Interview

Entretien avec Jessica Rock

Jessica Rock est née à Montélimar, il y a trente trois ans. Aujourd’hui, l’artiste s’est réalisée. Patiemment, à force de travail, de beaucoup de travail, grâce aussi à son intuition quant aux choix qu’elle a pu faire sur son parcours, et les directions qu’elle a choisi d’emprunter. Jessica Rock devient aujourd’hui une valeur sûre de la scène française, et les diverses prestations qu’elle fournit, toujours justes, sont autant de couleurs qui se rajoutent à sa palette.

Il est grisant de voir éclore un vrai talent. Après Michel Petrucianni, Montélimar tient à nouveau « sa » pianiste…

 

Jessica Rock

Grâce et feu combinés…

 

Michel Martelli : Jessica, on revient un peu sur ton parcours ?

Jessica Rock : Oui, bien sûr. C’est à huit ans que mes mains vont se poser, pour la première fois sur un piano. C’était à l’École de la rue Bouverie de Montélimar. J’y suis entrée à l’âge de six ans, et je vais y rester jusqu’à mes quatorze ans. Et puis ensuite, je vais changer de route, pour rejoindre un atelier pluridisciplinaire (théâtre – chant – danse) au Théâtre du Calepin de Montélimar, où je vais travailler cinq ans, jusqu’à ce que le virus musical me reprenne. Pendant ces cinq ans, en effet, je ne travaillais plus mes partitions piano, mais en revanche, je composais, et je composais beaucoup. Avec, quelque part, une sorte de rejet de ce côté scolaire auquel j’avais été confrontée. Peut-être ai-je été trop portée à l’école, on me poussait vers le Conservatoire Supérieur de Lyon. Mais moi, j’aspirai à autre chose. En revanche, je n’ai jamais cessé de composer, d’improviser. C’est quelque chose que j’ai toujours eu en moi, et il m’arrivait même de « m’exaspérer » quand je voyais les autres élèves autour de moi qui ne partageaient pas cette passion… Bref, à dix-neuf ans, je me rends bien compte que, hors la musique, rien ne me convenait. Mais la musique, c’était mon truc, mais jusqu’alors, sans doute à cause du système « scolaire » qui l’entourait, je ne l’avais jamais envisagée comme un métier possible…

Donc, je reprends le piano et je par un an à l’I.M.F.P de Salon-de-Provence, en « initiation au jazz », ce qui était un monde tout nouveau pour moi qui avait été nourrie au « classique ». Cette année-là m’a apporté une foule d’informations musicales nouvelles. Pourtant, alors que je termine cette année, je reviens vers le « classique » et je pars au Conservatoire de Bourgoin-Jallieu. Pourquoi Bourgoin ? Parce que ma prof, Brigitte Gonin-Chanut était géniale. Je vais rester quatre ans à Bourgoin, mais, les deux dernières années, je vais aussi fréquenter le Conservatoire Régional de Lyon. Je passe mon D.E.M de piano, et de solfège… en tant qu’élève aussi, de façon épisodique, il m’arrivait de remplacer des professeurs de solfège à Bourgoin-Jallieu…

 

M.M. : Parce que tu voulais enseigner ?

J.R. : Disons que j’étais dans les conditions idéales pour me lancer dans un diplôme d’état qui m’aurait éventuellement permis d’enseigner, mais ce n’était pas mon rêve. Je m’étais inscrite au C.E.F.E.D.E.M pour apprendre la pédagogie, mais je n’ai pas donné suite finalement… Parce que j’avais une nouvelle inspiration, dans un coin de ma tête, un plan B en quelque sorte, le J.A.M. à Montpellier. C’était même devenu une obsession. Il a donc fallu que je l’assouvisse, pendant un an et pendant cette année, la musique a été pour moi plus l’occasion d’être heureuse qu’un métier. C’est au cours de cette année que j’ai définitivement obliqué vers la direction « jazz ».

Après Montpellier, je voulais entrer au Centre des Musiques de Didier Lockwood, à Dammarie-les-Lys. Je m’inscris donc au concours d’entrée et, par précaution, je m’inscris aussi à l’American School de Paris. Le C.M.D.L. était en effet très sélectif, et je n’étais pas sûre de pouvoir y entrer. Pourtant, c’est ce qui se produit, en octobre 2011, et je rejoins les musiciens de cette formidable école, pour deux ans. Deux années géniales qui vont changer ma vie tant musicalement qu’humainement ou pédagogiquement. C’était un respect mutuel énorme avec des professeurs internationaux réputés et très à l’écoute. Il y avait une complicité énorme entre nous. C’est d’ailleurs une des grandes forces du C.M.D.L. : ils n’acceptent aucun état d’esprit de compétition entre leurs élèves… J’obtiens mon diplôme en 2013, mais j’ai continué ensuite à donner des cours à l’école de musique de Dammarie-les-Lys pour des élèves de 5 à 18 ans… Jusqu’en 2016.

 

M.M. : Que peut-on dire des groupes auxquels tu as donné vie ?

J.R. : Le premier groupe important, c’est bien sûr mon trio. Ave Maurizio Congiu et Thomas Domene, dont j’avais croisé la route au C.M.D.L. qui, en 2013, nous avait donné l’occasion de jouer ensemble au Festival Django Reinhardt. A cette occasion, j’avais apporté quelques-unes de mes compositions personnelles et, comme nous avons vite compris que cela « matchait » entre nous, l’idée de poursuivre la route ensemble s’est de plus en plus ancrée. Une grosse période de composition s’est alors imposée à moi, parce que je voulais leur proposer quelque chose de sérieux pour asseoir notre nouvelle « association ». Le « Jessica Rock Trio » était sur les rails…

Mais à côté de ça, on est venu me proposer de donner des cours au « Studio des Variétés » de Paris. Un rêve. Un rêve que j’ai réalisé en octobre 2013, et j’y suis toujours avec beaucoup de plaisir… On m’a proposé ensuite de devenir « pianiste accompagnatrice » dans les classes de « chant/musiques actuelles » du Conservatoire de Paris XVI – le seul où l’on peut trouver ce genre de cours très poussé. Là également je prends beaucoup de plaisir…

En réalité, toutes ces directions, et peut-être aussi grâce à ma tournure d’esprit que j’ai toujours voulu d’ouverture, sont arrivées dans ma vie de façon spontanée et naturelle et j’ai cette chance de prendre des routes qui me comblent musicalement. Mais je cultive cette « souplesse d’esprit » qui me permet de recevoir des propositions de travail de plus en plus intéressantes…

 

M.M. Un mot, de ton premier album ?

J.R. : Si tu veux. L’idée était de faire une photo musicale du trio, de nous. A ce moment-là. L’album ne regroupe que des compositions personnelles, des compos que j’ai imaginées en montagne, dans la neige et dans ma Drôme Provençale pour le côté estival. Mais dans « A 1550 », on sent encore beaucoup d’influences classiques…

Aujourd’hui, le trio est devenu quartet. Mattéo Gallus nous a rejoints désormais. Mattéo et son violon, qui s’est parfaitement intégré au trio… Est-ce qu’un nouvel album est prévu ? Oui, certainement, c’est normal pour tout musicien, mais on est encore là dans « l’avant gestation » ! Bon, c’est vrai que j’ai envie d’explorer de nouveaux univers alors pourquoi pas une direction qui pourrait aller vers un mélange de traitement acoustique et technologique pour pousser encore un peu les frontières du psychédélisme…

 

M.M. : Ton activité du moment, c’est quoi ?

J.R : C’est en trois mots : Paris Jazz Booking ! Je t’explique : après une formation reçue au Studio des Variétés, nous nous sommes retrouvés onze musiciens indépendants de la scène jazz parisienne, tous leaders de notre propre projet musical, pour monter un « collectif » – le mot est mal employé – on va dire plutôt une plate-forme qui va nous permettre de nous fédérer, de nous nourrir les uns les autres en quelque sorte. Nous avons tous mêlé nos réseaux, nos connaissances, nos amis et cela a boosté les contacts pour tous. Cela va nous permettre de nous produire, de nous diffuser auprès des divers organisateurs de concerts. En tant qu’artistes confirmés et sans intermédiaires – ce qui va impliquer beaucoup de frais en moins pour ces organisateurs. Avec le « Paris Jazz Booking » nous avons déjà obtenu cinq soirées pour 2019/2020. Pendant ces soirées, deux groupes seront présentés, car je répète que chacun d’entre nous se produit avec son groupe. Le 7 décembre prochain, au Pan Piper, je me produirai avec mon quartet. C’est une belle salle de concert du XI e arrondissement. Pour cette occasion, Bastien Ribot se substituera à Mattéo Gallus au violon. C’est pour moi un gros événement, une très belle soirée pour laquelle tu imagines que je vais mettre les bouchées doubles…

Et puis, en parallèle à cette activité, j’ai la chance de vivre des expériences très belles en accompagnant épisodiquement des artistes comme Jenifer ou Céline Dion et puis, plus  fréquemment, Elsa Esnoult dans la série « Les Mystères de l’Amour ». Une expérience doublement enrichissante qui me permet d’associer quelque chose d’inédit – une expérience de télévision – avec une certaine continuité musicale. Parce que Jean-Luc Azoulay, le producteur, et son équipe, vont mettre à profit notre expérience de musiciens pour l’intégrer à la série. La fiction rejoint la réalité, si tu veux. Du reste, à partir de janvier, Elsa va entamer une tournée. Une tournée nationale qui va nous faire passer par le Zénith, par La Cigale et puis ensuite dans toute la France…

 

M.M. : Que peut-on te souhaiter de plus ? Et où va t-on pouvoir t’écouter ?

J.R : Que ça dure !… Aujourd’hui ma voie est claire, et elle me permet d’assouvir toutes mes passions. La création d’abord, et puis l’évolution de la technologie en musique, tout cela à terme prendra son sens, et je suis certaine que cela m’apportera encore de très beaux moments à vivre…

Et pour mes dates ? Eh bien je donne donc rendez-vous le 7 décembre prochain au Pan Piper, sinon le 21 janvier et le 11 mars, je serai au Bal Blomet pour – autre expérience – accompagner des conférences philosophiques au piano. Un projet qui m’a valu quelques lignes – très gentilles – dans le Canard Enchaîné…

Avec mon quartet, nous serons, le 15 mai, à l’Auditorium Francis Poulenc du Conservatoire de Paris XVI…

La route continue…

 

Propos recueillis le 25 novembre 2019

 

Notes utiles : www.jessicarocktrio.com ou www.parisjazzbooking.com

On peut écouter Jessica Rock sur toutes les plate-formes musicales : Spotify – Deezer – I Tunes.

Ont collaboré à cette chronique :

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