Interview

Parole de président : Entretien avec Gérard Duchamp

Le Festival Jazz’Alp est un jeune festival. Porté par une poignée de passionnés, tous dévoués à la musique. Son Président ? Gérard Duchamp qui, outre le grand air, propose avec sa troupe de belles programmations…

 

 

Gérard Duchamp – Président de l’association Courants d’Arts qui organise « Jazz’Alp »

 

 

 

Michel Martelli : Gérard, comment en viens-tu à la naissance de ce beau bébé ?

Gérard Duchamp : Oui, un bébé qui a déjà cinq ans… Le Festival « Jazz’Alp » se déroule dans la station  de « l’Alpe du Grand-Serre », sur la commune de La Morte, en Isère (voir la carte). En ce qui me concerne, oui, je suis musicien, mais un musicien qui n’a jamais fait ça professionnellement, puisque j’étais majoritairement dans la presse. Mais plutôt en amateur, avec des copains dont certains m’ont suivi dans la création de l’événement. Je suis contrebassiste, autant classique que jazz, du reste.

« Jazz’Alp » n’est pas mon premier coup d’essai. Lorsque je travaillais, et que je me trouvais alors sur Dijon, nous avions, avec un copain, fondé le Festival « Why not ? », un Festival de musiques contemporaines. Où l’on avait pu faire venir de très grosses pointures, comme le compositeur Pierre Boulez, par exemple.

Ici, je te parle de « L’Alpe du Grand-Serre », nous sommes en station. Ce qui veut dire que, hors le ski, c’était un peu un «désert culturel». Dans ce secteur géographique « Oisans-Les Ecrins-Le Taillefer », avec quelques amis intéressés par l’aventure – dont certains, je te l’ai dit, jouaient avec moi de la guitare, du sax – nous avons décidé de nous lancer, avec pour objectifs communs de rassembler nos passions, de réaliser nos envies et de fédérer tout ça dans un seul Festival.

 

M.M. : Une idée qui a rencontré le franc succès tout de suite ?

G.D. : Je dirais plutôt qu’un certain scepticisme était présent, d’entrée. Rends-toi compte. Nous avions choisi, pour moment de l’année, une semaine en fin d’hiver, et hors vacances scolaires ! (Ici, dans notre région, les vacances scolaires génèrent toujours du monde, mais sinon…). Bref, l’équipe, au départ, était un peu dans l’expectative. Et puis, petit à petit, chacun s’est senti de plus en plus concerné, certains ont même découvert le jazz à cette occasion, et une belle cohésion a rapidement vu le jour.

Nous nous sommes mis à « chasser les partenaires », et je t’avoue que, du côté des institutionnels, que ce soit la commune, la Communauté de Commune, le département, ou la région, tout le monde nous a suivis. Nous avons aussi rallié à notre cause la plupart des écoles de musique de la région, dont celle de La Mure, qui est dirigée par le trompettiste Aurélien Duclos qui a su mobiliser le professeur de sa section jazz, ainsi que son atelier de clarinettes.

 

M.M. : Alors… ça se passe quand, et où dans la station ?

G.D. : Nous avons organisé ce Festival sur toute une semaine. En règle générale, c’est la première semaine de mars. Sur ces huit jours, sept soirées sont dédiées aux musiciens professionnels avec, en première partie, des groupes amateurs, des groupes pour la plupart locaux bien sûr, des groupes « tremplin » qui incluent aussi parfois des étudiants des écoles de musique.

La « Salle Polyvalente » que nous utilisons, c’est « Le Chardon Bleu », qui propose une (petite) capacité de cent quarante places, mais cela crée une ambiance particulière, très « club de jazz », en tout cas très chaleureuse.

En règle générale, la huitième soirée est consacrée à la diffusion d’un film, en rapport avec le jazz, bien sûr.

Il y a, si tu veux, un côté pédagogique permanent, diffusé sur cette semaine. Qui se traduit aussi au travers des conférences qui peuvent être données.

 

M.M. : Et, en plus, vous donnez la place à d’autres arts ?

G.D. : Je crois que l’on peut dire du jazz que c’est une musique improvisée. Mais d’autres arts peuvent être improvisés, aussi. Pour « Jazz’Alp », nous avions très fortement pensé à la danse, mais malheureusement, nous nous heurtions à un problème de place… Alors, nous nous sommes rabattus vers la peinture, et nous avons décidé de faire venir, pour chacune de nos éditions, un peintre, qui va, lui aussi « improviser » en créant une œuvre par jour, tout au long de la semaine.

Pour le moment, je peux te dire que les artistes que nous avons invités venaient de plusieurs régions différentes.

Dans l’A.D.N de l’équipe de « Jazz’Alp », tu trouveras plein de choses. Entre autres, mettre en valeur les artistes locaux, favoriser la création des groupes sur un secteur qui, on peut le dire, déborde de potentialités.

Prends l’exemple du « Petit train de La Mure ». Il va redémarrer. Mais en été, bien sûr, donc pas pendant notre période de festival… Qu’à cela ne tienne : nous avons profité de cette opportunité pour faire jouer huit groupes sur ce petit train, jouant des standards ou des créations personnelles, et un CD ne va pas tarder à sortir.

 

M.M. : Et pour le Festival, une « marque de fabrique » ?

G.D. : Disons qu’on aime démarrer notre Festival en présentant des formations à la composition peu fréquente. Comme, par exemple, la formation que propose le « Trio Barolo » (accordéon-trombone-contrebasse), ou encore le « Trio Xian Bô » dans lequel Manuel Decocq et Christian Belhomme nous entraînent sur de multiples instruments autour du violoncelle d’Eric Longsworth.

On adore ce style de formation…

Est-ce que tu sais que, chez nous, lorsque nous proposons notre festival, début mars, le temps change très vite ? Je me souviens, c’est une anecdote qui me revient en mémoire à ce sujet, que, lors de notre première édition, nous avions invité le patron d’un site de jazz régional très connu, qui avait tenu à nous rejoindre en scooter. Lorsqu’il est arrivé, la route était « noire », comme on dit ici, c’est-à-dire dégagée. Mais à la fin du concert… il était tombé cinquante centimètres de neige.

Heureusement, le « Chardon Bleu » propose une dizaine de chambres !…

 

M.M. : Même si le Festival est tout jeune, tu dois quand même avoir en tête de beaux moments ?

G.D. : Bien sûr. Mais ce n’est pas évident d’y faire le tri. Car, depuis notre création, nous avons, en effet, fait venir de belles formations. Comme ça, au débotté, je pourrais te citer le concert qu’est venu donner le guitariste (et violoncelliste) de jazz Sébastien Giniaux, le groupe de jazz manouche « revisité » qui s’appelle « Les Doigts de l’Homme » dans lequel tu retrouves Olivier Kikteff à la guitare et au banjo, Tanguy Blum à la contrebasse et à la basse, Yannick Alcocer à la guitare et au charango et Benoît Convert à la guitare, le Trio Barolo et le Trio Xian Bô que je t’ai déjà cités, le quintet « Bloom » aussi qui avait créé une soirée de feu, comme Romain Baret et son quintet, aussi,  sans parler du « Magnetic Orchestra » qu’emmène François Gallix… tiens, à propos de François, il incarne parfaitement l’esprit que nous voulons voir présider tout au long de notre Festival : le relationnel humain au vrai sens du terme.

C’est hyper important pour nous.

 

M.M. : Et pour l’édition 2021, quelques pistes ? C’est déjà bouclé ?

G.D. : Non, rien n’est arrêté. En plus, avec la période de pandémie que nous venons de vivre, ce n’est pas forcément évident d’avoir des réponses immédiatement. Disons que nous avons quelques pistes sérieuses. Nous aimerions bien, par exemple, inviter la « nouvelle » formation que prépare le contrebassiste Philippe Soriano – avec, entre autres Alfio Origlio et Pascal Billot – , ou le quartet de Matthieu Saglio, le violoncelliste… On pense aussi peut-être au Filip Verneert / Enrique Simon Quartet (avec Gil Lachenal et Pedro Vazquez)… On aimerait bien aussi faire entendre sur notre scène le son du « Chapman Stick », tu sais, cet hybride guitare/contrebasse à dix ou douze cordes… On verra… Et puis peut-être aussi le « Foehn Trio » emmené par Christophe Waldner, avec Cyril Billot et Kevin Borqué. Comme tu le vois, les pistes ne nous manquent pas.

 

M.M. : En bref, tu es un organisateur comblé ?

G.D. : Disons que la région bouge… Grenoble se met un peu plus au jazz qu’avant, et c’est tant mieux, surtout s’il y a une petite baisse du côté de Chambéry.

Du point de vue de notre Festival, oui, bien sûr. Nous avons pu créer, en cinq ans, un événement artistique qui, sur des dates peu porteuses sur le papier, commence à bien fonctionner avec un public de plus en plus fidèle.

L’organisation de ce Festival, c’est du séjour créé pour les hôtels-restaurants, du trafic et surtout, on l’a dit, une dynamique. Mettre en place le Festival nous occupe à l’année. Malgré tout, il faudra bien un jour « renouveler les cadres », penser à la relève. Ce n’est pas forcément évident, mais avec la renommée qui se construit année après année.

 

 

Propos recueillis le lundi 29 juin 2020

 

 

Merci, Gérard, pour ton enthousiasme communicatif qui a donné un échange des plus agréables. Ton Festival se déroule dans un très beau coin de France, et j’espère bien un jour t’y croiser…

Ont collaboré à cette chronique :

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