Interview

Entretien avec Claudine Pauly

Née à Vénissieux, elle a grandi à Brignais. Après avoir été un des sommets du triangle d’or des « Glossy Sisters », elle tourne aujourd’hui une page, sa page, sur d’autres horizons…

Entretien avec Claudine Pauly

Et maintenant… Enoïa

Michel Martelli : Claudine, comment la musique s’est-elle présentée à toi ?

Claudine Pauly : J’ai la chance d’avoir eu des parents musiciens. Mon père, professeur de musique en collège, assez orienté jazz personnellement, et ma mère, musicienne intervenante en milieu scolaire, professeur de piano et maintenant musicothérapeute, une activité qu’elle exerce aux alentours de Brignais. Tu le vois, j’étais, d’entrée, bien entourée. Du coup, si je poursuis mes études en circuit classique, sans option artistique, j’entre très vite, en parallèle, en école de musique ? Dès l’âge de trois ans, en fait. Après « l’éveil musical » jusqu’à mes six ans, je vais commencer tout de suite l’étude du violoncelle. Je dois dire que tous mes frères et sœurs – je suis la petite dernière – jouent d’un instrument. Sur le moment, c’est vrai, ma mère m’a laissé le libre choix de l’instrument. Et pourquoi le violoncelle ? Parce que j’étais, comme nombre de petites filles, une inconditionnelle de la série des livres de « Martine » et que, sur mes rayons, on pouvait la voir jouer de cet instrument !

Et pourtant, crois-moi, ce n’est pas un instrument très facile d’abord. Il me donnait beaucoup de travail, c’était un apprentissage très exigeant, si bien que, mes huit ans arrivés, je change de direction pour suivre celle du piano. Ce qui peut se comprendre, avec l’activité de mes parents. L’avantage, c’est que je n’ai jamais pris de cours, ce sont eux qui m’ont fait grandir et cet apprentissage a été pour moi un régal. Et, en plus, tout à l’oreille. Bon, malgré tout, même si je te dis que j’ai changé de direction, je n’ai pas totalement abandonné le violoncelle. Je suis même arrivée en sa compagnie au niveau du troisième cycle. Mais je ne m’amuse pas autant que sur un piano…

A cette période, dès le collège, j’avais dans l’idée de passer mon Bac, et puis de partir en école de musique. Mais pour devenir professeur. Comme ma mère, comme mon frère, comme ma sœur… J’envisageai ça plus du côté pédagogue que du côté artistique. C’est donc tout naturellement qu’après mon Bac, je rentre, à Lyon, en Faculté de Musicologie. Et, pour faire bonne mesure, dans le même temps, au Conservatoire de la ville…

M.M. : Mais le chant, alors ?

C.P. : Le chant ? C’est une pratique ancienne chez moi ! Je chante depuis toujours et, dès l’âge de treize ans, je chantais devant tout le monde, en famille. Ne perds pas de vue que c’est toute ma famille qui dispose « d’oreilles musicales », tout au moins une grande partie. Donc, des gens qui m’ont boostée, je n’en ai pas manqué. Ma sœur aînée a une superbe voix, et elle chante – en amateur – avec beaucoup de talent. Ma question était : « est-ce que je veux faire comme elle ? »… Au Conservatoire, je vais entrer en section « chant jazz ». Nous sommes là dans l’année 2009-2010. D’entrée, je vais me sentir à ma place, malgré l’appréhension d’une jeune fille qui avait grandi à la campagne et qui se retrouvait dans une (très) grande ville. Mais je me suis vite adaptée à ce changement. J’ai fait quatre ans au Conservatoire. J’y ai validé tous mes « U.V », sauf celui de chant ! (parce qu’elle est vraiment très dure). Mais je l’ai quand même validé par la suite, parce que je suis partie deux ans à l’E.N.M de Villeurbanne, où j’ai consolidé mon parcours. Sur « l’autre versant de ma colline », je passais ma licence à la Faculté de Musicologie. S’est alors posée à moi la question : « est-ce que je poursuis jusqu’au CAPES ? ». Le Conservatoire m’apportait beaucoup. Il fallait bien que je tranche ce dilemme. J’ai donc abandonné là l’idée de devenir professeur… »

M.M. : Et, curieusement, « la scène » va t’envoyer un signe, très vite…

C.P. : Oui, c’est vrai. En 2014, donc à cette période, ma route va croiser celle des Glossy Sisters. Là, je vais découvrir tout un monde, je vais commencer à tourner, à enchaîner des dates et à poser les premiers jalons pour devenir intermittente… Mais, à vrai dire, les « Glossy » n’ont pas été mon premier groupe. Au Conservatoire, un « atelier » était né, que nous avions baptisé « Motown Revival ». Dans cet « atelier », nous étions douze sur scène : un chanteur, trois chanteuses, des instruments… et même une section « cuivres ». Avec ce « groupe », il se trouve que la sauce a pris très vite, que l’on s’est même produits sur quelques dates. En parallèle avec cette activité, il m’arrivait aussi de participer à d’autres formations, des trios ou des quartets… Les « Glossy Sisters », cela a été mon premier vrai groupe professionnel – et je l’intègre, je te le rappelle, alors que mon parcours « scolaire » n’est pas fini… Mais bon, tout s’est bien enchaîné… »

M.M. : Comment se passe ton évolution ?

C.P. : Disons qu’à cette époque, je ne me sens pas encore l’âme d’une créatrice, d’une compositrice. Et puis il ne faut pas oublier que j’arrivais du classique. Entrer dans l’univers des « Glossy » va ouvrir devant moi des tas de portes. Je vais me constituer assez vite un bon réseau, et, du coup, je vais devoir répondre à plein de demandes. J’ai fait, notamment à cette période, partie des chœurs pour un groupe de reggae, Tifah. Lisa Caldognetto, des « Glossy », me fait connaître le réseau « Gospel Event » dont elle est la coordinatrice sur toute la région sud-est. J’ai enchaîné, en fait, plein de projets pour arriver à obtenir mon statut d’intermittente, que je vais obtenir dans l’année 2015-2016. En vérité, le groupe des « Glossy » m’a beaucoup apporté. On a eu beaucoup de chance, il faut le reconnaître, mais on a vite enchaîné sur la vie de tournée, de résidence… J’ai aussi participé, un temps, au Jean-Pierre Verdolini Jazz Band, et puis… je suis entrée dans un groupe qui portait le joli nom de Ti’Kaniki. Ti’Kaniki, c’est un groupe franco-réunionnais auquel j’ai collaboré pendant presque trois ans. Et je me suis réellement prise de passion pour cette musique, et puis ensuite, en conséquence, pour l’histoire des D.O.M. Je suis même partie, un mois complet, vivre à la Réunion…

Est-ce que j’ai un style musical particulier ? Sincèrement, j’ai un peu de mal à répondre à ça. Tu vois, ce qui me fait vibrer, ce sont les mélodies que l’on peut trouver dans les comédies musicales, par exemple. « West Side Story », « Hair » ou même « Grease »… tu vois le style ? Des mélodies qui se chantent, ça, ça m’attire. Et même, après, on en pense ce que l’on veut, je trouve que les musiques que l’on trouve dans certains films de Walt Disney sont très belles, très portantes pour moi en tout cas. Bon, à côté de ça, il y a eu le jazz… L’album « Ella à Berlin », je le découvre alors que j’ai treize ans… Mais pourtant, le jazz m’a toujours moins touchée que la folk américaine, par exemple. Si je devais résumer, je dirais que tout ce qui est traditionnel, tout ce qui propose des envolées mélodiques, j’adhère !

M.M. : On dit un mot de ton actu ?

C.P. : Oui. D’autant qu’elle est assez « importante » parce que je dois dire que j’abandonne aujourd’hui le groupe des « Glossy Sisters ». Je vais en garder énormément de bons souvenirs, mais c’est vrai que je ne m’y sens plus à ma place…

Depuis trois ans, je peaufine mon projet, que j’ai appelé « ENOÏA ». Un projet que je travaille avec le guitariste Jason Del Campo. Que t’en dire ? « ENOÏA » c’est un projet de chansons « indie-folk » très inspiré, après de nombreux tâtonnements, par la chanson française. Un domaine où, pourtant, je n’avais que peu de références, disons que ce n’était pas particulièrement ma culture, même si, « maternellement », je ne pouvais pas passer au travers. J’ai voulu combler ça, et ré-explorer d’où je venais. Et, depuis maintenant une bonne année, j’écris beaucoup. Comme la chanson française, « harmoniquement parlant », me touche peu, « ENOÏA » sera musicalement fortement inspirée « folk », mais avec des textes en français. Et avec quelques accents pop, aussi… On veut concevoir un univers très… onirique, où une grande place sera laissée à l’imaginaire. Avec des mélodies, toutefois, très construites. Normalement, début juin si Covid nous laisse le champ libre – nous devrions sortir un single. Nous commençons aussi à enchaîner les dates – enfin, avant les événements, bien sûr. Depuis un an, un batteur, Rémy Kaprielan, nous a rejoints…

M.M. : Que peut-on te souhaiter, aujourd’hui ?

C.P. : Que « ENOÏA » tourne, à la hauteur de nos ambitions, déjà. On s’investit beaucoup sur ce projet, et on a envie qu’il grandisse dans de super conditions…

Et puis, mon rêve, bien sûr, c’est de pouvoir vivre de mes projets, vivre de la composition surtout, car je peux très bien composer aussi pour d’autres artistes. Côté musical, je m’investis en ce moment dans un projet qui s’appelle « Black Lilys » – là c’est violoncelle et chœurs – avec quelques concerts à la clé. D’autres projets sont sur les rails, mais encore en préparation, je préfère ne pas t’en parler maintenant, mais on en aura bientôt l’occasion…

Propos recueillis le 18 mars 2020

Merci, Claudine, pour ton accueil, ta disponibilité et ton état d’esprit.

On retrouvera « ENOÏA » – si l’actualité sanitaire le permet – le 4 juillet prochain, au Château du Rozier, à Feurs (42).

 

[NdlR : pour le fun nous avons ressorti quelques photos de la première apparition du « Motown Revival », le 11 janvier 2011 à l’AmphiOpéra]

Ont collaboré à cette chronique :

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