Elle est native de Nevers, dans la Nièvre. C’est là qu’elle fera ses premiers pas dans le monde musical, avant Paris, et maintenant Lyon. Même si elle s’en défend, elle sera une valeur sûre parmi les flûtistes françaises, dans le jazz… et ailleurs.

 

 

Fanny Martin

 

Toujours apprendre et travailler, gages de réussite…

 

 

Michel Martelli : Fanny, j’ai peu eu l’occasion de mettre la flûte en valeur. Mais tu étais un peu prédestinée, non ?

Fanny Martin : Oui, c’est vrai. J’ai eu la chance de naître dans une famille très musicienne, à commencer par mon père, Gilles Martin, qui est compositeur, et professeur de saxophone classique au Conservatoire de Nevers. Mon père crée aussi beaucoup d’œuvres pédagogiques pour les enfants, des méthodes d’apprentissage en direction de tous les « soufflants », et parfois aussi des compositions pour des orchestres de chambre, voire des gros orchestres.

Ma mère, quant à elle, est professeure de flûte, dans le même Conservatoire. Et bien sûr, tu t’en doutes, c’est grâce à elle que je me suis mise à cet instrument. Au départ, d’ailleurs, c’était pour l’imiter…mais par la suite,  à l’âge de quatre/cinq ans, je m’essayais sur l’instrument. Dès que j’ai eu touché l’instrument, je me suis dit : « je veux être flûtiste, et je serai flûtiste ». Je suis l’aînée de trois filles. Ma sœur cadette, Mathilde, a eu son DEM de violon classique à seize ans, mais a bifurqué aujourd’hui vers le monde de la physique. Quant à notre benjamine, Juliette, elle vient d’avoir, à quinze ans, son CEM de flûte. Mais elle aussi a changé de voie, préférant suivre celle du sport, et plus précisément de l’escrime.

 

M.M. : A quel âge rentres-tu au Conservatoire ?

F.M. : A six ans. J’intègre le Conservatoire de Nevers, dans la classe d’Émilie Zanlonghi. Nous sommes en 2006 et, avec Émilie, l’aventure va durer douze ans, jusqu’à ma majorité en fait. Elle m’a vraiment tout donné qui puisse contribuer à faire grandir ma passion pour cet instrument. J’ai énormément d’admiration pour elle, elle m’a insufflé beaucoup d’énergie. Ce serait presque une deuxième maman pour moi.

Pendant ces douze ans, je vais avoir l’opportunité de jouer sur plusieurs styles de flûtes. Et ce serait peut-être intéressant que je te les décrive. D’abord, tu as le piccolo. C’est très important de savoir en jouer, notamment quand tu joues au sein d’un orchestre classique où le flûtiste est aussi le joueur de piccolo. Ensuite, tu as la flûte traversière, la plus connue, que l’on appelle aussi la flûte en ut… et puis la flûte alto, plus longue et un peu plus large, très utilisée dans le jazz, que l’on appelle aussi « flûte en sol » (je ne te cache pas que je rêve d’en avoir une…). On a ensuite la flûte basse, avec une tête recourbée donc encore un peu plus longue, en ut aussi, mais beaucoup plus grave.Et l’ on termine avec la flûte « octobasse » qui est, elle, posée sur le sol, et qui est plus grande que le flûtiste  avec une sonorité excessivement grave.

 

M.M. : Tu suis un enseignement classique… et le jazz, dans tout ça ?

F.M. : Le jazz ? Mais je vais le découvrir là… mais pas au Conservatoire, car il n’y avait pas, et d’ailleurs toujours pas de département jazz là-bas. En revanche à Nevers, et depuis une bonne trentaine d’années, il existe le « D’Jazz Nevers Festival ». Assez jeune, c’est à dire vers douze/treize ans, je vais assister à plein de concerts et découvrir ainsi la scène du jazz actuel français. Et des musiciens comme Médéric Collignon, Thomas de Pourquery, Émile Parisien et Vincent Peirani, Eric Truffaz ou Michel Portal.. entre autres. Tu remarqueras que je n’allais pas trop voir de big bands, en revanche, j’ai intégré le Big Band du Conservatoire de Nevers, que Philippe Gateau dirigeait, et là… je suis entrée dans l’univers de Charles Mingus, de Glenn Miller… et j’ai vraiment adoré. Ce sera  le point de départ de mon envie d’improvisation (pourtant, sur le moment, nous improvisions sur les partitions légèrement modifiées des trompettes).

Et puis, à quatorze ans, je vais suivre un stage de jazz, toujours à Nevers, organisé par le Festival (que présidait Roger Fontanel). Dans ce stage, je vais faire la connaissance du batteur Tony Rabeson qui encadrait le groupe dans lequel j’étais. Tony nous a fait découvrir énormément de standards, avec leurs thèmes, leurs grilles. J’ai compris beaucoup du fonctionnement  de cette musique pendant ce stage, et mon envie d’improvisation s’est décuplée.

 

M.M. : Tu n’avais pas encore d’expérience de groupe ?…

F.M. : Non, mais à quinze ans,  je suis passée dans l’émission télévisée de France 2, « Prodige », qui était animée par Marianne James. Dans cette émission, des jeunes de six à seize ans – étudiant la musique classique, et jouant déjà avec un certain niveau – étaient sélectionnés sur casting pour jouer en solo avec un orchestre. J’ai pu faire ça. Je te garantis que j’avais une appréhension de fou, mais au final, ça s’est bien passé.

Après l’émission, avec d’autres candidats, nous avons pu enregistrer un CD. Sur lequel j’ai pu poser deux standards de jazz, mais aussi certaines pièces avec l’Orchestre de Picardie.

Mes deux standards, je les ai enregistrés avec le pianiste Guillaume Vincent. Deux morceaux sur lesquels j’ai improvisé, alors que je n’avais encore, là, aucune notion de jazz. Sur le coup, je ne me suis pas trop pris la tête, et c’est vrai que ça me fait quelque chose de réécouter ça aujourd’hui. J’ai été très heureuse de vivre cette expérience, vraiment.

 

M.M. : Quand quittes-tu la Nièvre ?

F.M. : Tout de suite après mon Bac, que je passe en section scientifique. Après, ce sera le départ pour Paris – en septembre 2018 – pour m’inscrire à la Faculté de Musicologie de la Sorbonne. Mais aussi, en parallèle, au « Conservatoire à Rayonnement Régional » de Paris, dans la classe de l’excellent Vincent Lucas, qui est flûtiste solo à l’Orchestre de Paris. Pendant toute cette année, Vincent va être incroyable, et il va beaucoup m’apporter.

Et je vais m’inscrire aussi au Conservatoire du XIe arrondissement, en classe de jazz, et là, je vais apprendre les accords du jazz, son harmonie, comment improviser en langage jazz. Je ne te cache pas que, sur le moment, ça m’a causé un choc.. parce que je n’imaginais pas autant de règles pour pouvoir improviser. Mais elles sont bien là, et elles sont importantes. C’est le saxophoniste Yannick Benoît qui était mon professeur, et qui m’a appris plein de choses difficiles. Mais j’ai adoré.

Dans les ateliers, Stéphane Audard m’a fait bien améliorer mon jeu sur l’instrument, dans le langage jazz. Je m’étais rendue compte que je jouais relativement vite, avec plein de notes, et il a rapidement calmé ça. De ce côté-là, ça m’a bien servi.

Hors cours, j’allais écouter beaucoup de concerts de jazz, aux Ducs des Lombards, par exemple, ou encore dans un bar du XIXème, « La Gare ». J’ai pu aussi voir pas mal de festivals, grâce à la Philharmonie de Paris. J’y verrai Chick Corea, entre autres. En plus, quand tu es étudiant, tu payes peu cher, et tu es super bien placé ! J’en ai profité.

 

M.M. : Pourquoi arriver si vite à Lyon ?

F.M. : Je voulais continuer dans un Conservatoire supérieur. Paris ne m’a pas retenue. Alors je suis venue me présenter au CNSM, dans le IX e arrondissement, sur les quais de Saône. Je m’inscris en flûte classique. J’ai passé le concours en mars 2019, et je le réussis avec un peu de chance, quand même, puisque nous étions soixante-dix candidates pour deux places.

Je vais intégrer la classe de Julien Beaudiment – qui est flûtiste solo à l’Opéra de Lyon. Un prof excellent quant à l’apprentissage, et en plus, génialement humain.

Avec le recul, je peux dire que mes trois professeurs, en « classique », ont toujours été très ouverts d’esprit quant au jazz, et, de plus, ils m’ont toujours encouragée. J’ai de la chance de ce côté-là.

Outre Julien, Gilles Cottin est mon professeur de piccolo – Gilles est piccolo solo à l’Opéra de Lyon aussi, et Emmanuelle Reville assiste Julien dans ses cours. Emmanuelle est flûte solo à l’Orchestre National de Lyon.

J’ai vraiment une très belle équipe pédagogique autour de moi.

 

M.M. : Et, du côté « jazz » ?

F.M. : Depuis cette année, je suis, au CRR de Lyon, entrée dans la classe de Michael Chéret (le saxophoniste) et j’y approfondis encore mes connaissances. Mais c’est difficile, c’est un travail de longue haleine. Mais je l’aime, et j’en suis plus encore motivée.

Ah oui… je veux te citer, moi aussi, Jérôme Regard qui, en atelier, m’apprend plein de répertoires différents. Il est génial !

 

Côté « groupe »… j’ai eu la chance d’intégrer le septet lyonnais « Kansas City 7.1 ». Pourquoi ce nom ? Parce qu’on revisite, entre autres, tout un album de Count Basie, l’album « Count Basie et le Kansas City 7 » de 1962. L’ambiance, dans ce septet est vraiment top. Je partage la scène avec Jonathan Carette au piano, Raphaël Aurand à la batterie, Jean Waché à la contrebasse, Charles Paillet à la guitare, Rémi Flambard à la trompette, Thomas Montibert au saxophone… et moi à la flûte. Je le redis, c’est un super groupe, avec une ambiance terrible.

Et pour finir, côté « projet » j’ai dans la tête un plan de jazz-fusion, qui serait rempli d’effets et d’électronique… quelque chose de très « barré ». Mais tout ça n’est qu’en ébauche. On en reparlera…

 

 

Propos recueillis le mercredi 08 juillet 2020

 

 

Fanny, quel plaisir d’avoir croisé ta route. Outre une personne pétillante et super sympa, je crois voir en toi une très grande musicienne qui ne va pas tarder à éclore.

Tant mieux pour la scène française, tant mieux pour le monde des flûtistes, tant mieux pour nous.

A très vite de t’écouter.

Ont collaboré à cette chronique :

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