Interview

Entretien avec Lisa Caldognetto

Elle est native de la capitale des Gaules. Restée fidèle à sa région d’origine, le Rhône, elle y poursuit sa carrière aujourd’hui. Pièce maîtresse des Glossy Sisters, elle a malgré tout plein d’autres cordes à son arc.

En plus d’un capital « sympathie » hors normes…

Lisa Caldognetto

« Gône à la voix d’or »…

Michel Martelli :  Lisa, parles-nous de tes débuts. Étais-tu prédestinée ? 

Lisa Caldognetto : Prédestinée, je ne sais pas… en tout cas, au fond de moi, j’ai toujours voulu être chanteuse. Mon père, lui, était pianiste. Un pianiste entièrement autodidacte, qui n’a jamais pris un cours de solfège puisqu’il faisait tout d’oreille. Il avait une passion dévorante pour le jazz et, quelque part, il voulait faire de ça son métier. Moi, tu imagines, j’ai toujours entendu du piano à la maison et, s’en m’en rendre compte peut-être, intégré beaucoup de standards du jazz. Et donc, logiquement, mon père m’inscris en école de musique, car lui voulait que je sois… pianiste. Ça a duré quinze ans, j’ai passé dans cette période tous mes examens musicaux… Est-ce que je chantais ? Oui, mais pour moi uniquement. Parce qu’il faut te dire qu’à cette époque, j’avais aussi une seconde passion : je voulais faire des dessins animés ! Une passion qui me venait du côté maternel – ma mère est institutrice. Ça peut sembler bizarre, pourtant cette passion, aujourd’hui bien endormie, est toujours là. La B.D, les mangas, sont toujours dans un coin de ma tête mais, s’il m’arrive d’y retoucher un peu, c’est complètement à la marge…

A 17 ans, j’arrête le parcours « piano ». Une voie que j’ai endormie aussi, même si je me sers de mon piano aujourd’hui pour les divers arrangements que je travaille. Les arrangements, c’est arrivé très tôt dans ma vie. Ça aussi, ça me vient de mon père qui m’a appris le « tout-à-l’oreille ». Très jeune, « j’enregistrais » ainsi les morceaux qui me parlaient… Donc, mon père me voyait déjà concertiste… et moi, à l’école, le chant commençait à me travailler. Je dois dire ici que mon père n’a jamais mis d’opposition sur mes choix personnels. Au contraire. Alors, oui, il a été déçu quand il a vu que je ne continuais pas le piano, mais il a découvert ma « voie » de chant avec plaisir. Tu vois, au final, un parcours assez standard mais abordé très jeune : mes premiers arrangements, je me les imaginais sur Walt Disney. Et puis deux parents qui, s’ils ne m’ont jamais pistonnée, m’ont toujours soutenue… 

M.M. : »Et tes débuts « pro », alors ?

L.C .:  J’ai intégré l’E.N.M de Villeurbanne tout de suite après mon Bac, à dix-huit ans. Et c’est bien là que je vais découvrir ma voie… et ma voix. Et, crois-moi, j’ai mis un peu de temps à comprendre comment j’allais en faire un métier. Ça m’a pris tout de même deux à trois ans… Et curieusement, sans doute en opposition par rapport à mon père, je m’étais dressé une barrière contre le jazz. Mais bon, le jazz, tu le mets à la porte et il revient par la fenêtre… Il y a eu ainsi ma rencontre avec Marion Chrétien. On a failli se croiser uniquement car Marion finissait son parcours à l’E.N.M quand moi je le commençais. Mais, ouf ! On s’est trouvées. Marion chantait dans le groupe « Laomé », un groupe qui avait déjà une choriste – Noémie Lacaf, qui est restée une amie très proche depuis l’E.N.M – et ils en cherchaient une seconde. En fait, c’est Noémie qui m’a « branchée » sur le groupe et qui a été le vecteur de présentation entre Marion et moi. Cette proposition était la première du genre, je veux dire chanter au sein d’un groupe. Jusque-là, je chantais plutôt dans des ambiances « musette », où j’étais accompagnée par une « guitare-chant » et un bandonéon. Mais bon, je n’en garde pas particulièrement des souvenirs impérissables… Oui, ça m’a permis de faire quelques dates, de faire danser plein de gens, mais je me suis très vite rendue compte que ma vraie voie n’était pas là. Mon arrivée dans le groupe « Laomé », ça a vraiment été, pour moi, une délivrance. LE point de départ. Avec le groupe, je découvre ce qu’est une jam session. « Laomé », c’était des compos soul, hip-hop, avec Blaise Batisse – pianiste et rappeur – et Marion, bien sûr. Ils m’ont fait redécouvrir le jazz, avec tous ses tenants et ses aboutissants. Ils m’ont fait comprendre qu’en fait, cette musique, je l’aimais au plus profond de moi-même. Ils ont été ma famille, ils m’ont entourée et m’ont permis de réaliser plein de choses musicalement parlant, sur scène. Une belle aventure qui a duré quatre ans, de 2006 à 2010… 

M.M. : Et les « Glossy » ? On en parlait déjà à ce moment-là ?

L.C. :  Non, pas tout de suite… A partir de 2010, je retrouve les orchestres de bal à nouveau. La différence, c’est que j’avais, sur la même période, développé le « Caldo Quartet », avec Christophe Michel à la batterie, Benoît Richou à la guitare, et Jérémy Bruyère à la contrebasse. Ce quartet a, lui aussi, duré quatre ans. A la fin de ces deux premières expériences, commence pour moi une longue période « événementielle »…Et puis, en 2012, Marion me propose, pour la première fois, la création d’un trio vocal. Et, curieusement, cette même idée me trottait dans la tête depuis très longtemps, en écho à tout ce que j’avais pu approcher depuis toute petite. L’idée lancée, on se teste avec, en troisième voix, Nadège Corneilla. L’expérience ne dure pas, parce que Nadège part très vite sur d’autres projets, et dans le sud, en plus.. Mais, déjà, nos trois voix réunies s’appelaient déjà les « Glossy Sisters » sauf que… nous ne nous sommes jamais produites ensemble ! Nadège partie, nous avons exploré d’autres pistes pour la remplacer, d’autres pistes qui, d’emblée, n’ont pas été très concluantes. A peine nées, les « Glossy » semblaient devoir mourir très vite, et j’aime autant te dire que nous avons traversé une courte phase de déprime… Mais Marion est revenue à la charge, en me disant que, toutes les deux, nous devions retrousser nos manches, et porter nos morceaux, et nos arrangements toutes les deux à bout de bras. Et nous adjoindre aussi un contrebassiste, un instrument idéal pour un concept de jazz vocal à notre idée. Nous construire un répertoire nous a pris un an et demi. Marion faisait des allers-retours Lyon-Paris, nous faisions tous nos arrangements à la voix et à l’oreille, sur enregistrement. Pendant ce temps-là, nous étions seules.. mais au bout d’un an et demi, le groupe va vraiment « prendre vie ». On décide de refaire des auditions et Marion me propose le nom de Claudine Pauly. Quand elle passe l’audition, ça « tilte » tout de suite. Claudine, c’est vraiment « mon double ». Et puis, dans la foulée, Michel Molines nous rejoint – premier contrebassiste des « Glossy » – une oreille de fou et un talent immense… Le 12 mars 2014, la première production du quartet est une vidéo – la chanson I kissed a girl de Katy Perry… 

M.M. : Un début qui fait mouche ?

L.C. : Au départ, cette vidéo…. on pensait plutôt avoir réalisé un truc léger mais on était loin de penser aux retours fantastiques qui se sont produits, et enchaînés sur Lyon. D’abord dans les clubs de jazz – qui étaient souvent complets – puis dans des salles de concert, dans les festivals… C’est bien simple, d’avril à décembre 2014, nous avons fait quarante dates ! C’était génial, on s’était vraiment découvert un potentiel qui dormait en nous et que nous venions de réveiller. Dans la foulée, en 2015, nous enregistrons notre premier CD – « Babillages » – qui sortira en avril 2016, un CD qui remporte son petit succès, surtout sur Rhône-Alpes, et sur tous nos concerts, et qui va bien « alimenter » nos années 2015 et 2016. En 2015, d’ailleurs, nous étions à Crest, dans la Drôme, et nous avons remporté le Prix du Jury et du Public au Crest Jazz Vocal. Ça, et l’album, ça nous a permis d’avoir notre premier « tourneur », Nemo Music, et, en janvier 2018, de nous emmener au Trianon, pour les « nuits de Jazz Magazine ». Sans oublier notre participation, en septembre 2019, à la première édition du Festival Tahiti Soul Jazz. Tahiti… ça a été, là aussi, inoubliable… 

M.M. : Et à côté des « Glossy » ?

L.C. : En 2013, je monte « Loop DeLuxe ». Finalement, pour moi, les deux projets ont grandi simultanément… Loop DeLuxe – attention, je tiens à l’orthographe du nom ! – c’est un duo. Voix et basse. Et looper, évidemment. Christophe Garaboux tourne avec moi sur ce projet depuis le début. Et même bien avant puisqu’on tournait déjà tous les deux dans le même ensemble « musette » que nous avons quitté en même temps. Monter un répertoire pour Loop DeLuxe n’a pas été chose simple, je dois le dire. Au départ, nous ne faisions que des reprises. Et puis, Christophe a commencé à apporter ses propres compositions. Jusqu’à ce que je m’y mette moi-même. Enfin, devrais-je dire, car je ne me sentais pas du tout compositrice à la base. Pourtant, ma première compo personnelle est en préparation, toute en français, et va sortir bientôt. Son titre ? Tourne autour du pot… On croise les doigts, tu imagines bien…

Tu sais, mes deux groupes principaux sont assez proches, musicalement parlant. Leurs univers, c’est une autre approche. Pour « Loop DeLuxe », je suis seule chanteuse et je le ressens bien lorsque nous rentrons sur scène. Chanteuse « lead », c’est compliqué, parce que je ne prends pas cette place aisément. Avec Marion et Claudine, c’est pour moi beaucoup plus fluide…

A côté de ça, je joue dans « Jazz Alive » – un trio – avec Olivier Calvet à la guitare, et Damiens Larcher à la contrebasse. Là, on est plus sur des soirées privées. Dans le même esprit, je chante aussi dans l’ensemble « Jean-Pierre Verdolini Jazz Band ». On est régulièrement dix sur scène, avec des musiciens et/ou des chanteurs qui tournent… Et puis, enfin, je fais du Gospel… Depuis le début de 2015, je suis devenue coordinatrice régionale du Gospel Event, une structure nationale qui est présente dans toutes les grandes villes de France. J’ai donc en charge la région de Lyon, je « monte » les groupes, je fais certains arrangements,…. donc c’est beaucoup de boulot. Mais là, je suis en plein dans ce que j’aime, chanter en polyphonie… 

M.M. : Et ton actu, aujourd’hui ?

L.C. : Aujourd’hui, avec les « Glossy », nous venons de sortir notre nouvel album « C’est pas des manières ». Un album de compositions personnelles qui nous a demandé presque trois ans de travail. Et avec, cette fois, un bassiste électrique, ce qui est, pour nous une nouveauté. On y abandonne un peu le côté soul/jazz pour se diriger sur de la pop. La chanteuse Camille nous a d’ailleurs bien influencées, car on l’aime toutes les trois. Sébastien Richelieu est notre bassiste, et puis nous a rejoint aussi Grégory D’Addario à la batterie. Une nouvelle version des « Glossy » qui, j’espère, va durer le plus longtemps possible…

Côté « Loop DeLuxe », c’est un peu au ralenti, parce que l’album des « Glossy » a demandé pas mal de temps. Notre prochaine date – le 10 avril au Hot Club de Lyon – va sûrement être annulée, à cause, tu l’as compris, de l’épidémie actuelle et des fermetures de salles. Je compte donc beaucoup sur la sortie de la vidéo dont je t’ai parlé tout à l’heure pour remettre le duo sur de bons rails à nouveau. De toutes façons, ce seront des compositions en français dorénavant. Pour en revenir à cette période « de confinement » forcé, je vais la mettre à profit pour de la création de compositions personnelles, plus, peut-être pour « Loop DeLuxe » dans l’optique d’un nouvel album que l’on prévoit pour l’année prochaine, sans doute. Et puis je m’adonne aussi à des prestations en solo, juste avec un looper, et sans enjeu, sans but réel. Juste pour le fun….

Propos recueillis le 16 mars 2020.

Merci à Lisa Caldognetto qui, en plus d’une grande valeur musicale, allie une sympathie hors normes.

Discographie :

  • Laomé : « Les fards du jour » – choriste (avec Marion Chrétien)
  • Glossy Sisters : « Babillages » – 2016
  • Loop DeLuxe : « Rec/Play Patch 1 » – 2017
  • Glossy Sisters : « Babillages Live » – 2018 (auto-production)
  • Glossy Sisters : « Christmas Songs » – 2018 (deux titres)
  • Glossy Sisters : « C’est pas des manières » – Novembre 2019

et… un (plus que) featuring dans le Skokiaan Brass Band – avec une sortie d’album différée en raison des événements actuels…

Ont collaboré à cette chronique :

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