Interview

Entretien avec Marjolaine Paitel

Elle est originaire de la région de Nouvelle-Aquitaine, et a élu domicile dans le beau département de la Corrèze. Elle s’est faite connaître grâce à sa voix, une voix qui lui a ouvert la porte de belles collaborations. Un début, car la route est loin d’être finie.

 

 

Marjolaine Paitel

Un talent brut, fidèle en amitié…

 

Michel Martelli : Marjolaine, peut-on dire que la musique était inscrite dans tes gènes ?

Marjolaine Paitel : Je ne sais pas si on peut aller jusque là. Musicalement, le hasard a eu quand même un petit rôle à jouer. Tu vas comprendre. Alors que je suis en classe de troisième, pour un spectacle de fin d’année, des copines chantaient. De fil en aiguille, on m’a demandé si, moi aussi, je voulais participer. Et je me suis dit « pourquoi pas ? »… J’ai donc dit « oui », je me suis lancée et, le jour du spectacle, j’étais terriblement tendue mais, en même temps, terriblement bien. Ça s’est finalement très bien passé mais le plus important, pour moi, est que quelque chose venait là de se produire, un déclic ou je ne sais quoi. Tu sais, j’avais quatorze ans.

Et, forte de cette expérience, je vais, dès l’année suivante, m’inscrire au Conservatoire de Tulle. Et, au Conservatoire, je vais entrer dans la classe de « chant lyrique ». Là, oui, je peux dire que j’avais vraiment en moi l’envie de chanter. D’ailleurs, je fais une parenthèse scolaire, j’ai, à côté de la musique, commencé des études d’éducateur spécialisé. Des études que j’ai arrêtées en troisième année. Parce que l’appel de la musique avait été le plus fort… je referme la parenthèse.

Cette classe de chant lyrique est dirigée par Béatrice Bonnevie, et je vais y rester trois ans. Trois années qui se passeront très bien, pourtant je me dois de te dire que ce registre-là particulièrement ne m’apportait pas tant de satisfactions que ça… En revanche, j’ai reçu de très bonnes bases quant au placement vocal. Je me souviens qu’on s’entraînait sur des extraits de « La Flûte enchantée »… J’ai aussi beaucoup appris sur le travail à plusieurs.

 

M.M. : Ce qui a eu, pour toi, une première conséquence directe ?

M.P. : Oui. Avec cet enseignement très technique, qui m’a beaucoup apporté, et alors que je suis dans ma troisième année, on va me demander de chanter « L’aigle noir », de Barbara, en soliste, avec derrière moi un orchestre qui était constitué aussi pour la fin de l’année. Pendant cette prestation, Thierry Cheze, qui est professeur de jazz au Conservatoire de Tulle, va me repérer. Ou plutôt, repérer ma voix ! Et ça tombait bien… il recherchait justement une chanteuse pour le Big Band « Jazz Ensemble de Tulle ». Il me fait cette proposition… moi, j’ai dix-sept ans, je la tourne et retourne dans ma tête… je ne te cache pas que ça me faisait envie. Thierry m’a donné, pour m’entraîner, pour répéter, la chanson « Fever » de Peggy Lee. Je l’ai bossée et, le moment venu, je me suis lancée, devant vingt-deux musiciens… De l’avis de tous, ma voix passait bien sur ce morceau, et l’association avec les vingt-deux musiciens a été sans heurts. Normal ils étaient tous très gentils avec moi. Tu vois, cette fois là, une porte venait de s’ouvrir pour moi, mais ma collaboration avec cet ensemble dure encore. Je suis quelqu’un de fidèle dans mes amitiés.

 

M.M. : Et donc, de nouveaux horizons vont se présenter ?…

M.P. : Dans tous les sens du terme. Tu le sais, dans un Big Band, la voix est un instrument comme un autre et donc, pendant la prestation, le « vocal » ne fait « qu’intervenir ». Mais en revanche, cette expérience m’avait permis de découvrir le monde du jazz. Du coup, à partir de ce moment-là, je me suis mise à écouter des tonnes et des tonnes d’enregistrements divers. Bon j’exagère sur les termes, mais j’en écoutais vraiment beaucoup. Et puis, le répertoire même du « Jazz Ensemble de Tulle » était très éclectique. C’était un répertoire que Thierry faisait évoluer chaque année, bien sûr, et qui proposait, au fil des ans, des couleurs très changeantes.

A la suite de cette collaboration avec l’ensemble, et avec Thierry, je vais m’inscrire en classe de jazz, qu’il dirige, donc, et je vais y rester jusqu’à l’obtention de mon DEM, au bout de six ans. Tu imagines que, pendant ces années, j’ai demandé à faire des stages.

Je vais te dire un mot de ma famille. Je ne suis pas issue d’une famille de musiciens. Ni mon père, ni ma mère, qui, pourtant, chantait très bien ,’étaient musiciens. Alors, oui, j’avais un arrière-grand-père qui jouait de l’accordéon, et un grand-père qui « chantait comme Tino Rossi », mais à part ça… Enfin, cet esprit « flottait en moi » quand même. Pourtant, mes parents ont tout de suite donné leur feu vert pour que je puisse participer à un tel stage. Lequel ?.. A Marciac, chaque année, une équipe pédagogique intervient au collège de la ville. Elle y accueille des stagiaires, qui viennent bien sûr travailler, mais aussi découvrir d’autres instruments et puis qui ont la chance, ensuite, d’assister aux concerts qui sont donnés le soir sous le chapiteau. Ces stages sont géniaux, car en communauté parfaite, dans de très bonnes ambiances. Lorsque j’y suis allée, j’ai fait de belles rencontres musicales, à commencer par les professeurs, Nelson Véras et Guillaume du Chassy. Et puis aussi Jérôme Regard, avec qui je vais, dès l’année suivante, enregistrer mon premier album.

 

M.M. : Déjà un premier album ?

M.P. : C’est venu assez vite, oui. J’étais à Marciac en 2013. L’album a été composé en 2014, et sa sortie a eu lieu exactement le 07 février 2015… le jour de mon anniversaire. J’avais organisé cette « sortie » dans ma commune, bien évidemment… Cet album s’appelle « Au devant du miroir ». Jérôme est donc gentiment venu dessus, avec sa contrebasse, et puis se sont joints à cette production Sébastien Farge, à l’accordéon, Damien Güzu et Hervé Roblès à la batterie, Nicolas Granelet au piano – Nicolas qui a fait les arrangements sur cet album – , Florent Lapeyre au piano également… et puis moi, au chant, et aussi à la composition des mélodies.

Nous avons même eu un « guest », à savoir Franck Monbaylet, au piano, bien sûr…

Pour cet album, j’avais vraiment envie d’avoir toutes ces personnes autour de moi. Et, du reste, je travaille encore avec certains aujourd’hui…

En 2015 aussi, j’ai participé à une super expérience… j’ai eu l’occasion de faire « Les Cabarets Équestres ». Est-ce que tu connais ? Cela se passe à Pompadour, en Corrèze, un endroit que l’on peut baptiser de « paradis du cheval ». parce que c’est un cadre merveilleux. Donc là, ont été mis en place des « dîners-spectacles ». Quinze dates dans un seul été, des spectacles avec chevaux donc, mais aussi des cracheurs de feu, et deux spectacles « chant ». L’orchestre est installé sur une mezzanine, où je les rejoints pour chanter, et puis je redescends pour finir mon spectacle parmi les chevaux. Il y a en amont tout un travail de mise en scène, mais, crois-moi, c’est une expérience extraordinaire…

 

M.M. : De quelles autres collaborations peut-on parler ?

M.P. : Ça fait déjà sept ans que je suis intermittente du spectacle… le temps passe vite et oui, dans toutes ces années, j’ai connu de nombreuses collaborations. D’abord, mon quintet, qui est né avec l’équipe que je t’ai citée pour mon premier album…

Et puis, j’ai fait quelques expériences de duos… des duos accordéon-voix, avec Sébastien Farge ou Laurent Derache, des duos également piano-voix, avec Florent ou Franck dont nous avons déjà parlé, mais aussi Grégory Privat…

J’ai fait un projet aussi avec le guitariste Philippe Parent, et le batteur Francis Arnaud, et puis encore de belles collaborations comme celle avec Lorenzo Naccarato, qui a vraiment très bien marché, ou celle avec Mokhtar Samba…

Quand je te parle de duo piano-voix, j’en oublie un, très important pour moi mais que je te cite maintenant parce que c’est devenu un trio..  Avant l’obtention de mon DEM, en 2017, j’ai rencontré l’année précédente le pianiste Alfio Origlio. D’emblée, j’ai été très sensible à ses musiques, et je lui ai proposé d’écrire des textes sur ces musiques-là. Petit à petit, cette nouvelle collaboration a évolué et, assez vite, nous avons eu le besoin de rajouter un percussionniste. Là encore, une belle collaboration est née puisque nous avons rencontré Xavier Sanchez. C’est ainsi qu’est né le « Marjolaine Paitel Trio », oui, nous ne nous sommes pas trop focalisés sur le nom, nous sommes allés au plus simple.

Une partie du répertoire que nous avons mis au point, je l’ai proposée pour mon examen du DEM… Tu sais, c’est très facile d’écrire sur une musique d’Alfio. Tellement fluide… Lui gère les arrangements, moi les textes… A part une version de « La Vie en rose », ce ne sont que des compositions…

 

M.M. : Et pour le futur, Marjolaine, des projets ?

M.P. : Oui, quelques projets sont sur les rails, notamment un projet accordéon-voix que je mène avec Sébastien Farge. Axé sur la « liberté » entre le soufflet et la voix, en totale mouvance permanente, j’adore ça… Et puis, je me demande si, sur ce projet-là, on ne pourrait pas inclure un violoncelle… Je n’ai jamais eu cette opportunité jusqu’à maintenant, et c’est un instrument que j’aime beaucoup…

Les collaborations sont toujours de beaux moments d’éclate ! Malheureusement, depuis deux mois, les dates s’annulent, ou se reportent. Et encore, les reports… y aura t-il les financements nécessaires quand tout sera revenu à la normale ?…

Dans mes envies, j’aimerais un projet qui tourne autour du tango, quelque chose d’assez sensuel, j’aimerais aussi assez l’idée de monter un duo contrebasse-voix. Je vais creuser ça…

Et puis, à titre personnel, j’ai aussi envie de « titiller » le piano…

Avec Damien Güzu, nous montons un projet qui va s’apparenter à du « jazz-pop », pour ouvrir sur des concerts de jazz actuel. La préparation est, bien sûr pour le moment, en stand-by, mais le fond de l’affaire avance. On aimerait une formation à sept ou huit musiciens, mais rien n’est encore décidé quant aux musiciens. Les arrangements sont faits, les textes sont écrits…

Tu vois… j’adore le jazz. Et je suis aussi fascinée par la langue française. J’adorais Claude Nougaro, et d’ailleurs, j’ai eu l’occasion de reprendre certains de ses textes. Pourtant, je sens que c’est devenu compliqué de se produire en français dans le paysage jazz actuel. Mais je persisterai. Parce que je trouve génial de pouvoir « mettre notre patte » sur des morceaux que l’on reprend. Une réécriture en quelque sorte… Ce qui n’enlève en rien au plaisir de la composition…

 

 

Propos recueillis le mercredi 13 mai 2020.

 

 

Merci, Marjolaine, pour m’avoir permis d’entrer dans ton univers, une rencontre que j’ajoute à toutes celles qui nous enrichissent depuis la création de cet article.

Tu as une très belle route devant toi, encore, et nous serons au bord de cette route…

 

Discographie

  • 2012 : Jazz ensemble de Tulle
  • 2015 : Au devant du miroir – Marjolaine Paitel Quintet
  • 2018 : mille couleurs – Marjolaine Paitel trio

Ont collaboré à cette chronique :

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