Interview

Entretien avec Mélanie Dahan

Née dans la Capitale, elle garde un lien très fort avec sa région parisienne. Malgré un parcours académique conventionnel, elle s’est fait « un nom » dans le jazz, ou plutôt une voix…

Mélanie Dahan

Une chanteuse qui sait ce que le jazz veut dire… et qui le dit bien… (Télérama)

Michel Martelli : Mélanie, la musique ne t’a pas empêché de te faire une base d’études solide…

Mélanie Dahan : Oui, j’ai pu mener tout ça de front… Après mon Bac, un Bac scientifique que j’obtiens la mention « Bien » car j’étais très sérieuse (rires…), je me suis dirigée vers quatre années – jusqu’à la maîtrise – en commerce international. Que je fais à la Sorbonne. Avec un apprentissage des langues étrangères, qui me sert entre autre aujourd’hui lorsque je chante en anglais. En plus, tout le côté « gestion » me sert quasiment au quotidien, pour ma propre carrière… Quant à la musique… je ne peux pas vraiment dire que ce soit un héritage familial. Mon père était pianiste, son univers c’était le jazz et la bossa nova, mais il ne jouait qu’en amateur, à la maison. Et ma mère n’était pas du tout dans le monde musical… Alors, d’où m’est venue cette passion ? Alors que j’ai onze ans, au collège, mes parents vont m’inscrire, dans le cadre scolaire, dans une activité « comédie musicale ». J’avais, à cette époque, un professeur de musique passionné. Qui écrivait la musique, et sa femme, les livrets. Grâce à cette activité, nous avions l’opportunité de monter un spectacle différent chaque année… Et on se produisait dans de beaux lieux, déjà. Je me souviens que l’école avait, une fois, loué l’Olympia… Cette expérience m’a fait découvrir le chant, la danse, le théâtre… tout ça m’a plu, et j’ai véritablement accroché. D’autant qu’on me faisait comprendre que j’avais un don à cultiver… Cette belle aventure a duré trois ans. Et puis ensuite, à partir de cette troupe, un second groupe a été créé, une troupe plus réduite cette fois. Dans laquelle je rentre à quatorze ans… et j’étais la plus jeune de la troupe puisque dans « Les Gavroches », on trouvait des gens de dix-huit/vingt ans. Je vais y rester jusqu’à ma majorité. Je deviens semi-professionnelle. Tu vois, au lieu des boums auxquelles on va à cet âge-là, moi je me produisais le week-end et pendant les vacances sur des scènes de théâtre…

M.M.: C’est ça qui « allume le feu » chez toi ?

M.D. : Ça m’a clairement donné l’envie d’en faire mon métier, oui. Mais, comme je te l’ai dit, j’ai aussi poursuivi mes études, avec bonheur. Et je voulais grader une roue de secours… J’ai choisi « commerce international » à la faculté…. j’aurais pu faire « médecine ». Mais cette voie choisie m’apportait aussi quelque chose de précieux : du temps. Un jour, chez un de mes oncles, je tombe par hasard sur le disque « Ella in Berlin » et j’en tombe amoureuse. Au point de quitter un peu la chanson française, qui m’accompagnait depuis le début, pour me diriger vers les standards du jazz… J’ai commencé à me produire, en duo avec un pianiste, Pierre Bertrand, dans un petit répertoire de standards. Mais ma première « date » importante, c’est au cours de l’année 2001 qu’elle arrive. Cette année-là, André Ceccarelli parrainait, avec un autre producteur, un « tremplin-jazz » au « Bercy Village » – plus exactement au Club Med World – qui était une salle de spectacle qui n’existe plus aujourd’hui… Pour cette occasion, j’avais monté le Mélanie Dahan Quintet et j’étais accompagnée, entre autres, de Gaël Cadoux – au piano – et Arnaud Renaville, à la batterie. Ces deux noms-là te parlent ? Tu peux les retrouver tous les deux au sein du groupe Electro Deluxe – une formation pour le moins très funky…

2001 a vu donc naître mon premier groupe. Et puis, en 2003, je vais en monter un autre, le « Mélanie Dahan Quartet », avec lequel nous nous sommes beaucoup produits au « Sunside »

M.M. : Et puis arrive une rencontre déterminante…

M.D. : Oui. Je vais ensuite faire une belle rencontre. Et au cours d’une soirée événementielle proposée par les Ets Renault. Je suis donc invitée et, au cours de la soirée, j’entends. J’entends du piano. Et là, dans ma tête, c’est déjà un vrai coup de foudre musical. Le pianiste, c’est Giovanni Mirabassi. Nous avons, ce soir-là, échangé nos coordonnées, puis nous nous sommes revus très vite, et nous sommes très rapidement tombés d’accord sur un projet d’album. De plus, sur un concept bien précis : arranger, en version jazz, des chansons françaises. Et des chansons françaises émanant de grands noms : Bernard Dimey, Charles Aznavour, Georges Brassens, Léo Ferré, Claude Nougaro, Serge Reggiani, Pierre Baroux ou Francis Lai….

Ce disque, il s’est intitulé « La princesse et les croque-notes » – il fait un clin d’œil à un titre de Georges Brassens – et est sorti en 2008. Outre Giovanni, on retrouve sur cet album Marc-Michel Le Bévillon, à la contrebasse, Matthieu Chazarenc à la batterie et, en « guest », Pierrick Pédron au saxophone.

Cet album nous a apporté beaucoup. Quelques très jolies dates en France déjà, et puis une sortie aux États-Unis – grâce à « Sunny Side Records ». Mais j’ai pu faire une mini-tournée au Japon, avec des musiciens japonais, grâce à mon label de l’époque – Cristal Record. Je crois vraiment que ce concept était une belle idée. L’accueil de cet album l’a confirmé.

En 2009, l’année suivante, donc, je m’accorde une petite « récréation » – mais de travail quand même – avec une participation, en invitée, au projet « Jazz Accordéon à la récré », des comptines destinées aux enfants mais revisitées à la sauce jazz. Un projet initié par Marc Berthoumieux et Ludovic Beier…

M.M. : Tu es maintenant lancée ?

M.D. : Disons que le chemin continue… En 2011, sort un nouvel album, sous le label « Plus loin Music », baptisé « Latine ». ( que j’ai produit aussi avec mon propre label « Backstage Production »). Pour cet album… on entre dans un univers qui oscille entre la France, le Brésil, et toute l’Amérique du Sud en général. Il a été réalisé avec une formation quasi analogue à la précédente, sauf pour la batterie, qui est confiée là à Lukmil Pérez. Il y a aussi, avec nous, un quatuor à cordes : Eve-Marie Bodet et Johan Renard au violon, Frédéric Eymard à l’alto et Clément Petit au violoncelle. Et puis notre « guest », bien sûr, en la personne de Marc Berthoumieux qui est venu avec son accordéon…

A cette époque, j’ai eu l’opportunité de faire une très belle tournée en duo piano-voix, pendant deux mois, en Amérique du Sud. Nous avons joué dans six pays : la Bolivie, l’Équateur, Haïti, la Colombie, le Venezuela et le Mexique. Pour cette tournée, Giovanni avait laissé le piano à Franck Amsallem – parce que Franck était l’initiateur de cette tournée… et je l’en remercie aujourd’hui :

Tu imagines les souvenirs qui sont restés gravés en nous ? Quand tu chantes Léo Ferré devant plus de deux mille Boliviens en plein air….

M.M. : Et puis, tu tentes… l’Amérique ?

M.D. : C’est vrai. En 2013, je suis partie trois mois à New-York. D’abord pour y prendre des cours, et puis pour rencontrer des pianistes – américains – dans le but d’un nouveau projet. Là-bas, Aaron Goldberg me donne toute une liste de jeunes et de talentueux pianistes. Et je les ai tous rencontrés ! Et il neigeait ! Parce que c’était en plein hiver… Puis, je rentre en France et je monte un dossier d’une « bourse » auprès du « Franco-Américain Jazz Exchange », un organisme très sélectif. Je ne l’obtiens pas. Alors, j’ai l’idée d’un projet franco-français : je vais inviter cinq pianistes français : Baptiste Trottignon, Thomas Enhco, Pierre de Bethmann, Franck Amsallem et Manuel Rocheman… Et je n’oublie pas notre « section rythmique », avec Thomas Bramerie – qui est le contrebassiste de Jacky Terrasson, et Lukmil Pérez, mon batteur.

De cette collaboration sortira un album,, « Keys », fin 2014. Le concept ? J’avais demandé aux pianistes de revisiter, chacun, deux standards du jazz. La direction artistique, elle m’était inspirée par mon séjour à New-York… Les dates se sont enchaînées…

M.M. : Mais un autre rôle va te rattraper… celui de maman…

M.D. : Ouiii ! En 2014, naît ma fille, Romane. Donc, du coup, en effet, je vais me consacrer beaucoup à mon rôle de mère. Ça explique pourquoi mon nouvel album a mis un peu plus de temps que les autres pour arriver. C’est mon quatrième, et il est sorti le le 31 janvier dernier, sous le titre « Le chant des possibles »…

Cet album est le fruit de ma rencontre avec le pianiste franco-israëlien Jérémy Hababou, que j’avais découvert un jour, en écoutant un de ses titres sur TSF Jazz. Et là, à nouveau, coup de cœur, je le contacte, on se rencontre, et on parle « projet ».

Nous allons nous rejoindre sur l’idée de compositions autour de textes de grands auteurs français comme Tahar Ben Jelloun, Michel Houellebecq ou encore Andrée Chédid – la grand-mère de « M » …

Cet album est porté par un quartet, avec Jérémy Bruyère à la basse et à la contrebasse, et Arthur Alard à la batterie. Et puis, tu attends notre « guest » ? Eh bien c’est Benjamin Petit, au saxophone.

Normalement, la sortie de notre album était prévue le 20 mars dernier, au Pan Piper, mais bon… la promotion, la sortie en elle-même… tout a été perturbé par l’apparition de ce virus qui nous a tout fait annuler. Nous reprendrons les choses en mains dès l’extinction de cette alerte… qui m’aura, comme nombre de mes ami(e)smusicien(ne)s, fait annuler beaucoup de dates.

Mais bon… on va rester positifs. D’autant que j’attends mon deuxième bébé, dont la naissance est prévue au mois de juillet prochain. Ce seront mes deux priorités, pour l’après-crise : accueillir mon bébé et faire vivre mon nouveau disque – distribué par « L’autre Distribution »…

Propos recueillis le lundi 30 mars 2020.

Évidemment, tous mes remerciements à Mélanie Dahan de m’avoir accordé un peu de son (précieux) temps de future maman… Ta simplicité, ton entrain et ta passion font mouche auprès de ceux qui te questionnent. Remerciements également à Jean-Baptiste Millot pour le prêt de deux photos.

 

Quelques dates à retenir :

  • 15/08/2020 : Buis-les-Baronnies – Festival « Parfum de Jazz »
  • 03/10/2020 : Le « Sunside » – Paris
  • 03/11/2020 : Illkirch-Graffenstaden – Festival « Le Printemps des bretelles » (invitée de Marcel Loeffler)
  • 12/01/2021 : Châteauroux – La Scène Nationale

Discographie :

  • En leader (jazz vocal) :
    • 2008 : La princesse et les croque-notes
    • 2011 : Latine
    • 2014 : Keys
    • 2020 : Le Chant des Possibles
  • En « guest » :
    • Jazz-Accordéons à la récréation
    • Isadora et le rêve africain (pour les enfants)

Ont collaboré à cette chronique :

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