On pourrait la qualifier de solaire , à l’instar des projets qu’elle réalise, mais aussi au regard de son naturel et de son abord très chaleureux. Elle aime aussi travailler avec ses proches. Et en la matière, quoi de mieux que sa propre sœur, surtout si le talent a frappé aux deux portes. Mais elle a encore plein de surprises en réserve…

Morikan (Noémie Lacaf)

Une voix multi-dimensionnelle, qui fait mouche quel que soit l’univers…

Michel Martelli : Noémie, j’ai découvert avec plaisir que tes premiers pas ont été drômois…

Noémie Lacaf : Oui ! Bien que née à Paris, c’est effectivement dans le département de la Drôme que je vais grandir, à côté de Crest, où je vais passer mon enfance et mon adolescence. Je viens d’une famille d’artistes, même si pas particulièrement musicienne : ma mère est scénariste et écrivaine, et mon père – qui nous a quittés il y a deux ans – était dessinateur de bandes dessinées. Ils ont d’ailleurs souvent travaillé ensemble, ma mère écrivant les scénarios sur les dessins de mon père. En te disant ça, je pense aux « Pêcheurs d’étoiles » qui fut une de leurs belles collaborations. Ma sœur aînée est chanteuse également, mais je t’en reparlerai . Très tôt, nous avons eu envie, toutes les deux, de faire de la musique ou, plus exactement du chant. Elle et moi partagions les mêmes affinités.

Je vais commencer à prendre de véritables cours de chant assez tard je dois dire, vers mes quinze ans, et ce sera à Grâne, avec un professeur particulier, qui était lui-même un « grand » du chant classique.

En parallèle de cette activité, côté « écoute », c’était beaucoup de soul, de R’n’B, des univers que j’ai pas mal chantés… Comme beaucoup, j’avais le deal de passer mon Bac – ce que j’ai fait – mais, ensuite… pas question de Fac. Je trépignais depuis bien trop longtemps pour partir en classe de musique. Dès la rentrée 2004, je poussai les portes de l’E.N.M de Villeurbanne.

M.M. : En classe de chant, je suppose ?

N.L. : En classe de chant, oui, mais dans le département « chanson française ». Ce qui ne m’empêchait pas d’avoir, à côté de ça, tout l’enseignement complet avec les classes d’harmonie, d’interprétation… bref la gamme complète du cursus. Dans cette promotion, je vais croiser la route de personnes comme Lisa Caldognetto, comme Géraldine Bitschy ou Tamara Dannreuther. Nous avions des cours communs, et elles sont, depuis, devenues de véritables amies. Je vais rester cinq ans à l’E.N.M, deux en formations, et trois en cursus diplômant. J’obtiens mon diplôme en 2009, donc, et suite à cela, je vais prendre directement mon envol en tant que chanteuse professionnelle.

Dans les faits, je me suis produite au sein de divers groupes dès mon arrivée à Lyon mais, une fois mon D.E.M en poche, je me suis vraiment lancée à fond. De plus, je me suis « diversifiée » en intégrant, par exemple, la compagnie de théâtre de rue « Les Sœurs Goudron », qui mélange le théâtre et le chant – une compagnie lyonnaise aujourd’hui mais originaire de la Drôme aussi.

J’ai aussi rejoint Tamara et Géraldine dans le groupe qu’elles avaient fondé, « Tagada Tsing », dans lequel je resterai presque deux ans, avant d’être remplacée par Hélène Piris.

Dans le même temps, je vais monter mon tout premier projet solo  qui s’appelait simplement « Noémie », avec des compositions exclusivement de mon cru. Paroles et musique. Là, on était dans cet univers soul et R’n’B que j’aimais tant mais avec, je le reconnais, un petit côté « décalé ».

Sur scène, j’étais accompagnée par le pianiste Blaise Batisse qui était aussi à la beat-box pour l’occasion. Je l’avais rencontré dans le groupe « Laomé » qui réunissait Marion Chrétien, Lisa Caldognetto au chant, Blaise, donc, aux claviers, Vincent Guyot à la basse et Christophe Michel à la batterie. Mais sont venus jouer aussi les guitaristes Didier Fourneau et Riad Klaï. Dans le groupe « Laomé », je resterai presque cinq ans.

M.M. : Et puis ensuite, une pause…

N.L. : Une pause dont je me serai bien passée, puisque je vais subir une opération assez importante sur mes cordes vocales. Une pause qui va durer plusieurs mois, mais que je vais tout de même mettre à profit pour réfléchir à mon projet, « Morikan ». Pourquoi ce nom ? Simplement parce que c’est le nom de famille de notre mère.

Pour ce projet, je souhaitais qu’il soit français, mais avec de la  « world music », et aussi un peu électro. Avec ce quartet, un premier EP sortira en 2015 baptisé « Royaume »

Sur le live, tu vas trouver autour de moi Clément Soto, qui est guitariste mais joue ici également du oud, ainsi que de la mandole ( instrument d’origine algérienne), Akli Bekouche, aux percus et à la batterie, et Franck Capelle aux claviers.

Dans la version  studio en revanche, cet album a été réalisé avec une autre team de musiciens, notamment Karim Maurice, aux claviers, mais aussi à la réalisation et aux arrangements, avec  Christophe Telbian à la batterie, ainsi qu’ un quatuor à cordes ! Et aussi quelques interventions ponctuelles d’autres musiciens…

En 2017, nous avons sorti notre second album, éponyme celui-là, arrangé cette fois par Clément Soto, un album conçu exclusivement en duos, Clément et moi.

Aujourd’hui, c’est carrément un spectacle que nous avons en préparation. Et pour ce projet, le « casting » est en cours…

M.M. : Et puis… enfin !, pourrait-on dire, un projet avec ta sœur…

N.L. : Enfin,oui, en 2019, nous avons commencé à nous pencher sur la réalisation d’un projet commun, avec ma grande sœur Amélie qui est, comme je te l’ai déjà dit, chanteuse, depuis plus longtemps que moi et, en ce qui la concerne, dans un registre très électro. Ma sœur se produit sous le nom de scène de « Billie »

Pourquoi ce projet « Delacourt » ? Déjà, nous avions envie, depuis très longtemps, de chanter ensemble. Et puis, autour de nous, beaucoup de gens nous poussaient à franchir le pas.

En réalité, nous sommes souvent intervenues, l’une dans l’univers de l’autre. Ce n’était donc pas véritablement une première . Nous avons mis du temps pour trouver une esthétique à notre projet, celle qui allait réunir nos deux univers, c’est-à-dire de la chanson populaire ensoleillée – je reconnais qu’on s’éloigne un peu de la soul ou du jazz, là… Mais nous avions vraiment envie de ça : des chansons en français, plutôt dans une tradition populaire mais avec quelques tendances bossa . Du solaire autant dans la musique que dans les textes…

Pour les compositions, c’est selon. Nous alternons la composition des paroles et de la musique, nous nous envoyons des ébauches ou de l’abouti pour que l’autre puisse s’y adapter, et nous sortons notre titre. Mais il y a aussi des intervenants extérieurs, comme Lily Luca qui nous a composé un titre, ou Cléa Vincent, et Raphaël Léger, son batteur, qui a aussi réalisé l’album.

Après « Morikan », pourquoi « Delacourt » ? Parce que pour ce projet aussi, nous avons choisi le nom de « l’un des nôtres », c’est en fait celui de notre grand-mère paternelle, Françoise, qui était peintre, et qui a bien su nous inspirer ma sœur et moi. Comme elle était très joyeuse, très  solaire, son nom s’imposait pour ce projet.

Un EP va sortir en août prochain. On a réalisé aussi un livestream, ainsi que trois « cover », avec entre autres la participation de la violoncelliste Audrey Podrini.

M.M. : Tu as aussi participé à un autre collectif, dernièrement ?

N.L. : En janvier 2021, mon amie, la chanteuse Géraldine Bitschy a créé le Collectif « Concert sur cour ». Nous étions sept sur ce projet : outre Géraldine et moi, il réunissait Lisa Caldognetto, Cindy Pooch, Célia Kaméni, Claudine Pauly et Anaïs Nyamé-Siliki. Ce collectif n’avait qu’une idée : porter et apporter la musique partout où cela était possible. Dans les traboules lyonnaises, aux coins des rues… et chaque fois à l’improviste. Nous étions toutes animées de la même volonté : chanter, juste chanter devant les gens, leur faire un cadeau musical tout simplement.

Mais je voudrais revenir aussi sur une activité à laquelle je tiens. Pendant ces dernières années en effet, j’ai été choriste sur divers projets. Et notamment pour, ou avec, la chanteuse Karimouche, ou encore un projet avec Amélie Les Crayons, comme encore avec le groupe Electrophazz, et pour l’album « Zacharie » du musicien Zacharie Dangoin, un album résolument « folk ».

Mais tu noteras que, chaque fois, c’est pour aborder un univers différent. J’aime cette corde à mon arc. Être choriste, c’est grisant, c’est différent de ce que tu peux ressentir lorsque tu es seule en scène, bien sûr. Mais le travail de choriste, comme le travail de studio, me donne l’occasion de travailler ma voix de façon différente, et c’est ça qui me plaît !

Propos recueillis le lundi 21 juin 2021

Une belle rencontre supplémentaire… Merci, Noémie, de m’avoir ouvert tes portes avec gentillesse, et je recommande à tous et toutes d’aller t’écouter sur les plateformes adéquates. Ils ne seront pas déçus du voyage ( je devrai dire « des » voyages…)

A bientôt, sur la route….

Ont collaboré à cette chronique :

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