Interview

Entretien avec Marine Julia Garcia

Née à Montélimar en 1993, elle est tombée dans l’univers de la batterie dès l’âge de sept ans. En attendant de confirmer des débuts prometteurs en interprétation, elle a choisi aussi de faire partager sa passion…

Marine Julia Garcia

La batterie ? Un instrument à part entière !…

Michel Martelli : « Marine, tes premiers contacts avec la musique, c’était quoi ? »

Marine Julia Garcia : La musique et moi ? C’est surtout grâce à mon père. En effet, avec lui, j’ai pu, pendant toutes mes « jeunes années », bénéficier d’une écoute extraordinaire de tous les styles possibles et imaginales de musique. Et pourtant, il n’a jamais été musicien lui-même ! Pas plus que ma mère, du reste… Quant à mes sœurs, jumelles, de trois ans plus jeunes que moi, ont évolué, l’une vers la danse, l’autre vers le chant, avec un peu de piano-guitare. Pourquoi la batterie ? Disons que, de nature, j’ai toujours eu le rythme en moi, et je me devais de trouver un instrument qui me permette d’extérioriser ça. La batterie s’est imposée naturellement. En septembre 2001, je vais rejoindre les cours de Christophe Mouz, batteur et professeur dans la commune d’Allan, près de Montélimar, et je vais y rester jusqu’à mes dix-huit ans. A la rentrée de 2007, j’ai envie de m’intéresser, en plus, au solfège. Je m’inscris donc à l’École de Musique de Viviers, en Ardèche. La raison à ça ? Ma mère avait, dans un coin de la maison, une vieille guitare, sur laquelle j’avais mis la main. Et je voulais comprendre cet instrument, en apprendre davantage pour pouvoir, in fine, en jouer. C’est comme ça que je vais, aussi, dompter cet instrument… A Viviers, je ne resterai qu’un an…  

MM : Et puis, comment évolues-tu ? 

MJG : La rentrée 2008 va me permettre de mettre le cap sur Valence, et sur le lycée Camille Vernet, qui propose, en plus du programme général, des options « artistiques ». Évidemment, je vais choisir « musique » qui va me permettre de rajouter cinq heures hebdomadaires à mon programme. Je vais faire mes trois ans dans ce lycée et, musicalement, je vais faire un petit chemin déjà puisque nous avions l’habitude, à la fin de chaque trimestre, de faire de « petits concerts », un aboutissement, si tu veux, de ce que nous avions appris pendant trois mois. Une très bonne pratique, je trouvais cette démarche intéressante. Malheureusement, je n’avais pas, à mon sens, un professeur particulièrement à mon écoute. Je reconnais que, dans les débuts, j’avais un peu de mal avec la musique « théorique »… Mais, au final, cette option que j’avais choisie pour m’aider au Bac m’a, en fait, plombée. Je loupe mon Bac, donc. Au sortir de cette période, malgré une profonde déception, j’étais loin d’être dégoûtée. J’avais encore l’envie, le « feu sacré ». Mais aussi une certaine envie « d’ailleurs »…

MM :  Et quitter la Drôme ?

MJG : Oui. En 2010, j’ai eu envie de mettre le cap sur Nancy. Nancy où j’avais eu déjà l’occasion de faire un stage. Je voulais entrer à la Music Academy International. Mais, arrivée là-bas, on me ferme la porte au nez, en me disant que je n’ai pas le niveau ! J’ai vécu cette annonce comme une véritable défaite, pour le coup, et je ne comprenais pas… Alors, cette fois, je mets ma route musicale entre parenthèses et je vais consacrer toute une année à ma formation de base, animatrice en milieu périscolaire. Pourtant, tout en travaillant, je cherchais une école pour rebondir, et pour pouvoir, enfin, m’exprimer. Je faisais mes propres recherches, sur Internet, bien sûr, et c’est comme ça que j’ai pris sur moi de contacter Thomas James Potrel, Directeur du Centre de Formation Professionnelle de la Musique (C.F.P.M.) à Montpellier. Invitée pour une journée « portes ouvertes », je ne peux m’y rendre, mais j’obtiens un rendez-vous la semaine suivante, pendant lequel je vais pouvoir approfondir tout ce qui était proposé dans cette école. Avec bonheur, parce que, ce que je vais y trouver va me combler. Et combler toutes les lacunes que je traînais derrière moi depuis le lycée…

C’est en 2012 que j’intègre cette école. Après une première année, j’ai obtenu mon premier « diplôme » grâce à cet enseignement qui, en fait, cumule de façon accélérée plusieurs cursus de Conservatoire. Au bout de la seconde année, c’est tout l’ensemble de ce cursus que j’ai pu emmagasiner. Et obtenir relativement facilement d’ailleurs parce que, dans cette ambiance et surtout en seconde année, je me suis totalement libérée. J’ai pu bénéficier de la présence là-bas de quatre professeurs : batterie – solfège – harmonie  et « de la théorie à la pratique ». J’avais en plus le choix de prendre d’autres options, et j’avais choisi « chant » à raison d’une heure par semaine. On montait des mini chorales, et c’était super… En sortant de Montpellier, en 2004, bien que totalement épanouie musicalement, je reste perplexe sur mon avenir… 

MM : Ça va être le temps de tes premières formations ?

MJG : Oui. Très vite après la fin de ma formation, je vais intégrer un trio « punk », monté avec deux potes du C.F.P.M. – un bassiste et un chanteur-guitariste. Ce trio – les Margarettes – a duré une année, une année pendant laquelle nous avons enregistré un E.P. Mais, au bout d’un an, je trouvais que cela manquait un peu de richesse, quant aux rapports humains. Ma collaboration s’est arrêtée. Mais c’était un bon début, avec de nombreuses prestations à la clé, sur Montpellier et même sur Romans-sur-Isère, au profit de la Croix-Rouge… En parallèle, j’avais intégré un autre groupe, Trickom, qui faisait de la musique celtique-psychédélique, seulement six mois après être entrée dans les Margarettes. Cumuler les deux groupes, c’était beaucoup. En 2015, je cesse mes collaborations pour revenir en Drôme, et me refaire une santé financière en bossant normalement. Je n’avais pas coupé les ponts avec Montpellier pour autant et c’est comme ça que j’intègre le groupe Nexus L, un quartet rock. Avec ce groupe, nous avons réalisé un pressage d’album, grâce à l’association montilienne « Just Listen Records », ce qui a permis une belle vitrine à ce groupe et la tenue de deux show cases à côté de Montpellier. Avec Nexus L, je vais collaborer pendant une année et demi, que je vais mettre aussi à profit pour passer mon Diplôme d’Accès aux Études Universitaires… Et réfléchir enfin à ce qui me taraude depuis quelques temps… »

MM : Tu parles, là, des cours que tu donnes aujourd’hui ?

MJG : Oui… depuis un an et demi, dans un coin de ma tête, j’avais l’envie de transmettre, d’enseigner. Mais, sur Montpellier, je n’ai jamais trouvé d’occasion de concrétiser cette envie. Dans la Drôme, ou plutôt, dans la région de Montélimar, il s’est avéré que c’était plus facile. En mars 2018, j’ouvre mon auto-entreprise au Teil, une petite ville ardéchoise à cinq kilomètres de Montélimar. Une entreprise d’enseignement en premier lieu, mais aussi avec un second volet de « prestations musicales dans l’événementiel ». Je gère donc des cours, pour des élèves de 8 à …. ans, et un côté « animation » – guitare-voix-cajun. Deux activités qui se complètent à merveille. Je me régale littéralement à transmettre mon envie de jouer, et ça me permet aussi d’évoluer moi-même. Écrire des cours pour mes élèves me permet d’écrire pour moi aussi. Le monde de la musique est infini, sans bornes. Je le vois aujourd’hui comme un enrichissement mutuel… 

MM : Et côté groupes ?

MJG : Pour le moment, la version « scène » est en stand-by, parce que je veux avant tout peaufiner mes deux activités dans les deux directions que je me suis fixées. Je dois te dire aussi que je suis en train d’écrire, depuis le début de 2019, une méthode d’apprentissage de la batterie accessible aux débutants. A ce jour, j’en ai déjà rédigé la moitié… en fait, j’ai un peu différé la suite, pour le moment, car tu as pu entendre qu’en novembre, un séisme avait frappé la région du Teil et cela a quelque peu bouleversé ma vie, mon lieu de travail étant, pour le moment, inaccessible…

Heureusement, j’ai pu, grâce à ma famille, retrouver des locaux transitoires, en attendant… Ça m’a donné l’opportunité de m’intéresser aux « tank drums », ces « tambours » en métal, qui présentent diverses lamelles d’où on tire les sons. En juin 2019, un concepteur de ces instruments, Pierre-Jean Spreux me contacte en me proposant une collaboration musicale, qui me permet de diffuser aussi l’apprentissage de cet instrument. Ce que je fais aujourd’hui très volontiers parce que c’est un instrument très facile d’abord, que je recommande aux personnes qui n’ont aucune notions particulières de la musique. Et, pour les musiciens aguerris, le tank drum propose un maniement qui s’intègre très facilement à n’importe quelle formation… 

MM : Et maintenant ?

MJG : Aujourd’hui ? J’ai plus envie de studio que de scène proprement dite. Comme beaucoup de batteurs le font, j’ai envie de « pousser » mon instrument, d’aller encore plus loin dans les techniques que j’ai pu jusqu’à aujourd’hui explorer. Tous les styles aussi, du jazz au rock… Alors, par la suite ? Eh bien pourquoi ne pas envisager d’ouvrir des master-classes, pour donner aux batteurs l’envie de se dépasser, d’apprendre plus que l’enseignement classique ?… Tu sais, je considère qu’aujourd’hui, je n’ai pas encore fait le tour de cet instrument qu’est la batterie. Il a encore énormément de choses à m’apprendre… J’aimerais que la batterie soit reconnue comme un instrument à part entière. Et surtout, asexué ! Sur la scène musicale, on connaît aujourd’hui beaucoup de très bons batteurs et tant hommes que femmes. Moi, je suis heureuse de pouvoir porter haut la batterie…

A voir sur : www.marinejuliagarcia.wixsite.com/siteofficiel

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