Un pied bien ancré à Paris, un autre dans une jolie commune de la Drôme, c’est une artiste qui a construit sa route de façon solide, et dont nous goûtons aux fruits aujourd’hui. Son répertoire est sans bornes, elle magnifie plusieurs courants musicaux en fonction des groupes dans lesquels elle se produit. Découverte…

 

Entretien avec Leah Marx

 

La musique ? Rock, folk, klezmer… mais avec le jazz souvent en filigrane !…

 

Michel Martelli : Bon, Leah, Parisienne ou drômoise ?

Leah Marx : Parisienne, d’abord. C’est là où je suis née, c’est là où j’ai grandi… non, je me sens une authentique Parisienne. Mais, avec mes sœurs, nous sommes très attachées à la Drôme, c’est un département dans lequel nous allons depuis toujours. Notre grand-mère était venue s’installer à Dieulefit il y a plus de trente ans, notre mère avait ensuite pris sa relève et maintenant c’est nous qui occupons les lieux, puisque notre mère nous a quittées bien trop tôt.

J’ai baigné dans la musique très jeune. Comme mes sœurs, d’ailleurs, qui développent chacune leurs carrières. En ce qui me concerne, ça a été l’éveil musical d’abord, comme beaucoup je pense, et puis ensuite, le piano. Respectivement à quatre, et cinq ans. Ma première professeure était Micheline Lendower, et ça se passait dans le treizième arrondissement de Paris.

Dans la famille, mon père était mélomane. Il l’est resté, du reste. Avec lui, c’était beaucoup de musique classique, et beaucoup de chansons françaises aussi, du Piaf ou du Ray Ventura… Et puis, nous étions environnées de livres, car mes parents étaient très attachés à la culture. Une chance pour nous. Notre mère était professeure de philosophie, mais avait aussi une petite route dans le cinéma, pour la photographie, mais aussi comme scénariste. En plus, elle jouait de la guitare… ce qui lui fera jouer un grand rôle dans la formation de notre groupe, « Les Marx Sisters ». Et moi, malgré mon piano, je voulais faire de la guitare, comme notre mère.

 

M.M. : Et tu vas y arriver…

L.M. : Oui, bien sûr. Avec Micheline, dans la classe de piano, je vais rester jusqu’à l’âge de huit ans. Mais je vais aussi entrer au Conservatoire Maurice Ravel dès mes six ans, et dans la classe de guitare classique d’Atanas Ourkousounov à sept ans. Atanas restera mon professeur pendant douze ans.

Quant au chant ?… En fait, j’ai toujours chanté, le chant a toujours été, pour moi, une évidence, et mon parcours en Conservatoire a toujours été émaillé de plein de moments chantés… Je ferai les trois ans obligatoires en classe de chant, mais je continuerai ensuite. J’avais pour professeur Ariel Alonso, et il jouera un très grand rôle dans ma formation de chant. Pourquoi j’ai interrompu cette voie ? Mais parce que j’ai mué, tout simplement. J’en étais arrivé à me fatiguer la voix. Comprends-moi : je n’avais jamais reçu aucun cours de coaching vocal à ce moment-là. J’avais douze/treize ans.

Et pourtant… ces aléas ne m’ont pas coupé l’envie de chanter. Et, dans ce domaine, un groupe comme « les Beatles » ont eu aussi leur part d’importance… Mais, malgré tout, je me suis cantonnée dans mon apprentissage de la guitare classique. Atanas m’a apporté beaucoup, et notamment pour le goût de la mélodie, pour apprendre le phrasé… bref un rapport très mélodique à cet instrument.

 

M.M. : Ton premier contact avec le jazz se fait comment ?

L.M. : A l’âge de quinze ans, je vais découvrir le « Festival des Enfants du Jazz » de Barcelonnette. J’irais, du coup, quatre années de suite… Là-bas, je vais croiser les routes du pianiste Enzo Carniel, qui sera un super prof, de Leïla Martial aussi et également d’Agathe Iracema, autre belle rencontre.

Mais, les deux dernières années, il y avait aussi Paul Jarret qui donnait des cours de guitare. Entre nous, ça va « matcher » très vite, et Paul va devenir mon professeur de guitare pour quelques années.

J’ai passé mon Bac en 2014 et, tu vois, ce sera l’année suivante que je prendrai la décision d’arrêter le classique, pour me consacrer au jazz. Chant et guitare. Il y a eu certains événements qui m’ont aussi poussé à prendre cette voie. Notamment ce concours de guitare classique, qui devait m’amener au D.E.M. et qui s’est très mal passé. Cet « échec » a été déterminant.

A ce moment-là aussi, je commençais à écrire mes propres textes, et plus précisément une première chanson très inspirée des Beatles. Du coup, comme le D.E.M. semblait bien compromis, je me suis recentrée sur le C.E.M. Dans un premier temps, mon professeur n’a pas compris ce choix, mais, par la suite, et après avoir écouté mes compositions, il a changé d’optique. Dès qu’il m’a entendue chanter, il a été le premier à me pousser dans cette voie. Pour le C.E.M. – que je passerai à dix-neuf ans, je vais arranger, et jouer en solo, les titres Yesterday et Because. Et puis aussi deux arrangements de Toru Takemitsu, qui a écrit tout un programme pour guitare classique sur la musique des Beatles.

Tout ça s’est enchaîné très vite. Je dois reconnaître que Paul m’a appris énormément de choses. En tant que musicienne, en tant que chanteuse aussi, ça a été génial. Un véritable mentor.

 

M.M. : Et le jazz, tu l’as peaufiné en Conservatoire, aussi ?

L.M. : Oui. Au Conservatoire Claude Debussy, dans le dix-septième. J’y étais en classe de « chant-jazz », avec Carole Hémard comme prof. D’abord en atelier, et puis ensuite dans le cycle complet qui s’était ouvert. Là aussi, j’ai beaucoup appris.

Mais j’avais gardé, bien sûr, mes cours avec Paul. Des cours plus personnalisés, c’est ce qu’il y a de super avec lui, c’est qu’il va te pousser dans le développement de ta propre voie, de ton propre univers. Dans la construction d’un musicien, ces cours-là sont primordiaux.

Si je voulais « faire ma route » en tant que chanteuse de jazz, je devais travailler l’oreille, le rythme, l’improvisation… il fallait bien assimiler tout ça et Paul, pour ça, avait une approche géniale.

Ce qui ne m’a pas empêchée d’apprendre aussi beaucoup, pendant mon temps de Conservatoire, même si, au niveau du chant, j’ai peut-être plus appris au contact de certains instrumentistes.

 

M.M. : Et puis, tu vas connaître une période « C.M.D.L »…

L.M. : C’est vrai. Je vais entrer au Centre des Musiques de Didier Lockwood en septembre 2017. Et je vais y rester trois ans, une période qui me verra obtenir à la fois ma licence en « Musique et Arts du spectacle », et mon diplôme du C.M.D.L. Dans cette école, les cours de rythme, que donne André Charlier, un des fondateurs du lieu, ont été super importants pour moi.

J’ai malheureusement peu connu Didier Lockwood lui-même. Il est parti, lui aussi, bien trop tôt et je n’aurais pas eu le temps d’une masterclass avec lui.

En revanche, Manu Domergue aura été un (autre) super prof. Mais je crois qu’il l’est pour tous les élèves qui passent dans ses cours. Manu va toujours chercher ce qu’il y a de plus beau chez le musicien ou la musicienne en face de lui. Il fait « trembler les murs » d’une personne d’une façon très douce. Il m’a énormément apporté.

Et puis, je vais enchaîner les belles rencontres, et je commencerai par te citer le contrebassiste Matis Regnault, bien sûr, mais aussi les batteurs Léo Tochon et Arnaud Bichon, aussi différents que possible l’un de l’autre, mais j’aime le jeu de chacun d’eux, le pianiste Sylvain Le Ray, l’excellent guitariste de jazz Tom Guillois ou encore le saxophoniste Antoine Decune. Côté « voix », je suis restée un temps en binôme avec Camille Laïly. Une super entente.

 

M.M. : Nous n’avons pas évoqué tes groupes. Tu nous en dis un mot ?

L.M. : Bien sûr. Je vais évoquer les trois groupes les plus importants pour moi… et en évoquer un quatrième. Chronologiquement, le premier, ça va être « Les Marx Sisters ». Ce groupe, à la base, c’était un duo avec ma maman. On jouait toutes les deux. Et puis, quelques concerts plus tard, ma sœur Judith nous a rejointes. Depuis, ça bouge, car « Les Marx Sisters », c’est un groupe, comme on dit, à géométrie variable. Aujourd’hui, notre petite sœur Milena, qui est clarinettiste et qui commence à chanter aussi, nous a rejoint. Le groupe a été formé il y a une dizaine d’années, et aujourd’hui, on peut être entre quatre et sept sur scène. L’univers du groupe oscille entre  la chanson yiddish et la musique klezmer. Deux mondes différents que l’on réunit sur scène, et c’est top. La formation, c’est souvent contrebasse – accordéon – deux voix, avec, en plus, du violon, de la clarinette, d’autres cuivres aussi… Notre mère jouait du banjo, et de la guitare. Évidemment, nous avons dû pallier à son absence.

Au hasard des scènes, tu pourras croiser (outre Judith et Milena) Benjamin Chabert (banjo), Raphaël Setty (accordéon), Charles Rappoport (violon), Marc Bizzini (accordéon et piano), Samuel Zucca (accordéon), Wilfried Touati (accordéon), Simon Quesemand, David Amsellem, Laurent Berman, Richard Cailleux, Mano Siri et Matis Regnault.

Notre premier album était « Oyf der Tsung », qui signifie « sur le bout de la langue », et le second, qui sortira vraisemblablement en mars 2022, sera baptisé « Arum dem Fayer », qui veut dire « Autour du feu ».

Le second groupe… c’est le mien. Que j’ai baptisé « Elixe ». Un groupe de rock alternatif progressif dans lequel nous sommes quatre musiciens issus du jazz et… ça s’entend parfois. Nicolas Zentz est à la contrebasse, Martin Ferreyros à la guitare, et Tao Ehrlich à la batterie. Et moi… je suis au chant et à la guitare… électrique, pour le coup. Ce sont mes compositions, mes textes… et nous faisons les arrangements à quatre. Radiohead est une grosse source d’inspiration pour nous, ainsi que son lead, Thom Yorke.

Le groupe a été formé en 2016 et un EP « Moments of wander » est sorti en 2018. Quelque chose d’autre va sortir à la rentrée, mais je n’en parle pas maintenant.

Avec cette pandémie, on a peu tourné. Mais ça va repartir…

Le troisième groupe, le plus récent, s’appelle « Vanessee Vulcane ». C’est un trio folk au sein duquel je m’exprime autant au chant qu’à la guitare folk. Je suis accompagnée par Lisa Guérif (par ailleurs pianiste) et Ophélie Cazes. Deux merveilleuses amies qui manient très bien le ukulélé !

Ce groupe, c’est donc de la folk anglaise et américaine, on s’inspire de musiciens comme le regretté Nick Drake, ou encore Joni Mitchell… sans oublier Adrianne Lenker qui nous inspire beaucoup aussi. Ici aussi tu peux comprendre, en nous écoutant, que nous avons toutes les trois évolué dans le monde du jazz. Tu peux trouver notre première vidéo sur YouTube, d’ailleurs.

 

Quant au quatrième groupe… il se forme actuellement, et je vais pouvoir m’y exprimer en tant que véritable musicienne de jazz, fan d’improvisations. Avec beaucoup d’effets sur ma voix. Ce quartet tourne autour d’un projet qui s’appelle « Fables of Annabell », et il est porté par Matis Regnault à la contrebasse, par Arnaud Bichon à la batterie et par nina Gat au piano. Mais on aura sûrement l’occasion d’en reparler une autre fois..

 

Nous allons tourner tout l’été. Pour réserver nos dates, le mieux est d’aller voir sur notre site :

www.marxsisters.com

 

 

Propos recueillis le vendredi 23 juillet 2021

 

 

Un grand merci à Judith, qui a su me lancer sur ta piste !…. J’espère d’ailleurs un jour mettre en valeur les deux autres « pointes du triangle Marx ».

A te rencontrer très vite.

Ont collaboré à cette chronique :

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