Après un petit voyage dans le monde de la danse, après une incartade dans le monde enchanté de la flûte, retour à la voix. Et la voix masculine. Présent sur la scène depuis déjà quelques années, il sort son tout dernier album… « Hope ».

 

Entretien avec Kevin Norwood

 

 

Michel Martelli : Norwood… on est là sur quelle origine ?

Kevin Norwood : L’origine de mon nom ? Elle est anglaise. Anglaise par mon père. Mais moi, je suis né en Avignon. Je garde toutefois de bons souvenirs de cette région anglaise où j’ai pu aller lorsque j’étais plus petit. En fait, mon grand-père, qui était de Londres, avait rencontré ma grand-mère alors qu’il était en France tout à fait par hasard car il avait joué sa destination future au jeu. Ou Amsterdam, ou Orange. Le sort a désigné Orange et ça s’est fait comme ça. Ma grand-mère est partie un temps vivre là-haut, mais ça ne lui a pas plu. Ils sont revenus assez vite en France, où ils ont eu mon père, puis ma tante.

Et côté musique ? Je peux te dire que ma mère chante. Elle a eu chanté en tant que choriste, mais aussi en tant que soliste. Sans doute est-ce un élément qui a joué dans ma décision d’embrasser une carrière musicale. Et je vais te citer aussi mon cousin, David Joannes, qui est saxophoniste, sax baryton pour être précis. David est professeur à Petite-Île, à la Réunion. Si je te cite David, ce n’est pas innocent. L’instrument dont il joue m’a marqué, aussi.

 

M.M. : On te connaît pour ta voix, on oublie un peu l’instrumentiste…

K.N. : Oui, c’est vrai que j’ai emprunté ces deux voies. A la maison, on écoutait beaucoup de pop anglaise. Yes, les Beatles, Supertramp – que j’ai eu la chance d’aller voir en concert – bref tous ces groupes m’ont, depuis très jeune, encouragé à chanter. En les écoutant, je passais mon temps à travailler sur ma voix. Mais, avant ça, même, je crois que mon premier contact avec la musique, ce sera chez une amie de ma mère, qui possédait un piano. Lorsque nous y allions, j’étais fasciné par la pédale de sustain – celle qui prolonge les notes. Ce truc a déclenché en moi des choses formidables et je n’avais que huit ans.

Ma première « classe », ce sera  au Conservatoire du Pontet – qui est dans un très beau lieu, que je vais intégrer à onze ans. Et là, je vais entrer, non pas en classe de chant, mais en classe de saxophone, sous la direction de mon premier professeur, que je garderai deux ans, Christophe Puechlong. J’avais pour instrument un saxophone-alto, celui que l’on confie en général aux enfants. D’entrée, j’ai adoré. Je ne peux pas en dire autant de mon engouement pour les cours généraux de ma scolarité normale. Ça ne m’intéressait pas, et bien sûr, mes résultats n’étaient pas bons. A partir de la classe de sixième, on m’a mis dans une section avec option musique. C’était top. A l’occasion de l’examen final, tous les professeurs étaient invités, bien sûr. Ceux que je « décevais » en cours ont alors porté un tout autre regard sur moi, lorsqu’ils ont pu m’écouter.

 

M.M. : Et après Le Pontet ?

K.N. : Après ? Eh bien, vers mes quinze ans, je vais aller vivre chez mon père, qui habitait à Carpentras. Je suis en classe de troisième, et je vais rejoindre le Conservatoire de cette ville où je vais rencontrer celui que je considère encore comme le meilleur professeur que j’aie pu rencontrer à ce jour, à savoir Patrice Roquel. Voilà un professeur qui m’impressionnait beaucoup. Chaque fois que j’arrivais en cours, je le trouvais en train de jouer. Patrice Roquel m’a fait énormément progresser, sur une approche, certes, très classique, mais au final, les progrès étaient là. Je vais rester dans son cours jusqu’à mes dix-huit ans. Avec un petit bémol, quand même. Une année, vers mes dix-sept ans, j’ai eu « une baisse de rythme », préférant les soirées entre potes au saxophone. Mon prof, me voyant manquer en cours, avait appelé mes parents, et je peux te dire que je suis rapidement revenu à la musique. A la fin de mon cursus, j’obtiendrai une « médaille d’or » en classique.

En plus, et grâce à mon professeur, toujours, j’ai pu intégrer le Big Band qu’il avait mis sur pied, un Big Band sans contrebasse dans lequel j’ai commencé comme alto 2, puis alto 1. On faisait quand même, avec cet ensemble, une dizaine de dates par an. Nous étions une bonne vingtaine sur scène, et nous répétions chaque semaine tous ensemble.

 

M.M. : Et puis, tu continues à te professionnaliser…

K.N. : Oui. Notamment en intégrant, après Carpentras, l’Institut Musical de Formation Professionnelle de Salon-de-Provence. Bien connu de tous les jazzeux. Là-bas, ce seront des cours de groupe, de ear-training, d’harmonie et aussi d’ensemble de saxos. Je suis resté trois ans à Salon, où j’ai énormément travaillé. Ce sera une période pendant laquelle je rencontrerai Yann Violon, qui est « guitariste-batteur ». Il a fait l’I.M.F.P comme batteur, mais avait appris la guitare auparavant. Avec lui, nous avons créé le duo « Satisfied Mind », en hommage à un standard qu’avait repris Jeff Buckley. Ce duo a bien tourné.

Mais, en sortant de l’I.M.F.P, alors que j’ai vingt-et-un ans, je vais un peu changer de cap, je vais me repositionner sur le chant et je vais entrer dans un quartet, le « Mild Dream Quartet », où je vais rejoindre le contrebassiste Fabien Gilles, le pianiste Julien Teissier et Olivier Chambonnière à la batterie. Notre premier album, « Weaver of dreams » est sorti en 2009, et on a fait toute une série de concerts ensemble.

Par la suite, toujours avec Fabien, on a souhaité faire un hommage à Jeff Buckley, on a donc fait des arrangements de sa musique pour un quartet, et, sur ce projet-là, nous avons appelé, pour une couleur plus moderne, Cédrick Bec à la batterie et Vincent Strazzieri au piano. L’album « Real brother » est né de cette réunion, en 2011 – un album qui a été repéré par David Linx, d’ailleurs.

On a tourné pas mal, avec ce projet, qui m’a ouvert les portes de plein d’autres. Jusqu’à la formation de ce quartet, je n’avais jamais mis ma voix en avant. Ce sont les copains qui m’ont poussé dans cette direction, en fait. C’est parti comme ça.

 

M.M. : Tu écrivais, déjà ?

K.N. : Justement. A partir de 2013, j’ai eu envie d’écrire ma musique. Sur Avignon, à cette époque, l’A.J.M.I – un des plus vieux clubs de jazz de la ville – organisait des jam sessions, auxquelles j’ai pu participer. Un jour, le patron de l’époque, Pierre Villeret, est venu me voir à la fin de mon tour de chant, et m’a carrément demandé de réfléchir à un projet pour leur propre label, AJMI Séries. Il me dit ça alors que je n’ai rien d’écrit dans les mains. Pourtant, j’ai dit « oui ». Ça, ça devait se passer au mois de juin 2012, et on m’avait donné comme date butoir novembre de la même année ! Face à ce challenge, j’ai passé trois mois complets à ne faire qu’écrire de la musique. Et pour la jouer, j’ai fait appel à nouveau à Cédrick et à Vincent, et au contrebassiste Sam Favreau, que m’avait recommandé Cédrick. Ensemble, nous avons donc monté tout un répertoire, que nous avons joué, dès novembre 2012, sous le nom du Kevin Norwood Quartet. Ce fut une jolie réussite. De plus, Pierre Villeret avait, en partenaire, le studio de La Buissonne, de Pernes-les-Fontaines. Il m’a proposé d’enregistrer un nouveau disque, en janvier 2013, avec carte blanche pour la musique. Ce sera le disque « Reborn » qui sortira quand même bien plus tard, mais qui sera très bien reçu par la critique, ce qui m’a très agréablement surpris. Lorsque tu es tout jeune auteur-compositeur, ça fait tout de même du bien.

Nous avons joué dans de beaux lieux. Notamment, en 2015, puis en 2017, au « Petit Duc » d’Aix-en-Provence. Pour 2015, nous n’avons pas eu de chance avec la date, puisque nous avons joué… le 13 novembre, jour des attentats à Paris. Ce concert avait super bien marché, et notre enthousiasme a été douché tout de suite après, lorsque nous avons appris ces atrocités. C’est pour cela que le patron nous a redemandés en 2017, et ce sera le début d’une belle collaboration.

 

M.M. : Comme, par exemple ?

K.N. : Comme ce concert que nous avons fait, avec Rémi Ploton – super pianiste avec une approche très moderne – pour le Festival Radio-France de Montpellier, retransmis en direct sur France-Musique. Un concert qu’avait pu écouter Gérard Dahan, qui était à ce moment le directeur artistique du « Petit Duc ». Nous avons réfléchi à « comment développer encore ce projet » et, pour ça, nous avons fait appel à Jonathan Duclos-Arkilovitch – qui a, tout de même, été Directeur Artistique des « Victoires du Jazz » pendant quinze ans. Il a vraiment accroché à notre projet, du coup, il avait pu me présenter à plein de gens, dont Jean-Philippe Allard qui a bossé pour Universal, un temps.

Jonathan nous a coachés – Cédrick, Rémi, Sam et moi – au « Petit Duc » en 2018, avec une résidence et un concert en sortie. Nous avions beaucoup travaillé sur la circulation de la musique, sur l’entrée de scène, ou bien entre nous pendant le show… tout ça pour le public, bien sûr.

A l’issue de tout ça, nous avons pris la décision de faire, auprès de la Région P.A.C.A, une demande d’aide à la production phonographique.

Pour cette demande précise, j’ai rencontré Judith Grandclément, Directrice des Affaires Culturelles à la Région. Quand je dis « je »… j’étais avec toute l’équipe du « Petit Duc ». Moi, j’ai défendu mon projet, et le « Petit Duc » a défendu le sien. Le disque ? Nous devions l’enregistrer en 2020, mais… Mr Covid est passé par là, et ça a été reporté en janvier 2021, enregistré au Studio de La Buissonne, dirigé par Nicolas Baillard.

 

M.M. : « Hope » était sur les rails ?

K.N. : Il me fallait trouver un label. Je me suis alors tourné vers celui de Benjamin Rando, le label « Onde ». Benjamin est aussi un super pianiste, qui a plusieurs projets sous son nom, dont un album, sorti en 2017, « True story ». Il a accepté de nous prendre sous son label, et nous avons convenu de la sortie de l’album « Hope » le 5 novembre dernier. En vérité, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup écrit de musique, avec mon quartet. Nous avons choisi huit titres, que tu retrouveras sur cet album.

Rémi Ploton est là, il a arrangé certains morceaux, comme Shadows and light, et également la seule reprise de l’album, Both sides. Et puis, tu vas retrouver Cédrick, et Sam…

Tu sais, on a beaucoup travaillé ensemble, notamment sur la direction artistique. J’aime tellement l’identité de mes potes que je pensais fortement que tous nos choix devaient être décidés à quatre. Je voulais que nous sonnions comme un vrai quartet. Ce ne serait pas trois plus un, mais quatre réunis.

Sorti en novembre 2021, « Hope » commence à avoir un peu de presse.

 

M.M. : Kevin, on termine sur quelques dates ?

K.N. : Oui, bien sûr. Tiens, le 27 novembre, avec Celestial-Q-Tips, nous allons jouer au « Petit Duc ». On n’a pas parlé de ce projet, mais « Celestial », je l’ai rejoint en 2017. Au départ, Loïs Le Van aurait dû avoir la place, mais ses projets de l’époque l’en ayant empêché, c’est vers moi qu’il a renvoyé Hervé Aknin, l’âme de Celestial-Q-Tips. C’est comme ça que j’ai intégré ce septet. Mais je faisais partie, avant ça, des « Grandes Gueules », ensemble monté par Bruno Lecossois, un des plus anciens groupes français « a cappella »…

Que dire encore ? Que, le 25 novembre prochain, je serai au Forum JazzRA pour présenter « Hope » et que le 7 décembre, je serai à l’I.M.F.P d’où je viens, avec mon quartet…

 

 

Propos recueillis le lundi 22 novembre 2021.

 

 

Merci, Kevin, pour ton accueil chaleureux, et ta grande sympathie. Le tout couplé avec ton talent artistique, ça donne un résultat de grande valeur…

Longue vie à « Hope », mais il prend tellement aux tripes que ça devrait aller.

A vite, de te croiser à nouveau.

Ont collaboré à cette chronique :

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