Interview

Entretien avec Jean-Pierre Como

Jean-Pierre Como en solo :

«Je veux me donner beaucoup de liberté»

Après plus de trente cinq ans d’une carrière entamée avec Sixun et passée notamment aux côtés de Michaël Brecker, Didier Lockwood, Jean-Luc Ponty, Dédé Ceccarelli ou Aldo Romano entre autres, le claviériste Jean-Pierre Como rompu à tous les formats, du trio au septet, s’est imposé comme leader à la fois en tant que pianiste et  comme compositeur fort d’une douzaine d’albums. Un statut qui lui a valu le prestigieux label «Artiste Steinway» et qui prend tout son sens dans l’exercice du solo où, seul face à son majestueux instrument, il brode selon le ressenti de l’instant un canevas onirique où resplendissent à la fois ses solides bases classiques et toute l’imagination d’un jazzman inspiré, improvisateur surdoué dont on ressent d’emblée la perception romantique de la musique comme sa magie à la livrer avec poésie.

Rencontre avec Jean-Pierre en préambule de son concert à l’Iris proposé par ça Jazze Fort à Francheville  jeudi 19 mai prochain.

 

 Michel Clavel : Jean-Pierre, lors de ton solo au Rhino il y a trois ans, tu jouais pour la première fois dans une petite église (à Génilac) où le son bien particulier avait beaucoup influencé ton jeu. Pour ce nouveau solo dans une salle «normale», que va-t-on entendre ce soir? Est-ce très écrit ou y a t-il une grosse part d’impro ?

Jean-Pierre Como : Le lieu est très différent cette fois mais ce sera dans cette lignée. Bien sûr le répertoire se fait autour de mes compos mais je veux me donner beaucoup de liberté et j’ai envie de m’autoriser plus d’impro. Je vais me laisser porter sans forcément savoir d’avance où poser mes mains, selon le contexte du moment, en fonction de la salle, du type de piano à ma disposition, et bien sûr du public. D’un thème à un autre, selon le ressenti du moment, j’aime quand des passerelles se crééent spontanément.

 

M.C.: Curieusement dans ta vaste discographie, il n’y a à ce jour aucun album en solo….

J-P.C. : Oui c’est vrai, cependant il y en aura bientôt un, mais dans un contexte très particulier. Il y a à Marseille une passionnée de piano qui s’appelle Helène Dumez qui possède un superbe Steinway et qui organise de petits concerts privés dans son salon où se sont déjà succédés tous les meilleurs. De Bojan Z à Eric Legnini, de Pierre de Bethmann à Laurent Coulondre en passant par Baptiste Trotignon entres autres, nous sommes un collectif de quatorze pianistes qu’elle a constitué pour produire un coffret de deux fois sept CD, soit un album solo pour chacun de nous ! Dans un second temps est prévu un double album vinyle avec quatorze morceaux, un chacun. C’est assez fou venant d’un particulier, au vu du coût ça s’apparente à du mécénat privé. Parmi les pianistes, personne ne s’est croisé ni a écouté ce qu’a fait l’autre, nous avons chacun eu une journée pour répéter avant d’enregistrer en direct le lendemain. Je n’ai pas encore la date de parution, mais nous avons déjà fait aussi des séances photos et je sais que deux concerts exceptionnels sont prévus avec tout le monde pour célébrer cette sortie. A suivre donc….

M.C:  Aussi bien en classique qu’en jazz, tous les plus grands pianistes se sont un jour produits en solo. Quelles sont tes principales références en la matière ?

J-P.C.: En classique, je dirais le Russe Volodos Arcadi, Martha Argerich et bien sûr Glenn Gould. Côté jazz, évidemment Keith Jarrett, Chick Coréa, Brad Mehldau et celui qui fût son professeur l’Américain Fred Hersch, sans oublier Bill Evans.

 

M.C : Tu as pratiqué tous les formats et tu as donc une grande habitude à jouer avec d’autres musiciens dans un esprit de groupe, voire de «famille» puisque ce sont souvent les mêmes et qui sont aussi des amis. Comment abordes-tu l’exercice particulier du solo ?

 

J-P.C: Quel que soit le format, quand je dois aller jouer je me prépare pour être en conditions. Je me lève le matin en faisant des exercices et des gammes, avant de travailler le répertoire que je vais aborder le soir, à fortiori pour un solo car c’est un peu plus complexe. Mais même en groupe, je vais toujours revoir le répertoire en amont.

M.C. : En parlant de groupe, j’avais placé ton dernier album «My little Italy» avec notamment le chanteur Walter Ricci, parmi les meilleurs disques de 2020. Certes le contexte pandémique a été catastrophique mais je suis surpris et déçu que nous n’ayons pas eu l’occasion de l’entendre en concert dans notre région…

 

J-P.C. : Avec une sortie en mars 2020 c’est clair que la Covid nous a stoppés net et que ce beau projet est plutôt passé à la trappe. Entre les confinements, il y a bien eu quelques concerts en région parisienne et bordelaise, un peu en Italie et en Suisse, mais c’est resté très épars. Au delà des difficultés spécifiques à la situation, on peut dire aussi que côté programmateurs, il y a un comportement trop moutonnier, chacun suivant trop souvent l’autre en faisant son truc selon la force de la com’. Malgré une presse écrite unanime, c’est resté une grosse déception en termes de ventes, les radios ne l’ayant pas mis en rotation car son format avec un chant en italien a sans doute été jugé « gênant »….

 

M.C. :  Lors de notre dernière rencontre avant cette foutue parenthèse, j’étais heureux d’annoncer en scoop dans ces colonnes le retour prévu de Sixun qui était justement envisagé en 2020. Encore un gros projet victime du contexte ?

 

J-P.C. : Oui mais ça a simplement été retardé. Nous avons effectivement fait un nouvel album, avec toute l’équipe [NdlR : Alain Debiossat, Paco Sery, Michel Alibo, Louis Winsberg et Stéphane Edouard aux percussions,] dont la sortie est prévu en octobre. Chacun a composé et tu verras que ça sonne vraiment Sixun ! Certains grands festivals qui étaient prévus avaient été annulés sans être malheureusement reportés, comme Coutances ou Juan-les-Pins, mais on sait qu’il y a une attente du public ….et même de la presse ! C’est en cours pour trouver un tour management, on peut être sûr qu’il y aura bien des concerts, mais du coup peut-être pas avant 2023….

 

M.C. :  Y-a-t-il d’autres projets à évoquer dans un proche avenir? 

J-P.C. : « Oui, un album en trio qui va s’appeler Copenhague. Juste avant les confinements de 2020, j’avais été mis en relation avec un Danois qui voulait que je vienne donner des concerts et m’a proposé une rythmique avec un (contre)bassiste et un batteur. Mi-septembre 2020 je suis donc allé passer  quinze jours là-bas où l’on a travaillé des compos mais aussi quelques standards et là, ça a été énorme. Ces deux musiciens sont phénoménaux, ils savent absolument tout jouer et côté feeling c’était vraiment tout ce que j’aime. Cela a été une révélation hallucinante et une ouverture à un nouveau projet. Du coup, on est allé en studio avec au final un choix de standards et nous avons enregistré un album en seulement un jour et demi, dont la sortie est également prévue en octobre prochain. Et puis il a aussi le volume 2 de l’aventure Infinite, mon groupe avec Rémi Vignolo (batterie), Bruno Schorp (contrebasse) et Christophe Panzani (sax) que l’on avait enregistré juste avant le confinement, et qui lui devrait sortir début 2023».

 

Propos recueillis le 12 mai 2022.

Ont collaboré à cette chronique :

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