Interview

Entretien avec Clélya Abraham

Certaines familles sont plus pourvoyeuses en musiciens talentueux que d’autres. C’est ainsi. C’est le cas pour la famille Abraham, où parents comme enfants ont tous fait leur chemin dans la musique. C’est Clélya qui nous ouvre ses portes la première. Les autres suivront…

 

Entretien avec Clélya Abraham

Jouer… composer… à chaque fois un plaisir immense

 

Michel Martelli : Avec toi, Clélya, on entre dans un vrai univers familial musical…

Clélya Abraham : La musique a trouvé pas mal d’ambassadeurs dans ma famille. Je suis née dans la ville des Lilas, dans le 93, et j’ai grandi à Bagnolet. Ma mère est violoniste, mais aussi professeure de violon, et mon père est lui prof de piano, et joue le jazz comme la musique caribéenne. Il a fait pas mal de concerts, même s’il préfère se consacrer à l’enseignement et, quant à moi, alors que je suis encore petite, j’apparaîtrais dans certains albums de mes parents qui étaient produits par mes oncles, Marc et Benoît Caillard, qui ont le label « Enfance et Musique »…

Dès la prime enfance, les instruments de musique de mes parents m’ont attirée. A l’âge de quatre ans, je vais me mettre au violon, poussée un peu par ma mère. Mais ça m’a plu, même si, au départ, plein de choses me faisaient peur. Je reconnais que ma mère m’a aidée à traverser tout ça. A l’âge de six ans, je vais entrer au Conservatoire de Bagnolet, en classe de violon, avec Marie Yassouda comme professeure – une classe de violon classique, bien sûr. Et dans cette classe, je resterai cinq années, jusqu’à ce que je rentre au collège. Mais dans l’intervalle, et dès mes dix ans, j’entrerai en classe « CHAM » – ces classes à horaires aménagés qui me permettront de m’investir pleinement dans la musique.

Une fois arrivée en collège, en 2005, je vais entrer au C.R.D. de Montreuil, un lieu que je vais alors fréquenter pendant quatre ans, dans la classe de violon de Florence Roussin.

 

M.M. : C’était « violon » uniquement ?

C.A. : Non… parce que, dès mes quatre ans, j’ai commencé à pianoter aussi… et sans professeur, bien sûr, au début. Par la suite, alors que je vais avoir sept ans, je prendrais des cours avec un prof particulier, Katherina,une prof russe. Ce second instrument, sur lequel je pouvais m’exprimer sans pression aucune, c’était génial ! Pour moi, c’était un espace de liberté absolu. Très vite, l’envie d’improviser sur le piano m’est venue. Et de composer, aussi. J’ai même pris des cours de composition, entre huit et dix ans, toujours au Conservatoire de Bagnolet, avec Serge Belimov. Ce furent deux belles années, car j’apprenais de façon instinctive, et ses cours étaient très ludiques. Tout ça m’a beaucoup nourrie. Et veux-tu une autre anecdote ? J’ai aussi pris des cours d’accordéon, entre neuf et onze ans, toujours via des cours particuliers avec cette fois une professeure qui répondait au prénom de Katia. Mais je me suis consacrée d’abord au violon, puis au piano ensuite.

C’est en 2009 que je quitterai le C.R.D. de Montreuil, gonflée à bloc en ayant emmagasiné nombre de cours tous aussi passionnants les uns que les autres : orchestre, analyse, solfège, chorale… J’ai obtenu mon C.F.E.M. de violon – le diplôme juste avant le D.E.M, mais en 2008, c’est le coup dur : une importante tendinite à l’épaule va me contraindre à arrêter le violon… Et, du coup, pas d’autre alternative que de me recentrer sur le piano…

 

M.M. : Que tu vas apprendre où ?

C.A. : Au Conservatoire de Bagnolet… la même année que, côté études classiques, j’intégrais le Lycée Georges Brassens. Au Conservatoire, mon professeur de piano classique était Samuel Parent et je vais rester quatre ans dans sa classe, de quatorze à dix-huit ans. A Bagnolet, je passerai mon D.E.M de piano…

Une fois mon Bac en poche, je vais me tourner vers le jazz. Et cet univers va se révéler d’abord en commençant par une année au Conservatoire de Bobigny, où Patrick Villanueva sera mon professeur de piano-jazz. Pourquoi le jazz ? Eh bien disons que, à la maison, mon frère Zacharie mettait toujours beaucoup de musiques différentes, dont pas mal de jazz… Et au début, je n’aimais pas ça du tout, ça ne me parlait pas. Pourtant, j’ai écouté plein de belles choses, comme Miles Davis bien sûr. Et puis, peu à peu, le jazz s’est infiltré en moi, sans faire de bruit. Petit à petit, je me laissais imprégner par toutes ces sonorités. Par la suite, entre improvisation et compositions, je peux dire que j’ai bien « matché » avec le jazz…

Après Bobigny, je vais faire un an au Conservatoire de Paris IX, où Guillaume Naud sera mon professeur… et puis un an au Conservatoire de Paris XVII où là, j’aurais la chance d’avoir Emil Spanyi comme professeur. Chacun de ces trois enseignants va m’apporter sa touche. Mais je vais rester deux ans de plus avec Emil car il sera toujours mon professeur au C.R.R. de Paris. C’est lui qui m’a le plus formée et en plus, je me sentais fière d’être parmi les privilégiées qui pouvaient se targuer de l’avoir pour prof. Emil me donnait aussi des cours d’harmonie…

J’ai obtenu mon D.E.M de piano-jazz, puis j’ai été prise au Centre des Musiques Didier Lockwood. Pour mes vingt-deux ans, en 2016. Jusqu’en 2018. Ensuite, j’ai pris mon envol…

 

M.M. : Tes premiers groupes, ça date de quand ?

C.A. : Mon tout premier groupe, ça doit remonter au début des années 2010. Le premier devait être d’ailleurs, si je me souviens bien, un groupe de funk. mais, dans le même temps, je faisais aussi des duos piano-voix avec Karine Cever. A partir de 2013, j’ai commencé à animer certaines « jams » au 38’Riv, ou chez « Madame Louis ».. jusqu’en 2017. Et puis, à partir de 2018, je vais commencer les collaborations avec Teddy Sorres, qui est un bassiste de La Réunion. Notamment son projet « Teddy Sorres and the Tropicbirds », un quintet où tu pouvais retrouver Kevin Lazakis à la guitare, Pierre-Philippe Joly à la batterie, et Maxime Degéry au saxophone. Dans ce quintet, on était résolument sur de la musique réunionnaise…

Je continue, encore aujourd’hui, à partager le scène avec Teddy.

Parmi les autres projets – et 2018 ne va pas en manquer – on va trouver « Ora Project » qui est un quartet réunissant Jonathan Grande à la basse et aux percussions, Jonathan Baron à la guitare et Christophe Chrétien à la batterie. « Ora Project », c’est du latin-jazz. J’ai tourné deux ans avec eux, mais aujourd’hui, j’ai quitté le groupe.

On continue ensuite avec « Crafting Quintet » – un projet qui lui, perdure toujours. Ici, on est dans l’univers du jazz moderne et, sur ce projet, nous sommes tous « leaders ». Jean-Baptiste Loutte est à la batterie, Romain Habert est à la guitare, Renan Richard est au saxophone et Yves Marcotte est à la contrebasse.

J’ai également joué, pendant deux ans, dans le projet de Gabriel Pierre, avec David Paycha à la batterie – Gabriel étant, bien sûr, à la contrebasse. Et Rémy Béesau à la trompette !…

Toujours en 2018, je vais intégrer le projet de Maë Defays – une chanteuse de jazz et soul – un projet qui s’est d’abord décliné en quintet, puis, et depuis un an et demi, en trio, avec Camille Bigeault à la batterie. C’est un projet dans lequel je suis aux claviers, par contre… Avec Maë, on va faire pas mal de scènes et de « premières parties » aussi, dont celle d’Ibrahim Maalouf ou  même les « Boyz II Men »… Le groupe m’a ouvert les portes de plein de festivals aussi. Une très belle expérience…

 

M.M. : Et un projet plus « personnel » peut-être ?…

C.A. : J’y arrivais… je vais créer, toujours en 2018, le projet « Abraham Réunion » avec toute ma fratrie musicale, Cynthia au chant, Zacharie à la contrebasse, ainsi que plusieurs batteurs qui se relaient autour de nous, comme Arnaud Dolmen, Tilo Bertholo et Arthur Alard. Et sur le disque, mais sur le disque uniquement car il n’a pas encore fait de scènes avec nous, tu trouves Adriano Tenorio DD aux percussions…

J’ai aussi commencé à être en résidence au Baiser Salé, avec un concert tous les deux mois. Ça m’a permis d’expérimenter plein de choses, et également de monter mon propre groupe, le « Clélya Abraham Quartet ». On y retrouve Tilo, Samuel F’Hima est à la contrebasse et Antonin Fresson à la guitare. On joue du jazz moderne, du jazz créole et notre premier album, « La Source » est né le 4 février dernier.

Mais, avant ça, l’album « Abraham Réunion » était sorti en 2020. J’étais, là co-leader et j’ai assuré 80% des compositions.. « La Source », c’est pour moi, 100% des compositions… (voir la chronique de Michel Clavel)

Depuis quelques années aussi, je suis appelée sur divers projets ponctuels en tant que side-woman : ça peut être une jam aux Ducs des Lombards avec le contrebassiste Géraud Portal, ou un jeu aux claviers dans le groupe de Tom Ibarra… C’est assez varié.

 

M.M. : Et ton futur ?

C.A. : Le futur ? Déjà, je vais « faire fleurir » mon propre projet ! Nous allons aller présenter « La Source » le 16 avril prochain, dans le cadre de « Jazz à Noyon » dans le Nord et puis le 21 avril au « Prisme » à Elancourt. Et, si tout va bien, nous devrions nous envoler, le 24 septembre prochain, pour la Martinique, pour le « Biguine Jazz Festival »…

Je veux aussi rajouter qu’avec Maë, nous avons sorti un album, « Whispering » en 2020, ainsi qu’un EP en 2021, « Morning Rain ».

J’apparais aussi sur l’album d’Ora Project, « Suenafrica », le temps d’un morceau…

 

… et si tu le permets, je voudrais remonter le temps, juste pour dire que j’ai chanté aussi, il y a quelques années, sur l’album de mon oncle, Olivier Caillard, « Jacques Prévert : douze chansons pour les enfants »…

 

Propos recueillis le vendredi 08 avril 2022

 

Une belle page de vie encore… Merci Clélya pour la fraîcheur que tu as apporté à cet entretien, et ta visible belle joie de vivre. Je me languis de découvrir une autre « facette » de la fratrie avec Cynthia bientôt. En tout cas, un grand merci pour ton accueil…

 

Ont collaboré à cette chronique :

X