s’opérer chez moi : je vais arrêter la contrebasse, qui m’a beaucoup apporté mais ça ne me correspondait plus, pour me consacrer au souba, et à la basse.

De 2008 à 2013, je vais entrer dans un orchestre de bal, qui avait un rythme important puisqu’on  faisait entre cinquante et soixante dates par an. Et c’est aussi dans cette même période (2010) que je vais arrêter ma fonction de DUMI. Ça faisait trop…

C’est dans cet orchestre que je vais rencontrer Lisa Caldognetto. Et, c’est marrant, on va quasiment quitter l’orchestre de bal en même temps. Lisa m’a toujours donné l’impression d’une aisance naturelle sur scène, et un fort potentiel. L’idée de monter quelque chose ensemble, en duo, m’est venue très vite. Loop DeLuxe était sur les rails.

Pendant que nous travaillions dans l’orchestre de bal, François Rigaldiès nous avait rejoints sur deux/trois dates. On a sympathisé, on a parlé de nos parcours respectifs… et puis on s’est dit « pourquoi ne pas monter quelque chose ensemble »… C’est comme ça qu’en 2013, le « Skokiaan Brass Band » va naître et que je vais prendre ce train dès le début. Une formation « étirable » – il nous est arrivé de jouer à trois ! – en formule « luxe » on peut être dix, et en règle générale, on est souvent en septet.

Voilà pour mon actu du moment, un peu perturbée par ce que tu sais. Mais la route est encore longue, je ne me fais pas de soucis !

 

 

Propos recueillis le jeudi 14 mai 2020

 

 

Entre « Loop » et le « Skokiaan », tu fréquentes de bien beaux ensembles… En tout cas, cet entretien aura été une belle satisfaction supplémentaire, eu égard à ta bonne humeur et à la conduite fluide de cet interview. Un grand merci à toi, Christophe.

Et à bientôt en concert…

 

 

Discographie :

 

– Big Band de St Priest « Mystère Swing » 1992
– Kool Kats Klub « Inamoodtogo » 1994
– Blues de Vache « Wiz Pipole Vol I » 1997
– Blues de Vache « Wiz Pipole Vol II » 1999
– Blues de Vache « La Greenfunk » 2001
– Ompa Bompa « Clap Mental » 2003
– Ompa Bompa « Duke Jungle » 2005
– Swing Valse « Royal Blue » 2005
– Sandrine Szymansky « Opaline » 2008
– Loop deLuxe « Rec Play Patch 1 » 2016
– Skokiaan Brass Band « We Need Music » 2017
– Skokiaan Bras Band « The French Touch » 2020

 

 

 

Ont collaboré à cette chronique :

X